La lente déchéance de Aung San Suu Kyi

Amnesty International a annoncé qu'il retirait "avec une grande tristesse" sa distinction la plus prestigieuse à Aung San Suu Kyi, la cheffe du gouvernement birman.
Amnesty International a annoncé qu'il retirait "avec une grande tristesse" sa distinction la plus prestigieuse à Aung San Suu Kyi, la cheffe du gouvernement birman. - © ROSLAN RAHMAN - AFP

Cette fois, le coup vient d'Amnesty international. Lundi, l'ONG a annoncé qu'elle retirait "avec une grande tristesse" sa distinction la plus prestigieuse à Aung San Suu Kyi, la cheffe du gouvernement birman. Il s'agit du prix d'Ambassadeur de la conscience, il lui avait été décerné en 2009. "La dirigeante de Birmanie a trahi honteusement les valeurs qu'elle a longtemps défendues", estime Amnesty, qui se dit déçu qu'elle ne soit plus "un symbole d'espoir, de courage et de défense inlassable des droits humains".

Retraits de prix en cascade

Ce n'est pas le premier prix que la Birmane se voit retirer. En août dernier, la ville d’Edimbourg, en Ecosse, lui avait retiré son prix de la liberté. D'autres villes, telle que Newcastle, Oxford ou encore Glasgow ont fait de même. Aung San Suu Kyi a aussi perdu son doctorat honorifique de l'Université Carlton, à Ottawa. En mars, le musée de l'Holocauste de Washington lui avait déjà retiré le prix Elie Wiesel qui lui avait été décerné pour son combat contre la dictature et en faveur des libertés.

La raison invoquée est toujours la même: tous lui reprochent son inaction dans la crise des Rohingyas en 2017, et son refus de condamner les violences à l'encontre de cette minorité ethnique en Birmanie. "Nous avions espéré que vous – en tant que personne saluée pour votre engagement en faveur de la dignité humaine et les droits de l’homme universels – feriez quelque chose pour condamner et stopper la brutale campagne militaire, et exprimeriez votre solidarité avec la population rohingya ", a expliqué le Musée dans un communiqué. Aung San Suu Kyi a également été déchue de sa nationalité canadienne honorifique pour refus de dénoncer le génocide des Rohingyas. 

Suu Kyi conserve son Prix Nobel

Qu'en est-il du prestigieux Prix Nobel, qui lui a été décerné en 1991 alors qu'elle vivait en résidence surveillée dans son propre pays? La question d'un retrait n'est pas envisageable, pour une bonne raison: les statuts du prix Nobel de la paix ne le permettent pas"Il est important de se rappeler qu'un prix Nobel, qu'il s'agisse de physique, de littérature ou de paix, est décerné pour des efforts ou des réalisations du passé", avait déclaré Olav Njoelstad, secrétaire du Comité Nobel norvégien.

Colère en Birmanie

Ces retraits de prix en cascade sont fort peu appréciés en Birmanie. Pour le porte-parole du parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la Démocratie, "ces retraits de prix portent atteinte non seulement à la dignité d'Aung San Suu Kyi mais aussi aux membres de notre parti et à tous ceux qui ont participé à la révolte démocratique contre la junte au pouvoir en Birmanie pendant des décennies".

Aung San Suu Kyi est quant à elle restée muette sur le sujet lors d'un sommet régional à Singapour. Par le passé, elle avait évoqué dans la presse internationale un "iceberg de désinformation" à propos de la crise des Rohingyas.

Il y a quelques semaines, la Birmanie avait également rejeté un rapport de l'ONU, qui estime que le chef de l'armée birmane doit être traduit devant la justice internationale pour le génocide des musulmans rohingyas. Aung San Suu Kyi, même si elle reconnaît que "la crise aurait pu être mieux gérée", continue à rester fidèle à l'armée, qui conserve une place centrale et puissante dans le régime politique birman et qui contraint la Birmane à jouer les équilibristes.

 

Extrait d'une déclaration de Kate Allen, directrice d'Amnesty International Grande-Bretagne, ce 12/11

Traduction: "Nous avons milité pendant de nombreuses années pour la liberté d'Aung San Suu Kyi et nous avons été choqués par ce qu'elle a déclaré dans de pareilles circonstances. Elle a décrit les Rohingyas comme des menteurs. Elle a dit qu'ils avaient eux-mêmes bouté le feu à leurs propres maisons.Elle a parlé de faux viols. C'est une des expériences les plus décevantes que de voir quelqu'un en qui nous avions tellement confiance se comporter d'une telle façon".

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