La lettre W enlevée des claviers d'ordinateur avant l'arrivée de Bush: la "transition présidentielle" peut s'avérer délicate

Le président sortant Barack Obama reçoit le président élu Donald Trump à la Maison Blanche, le 11 novembre 2016
Le président sortant Barack Obama reçoit le président élu Donald Trump à la Maison Blanche, le 11 novembre 2016 - © JIM WATSON - AFP

Le 20 janvier prochain, le démocrate Joe Biden deviendra officiellement le 46e président des Etats Unis. Il succédera ainsi à Donald Trump, président encore en exercice jusque-là.

Ce dernier n’a à cette heure toujours pas reconnu sa défaite, et cette situation risque de rendre la transition entre les deux présidences plus compliquée. Car pendant cette période de deux mois et demi, les équipes partantes sont censées transmettre aux équipes nouvellement attribuées les nouveaux dossiers et informations confidentielles, nécessaires pour la poursuite des activités présidentielles.

Transmettre les informations confidentielles

Robert Malley, ancien conseiller pour le Proche-Orient de deux présidents américains, Bill Clinton et de Barack Obama, se rappelle que la passation de dossiers était une période cruciale. Ainsi, à Washington, le 10 novembre 2016 à 10 heures du matin, Barack Obama reçoit dans le bureau ovale Donald Trump, qui fut élu deux jours plus tôt. La conversation entre les deux hommes durera 90 minutes, durant lesquelles le président Obama promet la totale coopération de ses équipes pour la période de transition qui s’ouvre "Sous l’administration Clinton, ou sous l’administration Obama, j’étais à la Maison blanche au moment où on passait les rênes, explique Rober Malley, qui était à ce moment-là délégué au Conseil de sécurité des Nations Unies. Tout de suite on est prêt à recevoir ceux qui sont délégués par le président élu. On a préparé des dossiers sur tous les sujets. Des dossiers sur la Syrie, sur le Liban, sur l’Irak, sur la question palestinienne, avec tous les détails, à la fois les détails qui étaient publics et les détails confidentiels, sur ce qu’avait fait l’administration et sur comment on voyait la situation, quels étaient les risques à venir, et les décisions qu’il fallait prendre. Et puis évidemment le président rencontre le président élu pour le briefer sur certains dossiers. "

L’homme en garde des souvenirs en demi-teinte. Les deux présidents n’étant pas du même bord politique, les différences d’approche étaient marquées. Cela s’est passé "plus ou moins bien, dit-il, c’est-à-dire qu’ils (les membres des nouvelles équipes, ndlr) posaient des questions qui reflétaient leur scepticisme vis-à-vis de la politique du président Obama, surtout vis-à-vis de l’Iran. Avec Trump c’était un peu désorganisé, toutes les semaines c’était une nouvelle équipe qui venait, alors que normalement c’était la même, les équipes Obama et Trump n’étaient pas du même bord, mais les discussions étaient assez amicales."

George Bush père souhaitait lui aussi une transition la plus souple possible, en 1992, avec Bill Clinton, qui vient de la battre aux élections.

A l’âge du nucléaire, c’était trop dangereux que quelqu’un accède au bureau ovale sans être bien préparé

La tradition de recevoir le nouveau président élu n’est pas inscrite dans la constitution américaine, mais cette façon de gérer période durant laquelle les proches du président sortant passent le relais à la nouvelle remonte au début des années 50. " Cette tradition remonte à 1952, expliquait la journaliste Nancy Gibbs, spécialiste de l’histoire de la présidence américaine, sur la chaîne américaine CBS : "Harry Truman a invité le président élu Eisenhower à la Maison blanche, ces deux hommes se détestaient cordialement, ils étaient très opposés, mais Truman a eu le sentiment que, à l’âge du nucléaire, c’était trop dangereux que quelqu’un accède au bureau ovale sans être bien préparé."

Le refus de Trump compliquera la transition

Ces périodes de transition se déroulent le plus souvent sans incidents. Mais à l’automne 2000, les équipes de George W. Bush, nouvellement élu, avaient trouvé dans les placards, sur les bureaux, des mots peu sympathiques, des fils de téléphone avaient été coupés, et sur les claviers de certains ordinateurs, la lettre W avait été retirée. Les dégâts de cette "blague de potaches" avaient été estimés à 15.000 dollars à l’époque.

Le président élu Joe Biden a déjà composé son équipe de transition. Elle disposera d’un budget d’environ 7 millions de dollars, et sera composée de 350 personnes.

Est-ce que celles-ci pourront aller à la Maison blanche travailler avec l’administration sortante ? Rien n’est moins certain : le refus de Donald Trump de concéder sa défaite ne faiblit pas. D’ailleurs, le 25 septembre dernier, quand un journaliste lui avait demandé s’il acceptera une transition pacifique du pouvoir, celui-ci n’a pas dit oui, mais a répondu : "On verra bien ce qui va se passer", tout en dénonçant des risques de fraude électorale.

"C’est toute la question, souligne Robert Malley, est-ce qu’ils vont refuser de transmettre les dossiers, est-ce qu’ils vont refuser de briefer l’administration ? Ça peut vraiment compliquer les choses parce que ça veut dire que le 20-21 janvier lorsque l’équipe du président Biden prendra les rênes, eh bien ils devront commencer à zéro, sans savoir vraiment ce qui s’est passé dans le domaine confidentiel, dans le domaine des opérations secrètes, dans le domaine des engagements qui ont pu être faits mais qui ne sont pas publics. Ça peut compliquer les choses de façon très significative."

 

 

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