La guerre (secrète) des drones selon Obama

Drone américain au Yémen
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Drone américain au Yémen - © US AIR FORCE - BELGAIMAGE

"Les drones sont des outils, pas une politique. La politique, c'est l'assassinat." C'est ainsi que débute l'enquête menée par le site d'investigation The Intercept sur l'utilisation militaire des drones sous l'administration Obama. Le site se base sur des documents secrets concernant les missions militaires destinées à tuer ou capturer entre 2011 et 2013, "une période clé dans l'évolution de la guerre des drones".

La source - restée anonyme pour des raisons de sécurité - de ces documents travaille elle-même dans les renseignements. Elle a estimé que les citoyens américains étaient en droit de savoir ce que les militaires américains faisaient en leur nom.

Ces documents concernent notamment les opérations américaines en Somalie et au Yémen, mais aussi en Afghanistan et montrent "comment l'administration Obama masque la vérité en ce qui concerne le nombre de civils tués par des drones en les qualifiant de 'non-identifiés' même s'ils ne constituaient pas des cibles désignées".

Une régulation non respectée

Tant le Pentagone que le Conseil de sécurité nationale (NSC) ont refusé de répondre aux questions de la rédaction de The Intercept. "La première frappe de drone en dehors d'une zone de guerre a été conduite il y a plus de douze ans, mais ce n'est pas avant mai 2013 que la Maison Blanche a publié une série de règles et procédures pour mener ce type de frappes", explique le site financé par le fondateur d'eBay, Pierre Omidyar.

Depuis, il est spécifié que les États-Unis ne peuvent viser une cible que si elle représente une menace pour un citoyen américain. Toutefois, rien dans ces procédures ne permettrait de préciser si un suspect peut être tué sans avoir été menacé. "Le message implicite de l'administration Obama en ce qui concerne les frappes de drones est faites confiance mais ne vérifiez pas", écrit le journaliste Jeremy Scahill.

La machine à tuer

The Intercept détaille le processus et la chaine de commandement permettant d'approuver une attaque de drone. Il s'agit dans un premier temps "d'autoriser une cible" avant de "passer à l'action". Le président américain, Barack Obama, intervient en fin de course. S'il semble qu'il ait approuvé chaque cible, il n'aurait, par contre, pas donné son feu vert pour chaque frappe.

En 2012, Barack Obama avait expliqué qu'il était responsable de la procédure et qu'il y avait cinq règles pour accréditer une frappe de drone:

1. "Il doit s'agir d'une cible autorisée par nos lois"

2. "Il doit s'agir d'une menace sérieuse et non potentielle"

3. "Il doit s'agir d'une situation dans laquelle nous ne pouvons capturer l'individu avant qu'il ne lance son opération contre les États-Unis"

4. "Nous devons tout faire pour éviter qu'il y ait des victimes civiles lors des opérations menées"

5. "S'il existe une justification légale pour que nous essayions d'arrêter des citoyens américains de mener à bien des complots...ils (les citoyens américains, ndlr) sont protégés par la Constitution"

Être "presque" absolument sûr

Comme le montre le graphique ci-dessus, les statistiques sont peu précises en ce qui concerne les victimes, qu'elles soient des cibles avérées ou des civils que l'armée américaine a pris l'habitude de qualifier de "collateral damage".

Pourtant, pour qu'une frappe soit menée, deux facteurs doivent être respectés: "Être quasi certain (Near certainty en version originale) que la cible terroriste est présente" mais aussi "être quasi certain que des civils ne seront pas blessés ou tués".

Ainsi, la présence d'une "cible terroriste" doit être prouvée "par deux types de renseignement" n'ayant "pas de renseignement contradictoire". Par contre, de tels garde-fous ne semble pas être d'application en ce qui concerne la préservation des civils.

Chasse à l'homme en Afghanistan

Ces documents montrent entre autres que lors d'une Opération baptisée Haymaker, dans le nord-est de l'Afghanistan entre janvier 2012 et février 2013, les frappes de drones des forces spéciales américaines ont tué plus de 200 personnes, dont seulement 35 étaient les cibles visées. Sur une sous-période de cinq mois pendant cette opération, 90% des personnes tuées n'étaient pas des personnes visées, selon The Intercept.

Lors de cette opération, parmi les cibles tuées ou détenues figuraient les noms de membres d'Al-Qaeda ou des Talibans mais aussi des combattants locaux "sans ambition internationale", des groupes qui ont pris les armes contre les forces américaines arrivées sur leurs territoires.

Surveiller le continent noir

Surveiller le continent noir

Au-delà de la Somalie, c'est l'ensemble du continent africain qui est devenu l'objet d'une guerre de l'ombre ces dernières années. Officiellement, seule une opération basée au Camp Lemmonier au Djibouti est opérationnelle. Reste qu'une unité secrète baptisée "Task force 48-4" a été mise en place et que d'autres points du continent ont été la base arrière d'opérations de surveillance américaine.

Ainsi, le camp Lemmonier a servi pour les opérations d'assassinat au Yémen et en Somalie mais a été utilisée bien plus largement. Preuve de cette importance, Washington a prolongé sa présence au Djibouti jusqu'en 2044, payant au passage une location annuelle de quelque 70 millions de dollars.

Comme dans le cas de l'Afghanistan et du Yémen, le 11 septembre 2001 a été une date butoir dans l'évolution des opérations américaines. Avant l'attaque terroriste du World Trade Center, les Américains étaient très peu présents militairement sur le continent africain. Mais depuis, Washington a signé des accords militaires avec 29 aéroports internationaux africains pour avoir le droit d'utiliser leurs infrastructures. Par ailleurs, entre 5.000 et 8.000 soldats américains et civils de l'armée opèrent également chaque année en Afrique.

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