La Grèce plie sous le poids de deux crises

La population grecque affiche sa solidarité avec les réfugiés. Et pourtant, les grecs sont aussi des victimes. La crise des réfugiés est venue se superposer à une crise économique déjà brutale. Endettement, chômage, pauvreté, le pays ne peut pas accueillir décemment les réfugiés.

Les consultations se font à un rythme effréné. Au bout d'un moment, certains nerfs lâchent, un médecin sort de son cabinet et crie a une dame, trop insistante, de faire la file comme tout le monde.

Pas qu'un public étranger

Nous sommes dans une polyclinique située dans le quartier populaire d'Omonia à Athènes. Cette structure de médecin du monde a été créé pour apporter des soins aux réfugiés. La salle d'attente est pleine à craquer. Sauf qu'à bien y regarder il n'y a pas ici qu'un public étranger.

Yanis est grec et ce n'est pas la première fois qu'il vient."Aujourd'hui je suis venu pour des médicaments. Mais je viens souvent ici pour mes reins, pour mon diabète ou chez le généraliste. Je n'ai pas de sécurité sociale. Ici ils me donnent un accès aux soins et les médicament sont gratuits."

25% des grecs n'ont plus de couverture santé

En Grèce 3 millions de personnes n'ont pas de couverture sociale. Un grec sur quatre. La crise économique frappe dur. En 2015, le docteur Morinos a traité plus de patients grecs que d'étrangers. "La majorité sont au chômage. Ce sont des gens qui avaient l'habitude d'aller dans les hôpitaux publics et chez le docteur. Mais depuis qu'ils n'ont plus de travail, ils ne peuvent pas se permettre d'aller chez les médecins privés".

Aides européennes contre réformes

En échange d'un troisième plan d'aide européen, la Grèce s'est lancée dans une vague de réforme. Le pays est en train de sabrer dans son système de retraite et de soins de santé. Une austérité à laquelle s'est ajoutée l'afflux des réfugiés. "Personnellement les réfugiés ça ne change rien à ma vie, nous explique Elefira, une quadragénaire grec au chômage. L'Etat est absent. Je ne comprend pas pourquoi il fait tout ça, pour montrer qu'on est des gens bien? Qu'on aide les réfugiés ? Alors qu'on néglige les nôtres ?"

Malgré la colère, la cohabitation demeure bienveillante. Nombreux sont les grecs qui s'identifient aux réfugiés. Et qui craignent de connaître le même sort.

À Athènes, il est de plus en plus courant de voir des gens faire les poubelles, à la recherche de nourriture. Une image insupportable pour certains Grecs qui ont décidé de réagir.

La cuisine solidaire

Ce matin, monsieur Constantin nous a donné rendez vous dans sa cuisine solidaire. Le dîner est déjà sur le feu. Au menu: du poulet et des pâtes pour 160 réfugiés qui squattent un bâtiment vide dans le quartier. "C'est important d'aider les autres. Car si la maison de ton voisin brûle. Et que tu ne l'aides pas à l'éteindre. Le feu viendra aussi chez toi".

Constantin Polichronopoulos a ouvert sa cuisine il y a 3 ans. Tour à tour, des grecs payent le loyer de ce lieu destine à lutter contre le sentiment d'abandon.

Hakim, un réfugié marocain prend ce matin un café accompagné d'un cake avec un autre réfugié iranien et un chômeur grec. Parfois il vient aussi se faire couper les cheveux gratuitement. Le coiffeur passe une fois par semaine. "Ce sont les amis, ma famille, il n'y a pas de travail alors je viens ici".

Constantin renchérit: "Il n'y a que des être humains. Il n'y a pas de sang grec, pakistanais, anglais ou américain. Il n'y a qu'un sang et il est tout rouge."

Le peuple grec a décidé se serrer les coudes, étant donné que l'Etat plie sous le poids de deux crises à la fois.

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