"La France a toujours été du côté des dictateurs", Sarkozy ne croyait pas si bien dire

C’est un Nicolas Sarkozy très en verve qui s’est présenté ce samedi à l’université d’été de son parti "Les Républicains" à La Baule.

Tellement en verve, qu’en pleine tirade sur son attachement à l’"identité française" l’ex-président de la République s’est fendu d’un cinglant: "S’il y a quelque chose à laquelle je suis très attaché: c'est que, de toute éternité, la France a toujours été du côté des opprimés, et toujours été du côté des dictateurs". Avant de poursuivre sans sourciller.

Le lapsus est d’autant plus succulent, qu’à y regarder de plus près, la France a toujours cajolé des présidents mal élus et mal aimés de leurs peuples. Avant, souvent, de contribuer à leur destitution.

" La France n’a pas d’amis. Elle n’a que des intérêts "

"La France n'a pas d'amis. Elle n'a que des intérêts", disait l'ex-président Charles De Gaulle. C'était en pleine guerre froide et la fin justifiait les moyens dans la lutte contre le communisme. De l'autre côté de l'Atlantique, les Etats-Unis soutenaient toutes les dictatures d’Amérique latine, voire les provoquaient, comme au Chili.

Pour Michel Hermans, Professeur de Science Politique à HEC-École de Gestion de l'Université de Liège: "La France, en Afrique notamment, a toujours été considérée comme l’une des cinq grandes puissances mondiales puisqu’elle siège au conseil de sécurité des Nations Unies et possède l’arme atomique. Cela lui procure d'ailleurs une certaine prestance dont elle n'hésite pas à faire usage, surtout en Afrique. Jusqu'à la chute du mur de Berlin, les intérêts étaient plus politiques qu’économiques. Mais depuis 1989, ce sont principalement les intérêts économiques qui régissent ces relations".

Bokassa, Kadhafi, Al-Sissi et les autres

De l'amitié entre Valery Giscard d'Estaing et le dictateur centrafricain Jean-Bedel Bokassa dans les années 70 -envolée pour de sombres histoires de diamants et de femme- à la vente récente d'avions Rafale au régime du général égyptien Al-Sissi, ces exemples de "je t'aime-moi non plus" diplomatiques sont nombreux.

"La cas Kadhafi est particulier. La France soutenait le dictateur jusqu'au moment où Kadhafi a menacé de révéler qu'il avait financé la campagne présidentielle de Sarkozy. Coïncidence ou pas, arrive une révolution en Libye et la France plonge dessus. C'est symptomatique de la manière de fonctionner de la France, et des pays occidentaux de manière générale. Dès le moment où l'occident estime qu'il est possible d'avoir de meilleures relations avec certains Etats, sans les dictateurs, ou que ces dictateurs deviennent des problèmes, on essaie de les faire sauter", explique Michel Hermans.

Et de manière générale, c'est la lutte contre l'islamisme radical qui semble permettre désormais à certains régimes non-démocratiques de se maintenir, l'exemple le plus frappant étant la Syrie. 

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