La France durcit le ton, la Belgique l'assouplit, alors que l'épidémie est en hausse dans les deux pays: comment l'expliquer?

La France durcit le ton, la Belgique l'assouplit, mais l'épidémie est en hausse dans les deux pays: comment l'expliquer?
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La France durcit le ton, la Belgique l'assouplit, mais l'épidémie est en hausse dans les deux pays: comment l'expliquer? - © Tous droits réservés

La coïncidence des deux annonces a pu frapper les esprits: alors que la Belgique venait d'annoncer un assouplissement de certaines mesures, comme l'abandon du port du masque généralisé en extérieur, ou les contacts sociaux sans distanciation un peu élargis, la France de son côté hissait le drapeau rouge avec une série de nouvelles mesures selon le "degré de rouge", les plus spectaculaires allant jusqu'à la fermeture totale des bars et restaurants à Marseille.

Mais à bien y regarder, ces mesures ne sont pas aussi contradictoires qu'on ne pourrait le penser:

1. La situation semble plus grave en France, selon la plupart des indicateurs

Selon les derniers chiffres de l'ECDC, qui compare les taux d'incidence sur une période de deux semaines, la Belgique enregistrait 125 cas pour 100.000 habitants (ce chiffre a aujourd'hui grimpé à 140), la France 198. Bien sûr, comme on décèle aussi des asymptomatiques, ces chiffres dépendent aussi du nombre de tests. C'est pourquoi il est intéressant de comparer le pourcentage de tests positifs. Il est actuellement de 4,1% pour la Belgique, il vient de monter à 6,2% en France. Enfin et surtout, si l'on s'inquiète chez nous de la hausse des hospitalisations avec des pic de 70 et 71 admissions en 24 heures ces derniers jours, la France a elle atteint un pic de 783 patients hospitalisés le mardi 22 septembre. La population est il est vrai 5 fois plus nombreuse, mais c'est plus de 10 fois plus d'admissions. 

Et la situation est particulièrement aigüe dans certaines régions: selon le ministre de la Santé Olivier Véran, "au rythme actuel  on peut s'attendre à ce que 40% des capacités régionales de réanimation soient utilisées pour des patients Covid au 10 octobre, 60% le 25 octobre et 85% aux alentours du 11 novembre".

Bref, sans mesure, on y courait droit à la saturation.

2. Les mesures étaient pour la plupart bien plus dure en Belgique, la France ne fait souvent que la "rattraper"

Hormis la région de Marseille, où le taux d'incidence dépasse les 250 cas/100.000 habitants sur une semaine; le durcissement des mesures n'est en fait qu'un "rattrapage" de ce qui se faisait déjà en Belgique. 

Ainsi, les rassemblements privés n'étaient dans la plupart des cas pas limités à 10 personnes comme chez nous. Ils ne le sont à Paris que depuis le 15 août, et juste déconseillés dans plusieurs régions. Les fêtes locales et étudiantes n'étaient pas non plus interdites, et elles ne le seront qu'à partir des zones "en alerte renforcée" (où le taux d'incidence est au-dessus de 150 pour 100.000 habitants et quand il dépasse les 50 pour 100.000 chez les personnes âgées). Et les rassemblements y resteront malgré tout autorisés jusqu'à 1000 personnes!

Ce qui veut dire que jusqu'ici, alors que le virus circulait moins qu'en France, les mesures étaient plus dures en Belgique. C'est peut-être d'ailleurs ce qui a permis à la Belgique d'infléchir sa courbe à la mi-août, alors que l'épidémie avait repris plus vite qu'outre-Quiévrain, comme on le voit sur ce graphique. Les infections sont ensuite quand même reparties à la hausse dans notre pays, mais depuis un niveau beaucoup plus bas qu'en France au même moment.

3. Certaines mesures étaient contre-productives en Belgique

Le CNS, conseillé par la CELEVAL, n'a pas décidé d'assouplir les mesures de bulles sociales et de port du masque parce que la situation sanitaire le permt désormais, mais tout simplement parce qu'elles n'étaient pas comprises, pas respectées, et qu'elles étaient devenues au final contre-productives !

Comme l'explique l'épidémiologiste et jusqu'il y a peu membre de ce comité d'évaluation Marius Gilbert, "l'inconvénient en termes de perte de l'adhésion" devenait "supérieur au bénéfice". Le risque était donc qu'en maintenant des règles que les gens trouvent absurdes, "ils ne vont peut-être plus suivre d'autres recommandations qui sont importantes et qui sont à ce moment-là très utiles et importantes de maintenir".

Ajoutez à cela qu'en plus du psychologue Tom Auwers qui préside la Celeval, la professeure de psychologie clinique à l’Université libre de Bruxelles Ariane Bazan a désormais rejoint la nouvelle mouture de la cellule, et on comprendra mieux qu'elle se soit plus basée sur la façon de faire adopter les règles essentielles que sur leurs stricts contours...

D’où cette idée directrice de faire du public plutôt un partenaire. "C’est bien sûr plus facilement dit que fait mais il y a des moyens, expliquait Ariane bazan à la RTBF. Et c’est peut-être aussi simplement un autre état d’esprit : se dire qu’il faut le faire ensemble, pas seulement la politique et les virologues, mais inclure la population".

Rebond de l'épidémie en France : JT du 17/09/2020

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