La Crimée subit une "invasion armée", 2000 soldats russes aérotransportés

Occupations en Crimée: une "invasion" pour le ministre ukrainien de l'Intérieur
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Occupations en Crimée: une "invasion" pour le ministre ukrainien de l'Intérieur - © Tous droits réservés

La Crimée subit vendredi une "invasion armée", avec plus de 2.000 soldats russes aérotransportés à Simferopol, capitale de cette république autonome du sud de l'Ukraine, qui abrite aussi la flotte russe de la mer Noire, a déclaré un haut responsable ukrainien.

"Nous assistons aujourd'hui à une invasion armée russe (...). L'espace aérien (en Crimée) est fermé en raison du grand nombre d'atterrissages d'avions et d'hélicoptères russes", a déclaré le représentant du président ukrainien en Crimée, Serguiï Kounitsyne, à la chaîne de télévision ART. Il a estimé que près de 2.000 militaires russes avaient ainsi été aérotransportés sur un aéroport militaire près de Simferopol.

Le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a demandé au président russe Vladimir Poutine "d'arrêter immédiatement son agression non dissimulée et de retirer ses militaires de Crimée", dans une intervention télévisée.

"Je m'adresse personnellement au président Poutine, pour lui demander d'arrêter immédiatement son agression non dissimulée et retirer ses militaires en Crimée", a déclaré Olexandre Tourtchinov. Il a dénoncé une provocation de Moscou: "On provoque le conflit et ensuite on annexe le territoire".

Ianoukovitch annonce qu'il reviendra en Ukraine

Le président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch a affirmé vendredi qu'il n'avait "pas été renversé" et a promis de "poursuivre la lutte pour l'avenir de l'Ukraine", lors de sa première apparition en public depuis qu'il a été renversé il y a une semaine.

Viktor Ianoukovitch a déclaré avoir été contraint de quitter l'ancienne république soviétique après des menaces sur sa vie, lors d'une conférence de presse à Rostov-sur-le-Don, ville du sud de la Russie proche de la frontière ukrainienne.

Il a affirmé que des "jeunes nationalistes et pro-fascistes" avaient pris le pouvoir dans le pays, et que les événements qui secouent actuellement la Crimée étaient une "réaction naturelle" à une "usurpation de pouvoir".

La Crimée, péninsule russophone en proie à des tensions séparatistes, doit continuer de faire partie de l'Ukraine, a souligné Viktor Ianoukovitch, assis à côté d'un journaliste de l'agence officielle russe Itar-Tass, avec quatre grands drapeaux ukrainiens derrière lui dans une salle remplie de journalistes.

Le président déchu a affirmé qu'après son arrivée en Russie, il s'était entretenu avec le président russe Vladimir Poutine.

Viktor Ianoukovitch n'a pas précisé à quel moment il était arrivé sur le territoire russe. Il a également promis de retourner en Ukraine une fois que sa sécurité personnelle serait assurée. Mais il a ajouté ne pas avoir l'intention de participer à l'élection présidentielle prévue le 25 mai, "illégale", selon lui.

"Forces d'invasion"

Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a accusé vendredi les forces russes "d'invasion armée et d'occupation" après la prise de contrôle dans la nuit de deux aéroports de Crimée, dont l'un militaire, par des hommes armés. Le président ukrainien par intérim a convoqué une réunion d'urgence des responsables de la sécurité. Il a limogé le chef des forces armées.

Le Parlement ukrainien a voté une résolution sur la situation en Crimée, demandant à l'OSCE et au Conseil de sécurité de se saisir de la question. Dans la même résolution, l'Ukraine dit faire appel aux pays garants de son indépendance (Etats-Unis, Grande-Bretagne et Russie).

"Je considère ce qui se passe comme une invasion armée et une occupation. En violation de tous les accords et normes internationaux", écrit Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov sur sa page Facebook. "C'est une provocation directe pour un bain de sang armé sur le territoire d'un Etat souverain. Cela ne relève plus de la compétence du ministère de l'Intérieur. Cela relève de la compétence du conseil de sécurité et de défense nationale".

