La Grande Barrière de corail peut-être classée "patrimoine en péril" : les dégâts sont bien là

Des eaux turquoise, des tortues de mer, des poissons clowns, des explosions de couleurs, et un plongeur dans ce paradis subaquatique. Les clichés de la Grande Barrière de corail font rêver mais elle est en danger. L’UNESCO pourrait même la placer sur la liste du patrimoine mondial en péril.

La décision ne sera prise qu’à la fin du mois de juillet, mais un rapport préliminaire en fait déjà la recommandation. Cette perspective fâche l’Australie. Pourtant, la menace est réelle, les dégâts sont déjà présents.

De quoi parle-t-on ?

La Grande Barrière de corail se situe au large des côtes australiennes du Queensland. Elle court sur 2300 km : elle est plus longue que l’Italie. On la désigne parfois comme “la forêt tropicale de l’océan”, une manière de la comparer à la forêt amazonienne, poumon de la planète. “C’est l’équivalent sous l’eau”, sourit Séverine Fourdrilis, chercheuse postdoctorante à l’Institut royal des Sciences naturelles, qui va bientôt partir travailler pour l’Australian Institute of Marine Science.

La Grande Barrière héberge un quart de toutes les espèces marines au monde, c’est vraiment un hotspot de la diversité.

Selon la Great Barrier Reef Foundation, on y trouve six des sept espèces de tortues marines, 30 espèces de dauphins et de baleine, plus de six cents types de corail…

Elle fournit aussi 64.000 jobs au secteur touristique australien.

Dans quel état est-elle ?

La Grande Barrière de corail souffre et se détériore. Koen Stuyck, porte-parole du WWF, rappelle qu’en 2016 “on a relevé la plus grande mortalité de coraux jamais enregistrée sur la Grande Barrière, avec une zone affectée d’environ 1100 km.”

En 2016, 2017, 2018, il y a eu une vague de chaleur intense, la moitié des coraux peu profonds sont morts”, ajoute Séverine Fourdrilis. Et la vague de chaleur de 2020 a encore fait des dégâts.

Quand la température de l’eau augmente, les coraux blanchissent. Ils expulsent les algues symbiotiques qui vivent sous leur peau et qui leur fournissent leur nourriture. “Ce sont ces algues qui leur donnent leur couleur marron beige, explique la chercheuse. Sans elles, ils deviennent blancs.”

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© Colin Baker

Un corail blanc n’est pas encore un corail mort. “Ils n’ont plus d’algues pour se nourrir mais ils peuvent encore attraper des proies comme des petites crevettes. Mais ce n’est que temporaire. Si la chaleur persiste, ils ne récupèrent pas leurs algues et finissent par mourir.

Quels sont les dangers qui la menacent ?

Les hausses de la température de l’eau dues au réchauffement climatique provoquent leur blanchissement.

L’acidification de l’eau perturbe leur croissance. Le CO2 lié aux activités humaines est absorbé par les océans et les rend plus acides. “Les coraux ont un squelette calcaire, détaille Séverine Fourdrilis. Vous nettoyez votre évier avec du vinaigre pour faire partir le calcaire, pour le dissoudre : imaginez l’effet sur les coraux. Ils n’arrivent plus à renforcer leur squelette, à grandir.”

Les cyclones endommagent aussi les récifs coralliens. A cause du réchauffement climatique, les cyclones sont plus fréquents et plus puissants. Ils abîment donc plus le corail déjà affaibli.

Les ruissellements agricoles constituent un autre danger. “Les engrais enrichissent l’eau en nutriments, et les particules de terre, les sédiments, rendent l’eau trouble, or les coraux préfèrent une eau limpide et pauvre en nutriments. Et puis, il y a aussi les pesticides qui sont toxiques.” La pollution agricole est un des principaux moteurs du déclin du récif” ajoute le porte-parole du WWF.

Les acanthasters pourpres dévorent le corail. Or, on assiste depuis quelques années à la multiplication d’épisodes invasifs. “Les scientifiques craignent que la combinaison de ces invasions d’étoiles de mer dévoreuse de coraux et des épisodes de blanchissements de plus en plus fréquents empêchent la Grande Barrière de corail de se rétablir,” alerte Koen Stuyck.

Divers projets miniers (mine de charbon, notamment) ont aussi menacé ou menacent encore le site.

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Acanthaster pourpre (en Indonésie, celle-ci) © Getty Images

La détérioration de la Grande Barrière de corail est donc bien une réalité. La Great Barrier Reef Marine Park Authority, agence gouvernementale australienne, l’a elle-même “rétrogradée” de “fragile” à “très fragile” en 2019. Le gouvernement australien fera pourtant tout pour qu’elle n’apparaisse pas sur la liste du patrimoine en péril.

Si l’UNESCO prend effectivement cette décision, ce sera historique, s’exclame Carine Thibaut, porte-parole de Greenpeace. Ce serait aussi une reconnaissance de la responsabilité du gouvernement australien qui est connu pour être un très mauvais élève sur la question climatique.

La bonne nouvelle, précise la Great Barrier Reef Foundation, c’est que les coraux sont résilients. Si on réduit les menaces, on peut l’aider à récupérer naturellement.

Sujet Jt de ce 22 juin :

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