La cyberdissidence tunisienne, Takriz, se réveille et se rêve en parti

L'objectif du collectif Takriz est aujourd’hui de sortir de l’ombre et de créer un parti politique.
L'objectif du collectif Takriz est aujourd’hui de sortir de l’ombre et de créer un parti politique. - © TWITTER - @TAKRIZ

En Tunisie, "Takriz" remet le couvert. Ce collectif de jeunes blogueurs avides de liberté et de démocratie avait contribué à renverser le dictateur Ben Ali en 2011 via un site internet corrosif, virulent, mobilisateur. Il avait déjoué la censure. En Tunisie, c’est une référence… Un hymne à cette jeunesse qui aspire à un avenir meilleur. Sept ans après la révolution, les cyberdissidents de "Takriz" reprennent du service.

Pour les jeunes bloggeurs, la Tunisie – qu’on qualifie souvent de "seule réussite du Printemps arabe" – ne mérite pas autant d’éloges. Loin s'en faut : "Il y en a marre ! Marre de cette politique et de cette société qui ne changent pas. Notre révolution est inachevée. Je vous assure que j’aurais préféré continuer à vivre tranquillement, mais impossible de rester les bras croisés, alors que notre pays s’enlise", explique "waterman".

Les deux fondateurs de Takriz ne révèlent jamais leurs vrais noms. Mais "waterman" et "fœtus" sont connus de tous les Tunisiens de moins de 40 ans. Pour eux, un président de 91 ans – Béji Caïd Essebsi en l’occurrence – est la preuve que rien ne change. "La révolution s’est faite par et pour les jeunes et on se retrouve avec un président sénile", clament-ils.

De la renaissance de Takriz à la création d’un parti politique

Objectif du collectif aujourd’hui : sortir de l’ombre, et créer un parti politique. Takriz mise sur tous ceux qui ne votent plus, sur cette jeunesse tunisienne qui refuse de donner sa voix aux partis aux pouvoirs (Nida Tounès, Ennahda). Lors des dernières élections municipales (6 mai 2018), moins d’un jeune sur 4 s’est rendu aux urnes. Takriz avait appelé au boycott.

Autant dire que si les blogueurs parviennent à créer un programme crédible, Takriz pourrait bien se faire une place sur la scène politique.

Takriz réfléchit à long terme. Les cyberdissidents ne visent pas les élections législatives et la présidentielle de 2019. Ils restent lucides : "Nous devons d’abord tenter de faire de la politique au niveau de la cité. Il nous faudra des années pour construire une politique de proximité efficace".

Takriz, l’illustration d’un énervement collectif

Lors des toutes premières élections municipales libres depuis la révolution en mai dernier, les jeunes ne se sont pas mobilisés. Par paresse ? Par écœurement ? Peut-être, mais ils refusent surtout de glisser un bulletin dans l’urne pour soutenir les partis qui depuis la révolution n’ont rien fait pour eux, ni amélioré la situation économique du pays.

Le chômage chez les jeunes diplômés, à 30 %, est deux fois plus important que la moyenne nationale. La situation ne s’est pas améliorée depuis le départ du dictateur Ben Ali. Pourtant, la question sociale et économique était au cœur ont entraîné la chute du régime.

Les politiciens sont considérés comme incompétents ou comme des voleurs par une grande partie de la population. Les jeunes Tunisiens soutiennent le rêve démocratique. Mais pas avec ces gens-là. Takriz assure être prêt à abandonner l’anonymat pour amorcer cette nouvelle page et incarner une nouvelle génération de politiciens : "Regretter la révolution ? Jamais de la vie ! Elle était essentielle, mais, maintenant, il faut finir le travail".

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