La Hongrie prend la tête de l'UE dans un climat délétère

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La Hongrie donne vendredi le coup d'envoi effectif de sa présidence de l'Union européenne, qui s'annonce chahutée après l'avalanche de critiques venues de l'étranger contre une loi nationale sur les médias considérée comme liberticide par ses détracteurs.

En fin de matinée, à Budapest, l'ensemble de la Commission européenne et le gouvernement hongrois devaient se réunir avant un tête-à-tête entre le président de la Commission, le Portugais José Manuel Barroso, et le Premier ministre conservateur, Viktor Orban, ainsi qu'une conférence de presse commune.

La rencontre aurait dû être surtout consacrée aux grandes priorités de la présidence semestrielle de la Hongrie, qui espérait en tirer du prestige sur la scène européenne.

L'objectif semble déjà très compromis après un début raté, de l'aveu même de Viktor Orban. "Les Hongrois sont en train de faire oublier les Tchèques", persifle un diplomate européen.

Le passage chaotique des Tchèques à la tête du bloc des 27 au premier semestre 2008 avait été marqué par la chute de leur gouvernement à mi-parcours et des propos controversés du président eurosceptique Vaclav Klaus. Mais, la polémique n'avait pas atteint la même intensité.

Viktor Orban, revenu au pouvoir en avril après huit années dans l'opposition, se voit accusé de chercher à museler la presse.

En cause: une législation encadrant le fonctionnement des médias que la Hongrie a adoptée en décembre, juste avant de prendre les rênes de l'UE. Elle prévoit notamment des sanctions en cas d'informations non "équilibrées" et instaure une autorité de régulation où seuls siègent des membres ou proches du parti de droite au pouvoir, le Fidesz.

L'Europe a émis des "doutes" sur la conformité du texte avec les règles européennes et ouvert une enquête. L'Allemagne et la France demandent un changement de la législation.

La Hongrie "a adopté des textes qui soulèvent de nombreuses questions et qui narrivent pas au bon moment", a souligné le ministre français des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, dans une interview publiée vendredi par le quotidien français La Croix.

Viktor Orban ne rassure pas les Européens

Au-delà, cette affaire fait ressurgir des critiques plus fondamentales sur le mode de pouvoir de Viktor Orban qui, fort d'une majorité des deux tiers au Parlement, a entrepris de réformer à la hussarde la Constitution nationale et avec elle son pays.

Cela lui vaut d'être accusé de populisme et de nationalisme exacerbé par ses opposants, qui le comparent volontiers à son homologue russe Vladimir Poutine ou bélarusse Alexandre Loukachenko.

"De 1998 à 2002 (lors de son précédent passage au pouvoir), la presse occidentale a dit que je faisais penser à Hitler et au duce (Benito Mussolini). A présent, elle me compare à Poutine et au président bélarusse. Je vous laisse juger s'il s'agit ou non d'un progrès", a-t-il raillé jeudi.

Volontiers interventionniste sur le plan économique, Viktor Orban a instauré une taxe spéciale de crise sur les grandes entreprises pour réduire son déficit public, provoquant les protestations des groupes étrangers qui s'estiment visés.

Il a aussi rompu avec le Fonds monétaire international, qui avait sauvé la Hongrie de la faillite à l'automne 2008, il est engagé dans un bras de fer avec sa banque centrale dont il est soupçonné de vouloir modifier les statuts afin de pouvoir davantage influer sur sa politique.

Il a enfin réduit les pouvoirs de la Cour constitutionnelle pour l'empêcher d'avoir son mot à dire sur les choix financiers du gouvernement.

Sur le front politique, Viktor Orban donne des gages au parti d'extrême droite Jobbik en donnant la possibilité aux Hongrois de souche des pays limitrophes d'obtenir la nationalité hongroise et en leur promettant bientôt le droit de vote dans le pays. Au risque de s'aliéner les Etats voisins comme la Slovaquie.


AFP

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