 

Selon lui, des "unités armées de la flotte russe bloquent" l'aéroport Belbek, proche de la ville de Sébastopol, dans lequel "se trouvent des militaires et des garde-frontières ukrainiens". La Russie, pour sa part, dément toute implication de ses troupes.

"Dehors, des militaires en treillis et armés sans signe distinctif, mais ne cachant pas leur appartenance. L'aéroport ne fonctionne pas. (...) Il n'y a pour l'instant pas d'affrontement armé", selon lui.

Selon Reuters, des hommes armés non identifiés à bord d'un camion militaire bloquent la route menant à l'aéroport de Sébastopol. Les webcams montrant des paysages de Sébastopol ont été éteintes.

A Simferopol, chef-lieu de la Crimée, des hommes armés ont également pris le contrôle de l'aéroport et "ne dissimulent pas leur appartenance aux forces armées russes". Selon certaines sources, des mouvements d'hélicoptères russes ont été enregistrés autour de la base navale de Sébastopol.

 

Ecussons noirs

Une cinquantaine d'hommes armés a en effet pénétré dans la nuit dans l'aéroport, selon l'agence Interfax-Ukraine, quelques heures après qu'un commando pro-russe a pris possession du parlement local de Simferopol.

"L'aéroport fonctionne normalement", a cependant déclaré un responsable administratif.

Une dizaine de soldats en uniforme et portant des écussons noirs patrouillent le long de l'entrée de l'aéroport, selon un journaliste de l'AFP sur place. Ils ne répondent pas quand on leur demande leur nationalité.

Il y a aussi une dizaine de civils pro-russes de tous âges, qui expliquent être là pour maintenir l'ordre. "Nous sommes tous des volontaires, présents pour ne pas permettre l'atterrissage de fascistes ou de radicaux venant de l'ouest de l'Ukraine", a déclaré leur porte-parole improvisé, qui se présente comme un ancien officier de police.

A ses côtés, Vadim, un jeune ingénieur assure ne pas être un "extrémiste". "On est ici pour maintenir l'ordre public, on ne bloque rien. Mais si les bandits nationalistes viennent, nous allons nous battre avec eux. Nous trouverons des armes si on en a besoin", assure-t-il.

Peuplée majoritairement de russophones, la Crimée est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev, après la destitution du président Viktor Ianoukovitch, à l'issue d'un mouvement de contestation de trois mois, réprimé dans le sang.

La Russie accordera des passeports aux Berkout

La Russie a annoncé vendredi qu'elle allait accorder des passeports aux policiers d'élite ukrainiens, les Berkout, dont l'unité a été démantelée par les nouvelles autorités pro-européennes de Kiev, et que ces documents seraient délivrés à Simféropol, en Crimée, péninsule à majorité russophone.

"Le consulat russe à Simféropol a été chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour commencer à délivrer le plus rapidement possible des passeports russes aux forces des ‘Berkout’", a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Berkout ont été le fer de lance de la répression contre les opposants en Ukraine. Ils ont été filmés par des médias en train de tirer à balles réelles, y compris au fusil à lunette, sur la foule.

Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées à Kiev lors d'affrontements la semaine dernière. Les nouvelles autorités ont estimé que cette unité s'était "discréditée" aux yeux du peuple ukrainien.

Avoirs gelés

L'Autriche et la Suisse, deux havres financiers appréciés des oligarques, ont décidé d'attaquer au portefeuille l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch et son clan, au moment où les sanctions personnelles promises par l'UE tardent à se concrétiser.

Vienne a annoncé vendredi matin avoir gelé les avoirs de 18 Ukrainiens soupçonnés d'atteintes aux droits de l'Homme et de corruption, sans divulguer leurs noms.

Le gouvernement suisse a publié vendredi une ordonnance gelant des avoirs de vingt responsables ukrainiens, en majorité des ministres déchus du précédent gouvernement ainsi que ceux du président déchu Viktor Ianoukovitch et de son fils Alexandre.

