La floraison des cerisiers au Japon plus précoce que jamais : le réchauffement climatique en cause

Corona ou pas, la floraison des cerisiers, au Japon, véritable phénomène national, n’aurait jamais été aussi précoce. C’est ce que disent les experts de l’Agence Météorologique Japonaise (AMJ). Et ce ne serait pas, en dépit de la beauté chaque année renouvelée de l’événement, une bonne nouvelle. La faute au changement climatique.

La floraison de ces arbres séculaires est un événement majeur du printemps au Japon. C’est l’AMJ qui donne le signal, après observation d’arbres de référence, 58 au total, situés à différents endroits du pays, tenus secrets.

Si 5 fleurs éclosent, la saison officielle, qui dure deux semaines, démarre, ainsi que les réjouissances qui l’accompagnent. Promenades, rendez-vous dans les parcs, pique-niques… Tous se donnent rendez-vous pour profiter du magnifique spectacle.

Baptisée "hanami", pour contemplation des fleurs, cette tradition née à l’époque Heian (794-1185) a pris un goût amer. Car il se fait que la floraison se produit un peu plus tôt chaque année, pour battre cette fois tous les records : les premières fleurs ont été observées au Shukkeien Garden d’Hiroshima le 11 mars dernier.

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Tradition séculaire de l’hanami © AFP or licensors

Floraison toujours plus précoce

L’an dernier, les premières fleurs étaient apparues le 14 mars. En 2019, le 21. Un premier record avait été établi il y a 11 ans, lorsque des cerisiers avaient commencé à fleurir le 10 mars dans la ville de Kochi.

De floraison "plus précoce", à "beaucoup plus précoce", l’agence ne peut que constater que dans toutes les régions du pays, la situation est identique : les températures relevées ces derniers mois ont été partout plus élevées.

De la dormance à la croissance

Or, explique l’agence sur son site, le moment où les fleurs de cerisier fleurissent dépend du changement de température par rapport à l’automne de l’année précédente. Les boutons floraux qui forment la base des fleurs de cerisier sont créés à l’été de l’année précédant la floraison et atteignent celle-ci par deux processus : la dormance et la croissance.

Même si des boutons floraux se forment, ils ne poussent pas immédiatement et passent d’abord en dormance, pour survivre à l’hiver froid et court. Le cerisier rompt ensuite cette dormance, et se réveille. À ce stade, plus la température est élevée, plus le degré de croissance est élevé. Et l’agence a relevé une moyenne de 12, 4° au mois de mars, pour 8,6° en 1953.

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Magnifique spectacle au goût un peu amer © AFP or licensors

Record battu

Cette floraison anticipée bat ainsi tous les records que l’agence enregistre depuis sa création en 1953. Cette année, c’est le 26 mars que le pic de floraison a été enregistré, à Kyoto. Dans des documents historiques on n’aurait trouvé de trace d’un pic de floraison aussi précoce et exceptionnel qu’en 1612, 1409 et 1236. D’ordinaire, ce pic enregistré en 2021 sur 40 des 58 arbres de référence intervient plutôt en avril. Un signe du réchauffement climatique en cours, conclut l’AMJ.

Symbole de renouveau

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La sakura, aussi un symbole identitaire © AFP or licensors

Une information qui ne va peut-être pas troubler autre mesure les Japonais, friands de cette période de l’année, qui marque pour eux le début d’une nouvelle année scolaire. Si les autorités japonaises ont plaidé pour que les citoyens prennent garde à respecter les mesures barrières à cause de la pandémie, les Japonais ne comptent pas renoncer à la tradition d’aller prendre un peu de bon temps en admirant les sakuras (fleurs de cerisier).

Mais aussi symbole identitaire, en plus du plaisir des yeux

Fleur symbole du Japon, la sakura, symbole du côté éphémère des choses, a donné lieu dans un premier temps à une philosophie. Elle est aussi un vrai symbole identitaire, face à la fleur de prunier, symbolique pour les Chinois. Elle fut également un symbole de réconfort, durant la seconde guerre mondiale : on l’a utilisée dans nombre de métaphores, lors de discours politiques, et elle figurait sur l’avion des kamikazes.

Aujourd’hui, toujours symbole d’un peuple fort et uni, elle marque surtout l’arrivée du printemps et le renouveau (ainsi que le début de l’année… fiscale). On ne compte plus les lieux où on peut l’admirer : comme celui du temple Jissô où se trouve le cerisier Jindaizakura ("cerisier des générations divines", en japonais) le plus vieux du Japon, qui a dépassé les 2000 ans, et tant d’autres.

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