La destitution de Donald Trump, une procédure qui coince tout le monde

C’est historique, après 12 heures de débats, les élus de la Chambre des représentants ont voté cette nuit en faveur d’un procès au Sénat contre le président américain. Donald Trump devient le troisième président dans l’histoire des États-Unis à être mis en accusation pour crimes et délits majeurs. Chaque camp s’est retrouvé coincé par cette procédure… Analyse.

Les démocrates d’abord qui face à ces faits graves ont été obligés de lancer cette procédure et de la mener jusqu’au bout. La présidente de la chambre, Nancy Pelosi l’a répété, les activités irresponsables du président ont obligé les démocrates à présenter les articles de mise en accusation.

Ce 18 décembre est un grand jour pour la constitution des USA mais un jour triste dans l’histoire de l’Amérique. Ce président ne nous a pas laissé le choix.

Pas de triomphalisme, la bataille de l’opinion se poursuit

Pas d’applaudissement, surtout pas de triomphalisme, c’était le maître mot coté démocrate. Une toute autre ambiance dans l’autre camp. Pour les républicains, le président n’a pas violé la loi. Les républicains coincés par la popularité de l’atypique président, bête de communication ont soutenu d’un bloc Donald Trump. 

Pour eux la seule chose dont le président Trump est coupable, c’est d’avoir battu Hillary Clinton. C’est clair, la bataille a lieu sur le front de l’opinion et on assiste à une polarisation complète de la société américaine. Ces crispations sont largement révélées par les derniers sondages réalisés auprès des électeurs. Lors des précédentes procédures l’opinion avait une vision claire.


 

Des précédents historiques

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Le président Richard Nixon © Tous droits réservés
Le président Bill Clinton © Tous droits réservés

En 1974, lorsque Richard Nixon a été mis en cause dans le scandale du Watergate, une majorité claire de citoyen s’était dégagée pour la destitution du président contraint de démissionner avant de subir l’humiliation de la destitution. À l’opposé, en 1998 après l’affaire Levinski, l’opinion soutient clairement Bill Clinton et il est maintenu !

Aujourd’hui, l’Amérique est plus divisée que jamais, aucune majorité ne se dégage. Les soutiens de Trump sont encore plus remontés et casquette rouge "Make america great again !" posé fièrement sur leur tête, ils sont toujours plus fans de leur champion.

C’est une farce ! Il n’y a aucun crime ou délit. Je pense vraiment que c’est une chasse aux sorcières. Il n’y a rien !

Et c’est tout l’inverse chez les personnes qui n’ont pas voté Trump ! Les "anti" Trump sont encore plus "anti" Trump !

J’ai le sentiment que ce président n’a pas travaillé pour nous ! Il n’a travaillé que pour lui-même. Et je n’aime pas la manière avec laquelle il se conduit depuis 3 ans qu’il est en fonction.

Certains observateurs considèrent que Donald Trump a de fortes chances d’être acquitté dans son procès en destitution au Sénat qui devrait avoir lieu en janvier. Mathématiquement évidemment cela semble joué en faveur de Donald Trump. Le sénat est contrôlé par les républicains (53 sièges sur 100). Ils ont déjà prévenu que le président serait acquitté.

La décision de culpabilité ne peut être acquise qu'à la majorité des deux tiers. Pour que le président américain soit destitué, il faudrait donc que les démocrates puissent convaincre vingt sénateurs de l’autre camp de voter avec eux. La tâche paraît quasi-impossible tant les lignes partisanes sont fortes.

Mais, nous ne sommes pas à l’abri d’un retournement de situation au niveau de l’opinion. Les républicains ont intérêt à aller vite, et les démocrates ont intérêt à temporiser pour espérer ce retournement. Nous verrons les réactions dans les prochains jours mais si d’ici au procès, les sondages montrent une forte volonté de voir le président condamné, certains sénateurs républicains, qui espèrent une réélection, pourraient être tentés de suivre le mouvement de l’opinion, surtout si dans leur Etat ils ont été élus "ric-rac" !

Dans cette Amérique très religieuse, peu importe la solidarité, l'admiration ou l'amour feint ou réel pour le président, certains sénateurs républicains penseront d’abord à leur propre élection et pourraient remettre au goût du jour cet adage : "Chacun pour soi, et dieu pour tous !".