Simultanément les autorités judiciaires de Genève ont annoncé avoir lancé jeudi une enquête pénale à l'encontre du président déchu et de son fils pour "blanchiment".

La décision, demandée par le pouvoir de transition à Kiev, a été présentée à Vienne comme "une mesure de sécurité provisoire jusqu'à l'entrée en vigueur des mesures de l'UE".

L'Union européenne avait en effet décidé le 20 février de prendre des sanctions ciblées, y compris des interdictions de visas et des gels d'avoirs, contre une liste de personnalités proches de Viktor Ianoukovitch.

Rien ne s'est passé depuis, et à Bruxelles, on temporise. "Le travail technique continue", indique une source européenne haut placée, laissant entendre que les sanctions ne sont plus la priorité.

"Aucune décision politique n'a été prise à ce stade" concernant les sanctions, a indiqué le porte-parole de la Commission, Olivier Bailly au cours d'un point de presse à Bruxelles. "La démarche collective que l'UE a décidé le 20février est toujours en cours", a -t-il ajouté. "A l'heure où nous parlons, il n'y a pas de décison finale des Etats membres ni sur le cadre, ni sur le champ d'application de ces sanctions", a-t-il insisté.

Selon des "observateurs" cités par l'agence autrichienne APA, c'est cette hésitation de l'Europe à agir qui a convaincu l'Autriche de passer à l'offensive seule.

La république alpine est doublement concernée : d'abord, parce qu'elle est largement considérée à Kiev comme un havre financier pour les oligarques qui se sont enrichis dans l'entourage de M. Ianoukovitch. Et ensuite, parce que sa réputation est également en jeu en Europe, alors que Vienne est l'un des derniers bastions de résistance aux efforts entrepris par l'UE pour améliorer la transparence des activités bancaires.

Pour la Suisse, le gouvernement "veut éviter tout risque de détournement des fonds publics ukrainiens". "S'il devait s'avérer dans le cadre de futures procédures pénales que les avoirs sont effectivement d'origine illicite, ils pourront être restitués à l'ukraine après la condamnation pénale de l'ancien dirigeant et de son entourage", souligne un communiqué du ministrère suisse des Affaires étrangères.

Qui est visé ?

Qui sont les oligarques concernés, quelles sont les sommes en jeu ?

En Autriche, les noms de l'ancien Premier ministre ukrainien Mykola Azarov - qui s'était rendu brièvement à Vienne après sa démission en janvier -, et de l'ex-chef de l'administration présidentielle Andreï Kliouev sont les plus souvent cités par les médias.

Ils figurent dans la liste publiée par les autorités suisses qui compte en tout 11 anciens ministres du gouvernement déchu, ainsi que l'ancien procureur général, le maire de Kharkov et le gouverneur de la province de Kharkov. Il y a aussi le frère de M. Kliouev, Serbei.

Alexandre Ianoukovitch, le fils aîné du président déchu, a monté fin 2011 à Genève Mako Trading, une société de négoce de charbon.

La majeure partie du négoce ukrainien de charbon, d'acier et de céréales passe par la Suisse. Et selon le magazine suisse L'Hebdo, Alexandre Ianoukovitch, qui est dentiste de profession, a amassé en trois ans une fortune estimée à quelque 500 millions de dollars.

"Une perquisition menée par le premier procureur Yves Bertossa et la brigade financière de la police judiciaire a eu lieu le jeudi 27 février au matin dans les locaux d'une société détenue par Aleksander Ianoukovitch", a indiqué le ministère public de Genève.

"Des documents ont été emportés", ajoute-t-il, refusant de donner plus de précision.

Vendredi matin, une voiture banalisée de police était positionnée devant le bâtiment à Genève où Mako Trading a ses bureaux, a constaté une journaliste de l'AFP.

La société genevoise est dirigée par un homme d'affaires originaire d'Ouzbékistan, M. Felix Blitshteyn, qui est également responsable d'une société appelée Partefina, installée à la même adresse. Partefina se présente comme un "family office", soit une société spécialisée dans la gestion de grandes fortunes familiales.

RTBF avec agences

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