La Corée du Nord a 70 ans: derrière les festivités, une vie de privations

Des étudiants dessinent des marques sur le sol en prévision d'une grande chorégraphie qui sera dévoilée à l'occasion du 70ème anniversaire de la République.
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Des étudiants dessinent des marques sur le sol en prévision d'une grande chorégraphie qui sera dévoilée à l'occasion du 70ème anniversaire de la République. - © ED JONES - AFP

Ce 9 septembre, la République populaire de Corée fêtera officiellement ses 70 ans. C'est le genre d'événement qu'affectionne particulièrement le pouvoir nord-coréen. Il lui permet d'organiser de grandes festivités destinées à démontrer sa puissance, aussi bien aux citoyens nord-coréens qu'au reste du monde. Les défilés militaires notamment sont l'occasion d'exhiber les avancées militaires du régime. Cette année cependant, Kim Jung-Un pourrait décider de ne pas faire étalage de ses missiles balistiques, afin de ne pas nuire au climat d'apaisement dans la région.

Léger progrès 

Mais derrière les parades, les textes patriotiques chantés à tue-tête et les sourires forcés se cache une réalité bien moins joyeuse. Comme l'explique Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste des deux Corées, "il est très difficile d'avoir le point de vue de la population nord-coréenne". Cependant, note-t-il, "il y a une amélioration partielle du niveau de vie, même s'il a augmenté moins rapidement dans certaines régions reculées, notamment dans les montagnes du nord-est". A Pyongyang, le niveau de vie est bien plus élevé que dans le reste du pays, mais ce sont principalement les élites politiques et économiques qui y résident.

Derrière la fête, une autre réalité

Selon un rapport de l'ONU de mars dernier, l'accès aux produits de base reste néanmoins très problématique. "L’insécurité alimentaire est un problème chronique en Corée du Nord, où 41% de la population – soit 10,5 millions de personnes de tous âges – souffrent de malnutrition", écrit Tomas Ojea Quintana, le rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en Corée du Nord. Le manque d'infrastructures dans les transports est également criant. "La situation s’améliore progressivement notamment avec des liaisons par bus entre les villes", explique Antoine Bondaz. "Mais, par exemple, pour aller de la banlieue de Pyongyang au centre-ville, beaucoup de gens n’ont pas de bus. Ils doivent soit marcher soit prendre un vélo."

Liberté proche de zéro

Par ailleurs, la liberté d'expression reste un mirage pour les Nord-Coréens, tout comme la liberté de s'informer. Ils n’ont accès qu’à la télévision d’Etat et ses émissions de propagande. L’internet local et le réseau de téléphonie mobile fonctionnent en circuit fermé. "Le pouvoir a un mécanisme qui permet de maintenir un contrôle étroit de la population, ce qui nie toute évolution véritable et fondamentale du régime politique", explique le chercheur. Malgré tout, selon lui, de nombreux Nord-Coréens et notamment ceux qui font partie de l’élite, "ont accès à des biens culturels qui viennent de l’étranger- ce qui est illégal. À travers les CDs ou les clés USB, ils ont une connaissance de ce qui se passe dans le reste du monde". Sans pour autant parvenir à remettre le régime en cause.

Autre point noir: les conditions de détention dans les prisons ou les camps de prisonniers politiques, où 120.000 personnes continuent d’être détenues arbitrairement. Selon Amnesty International, "les informations faisant état de torture et de mauvais traitements continuent, en particulier à l’encontre des femmes rapatriées de l’étranger de force, certaines d’entre elles ayant été de plus victimes de trafic des êtres humains, d’esclavage sexuel ou de mariage forcé en Chine".

Une lueur d'espoir

La vie des Nord-Coréens pourrait-elle néanmoins changer dans les années à venir? Depuis quelques mois, la péninsule coréenne connaît une inhabituelle période de détente. Et après presque dix ans au pouvoir, Kim Jong Un, sans lâcher la bride, "veut tout de même développer l'économie et améliorer le niveau de vie de la population, en attirant de nouveaux revenus", estime Antoine Bondaz. "L'une des priorités de la Corée du Nord est de développer le tourisme. La venue de touristes représente des sources de revenus supplémentaires pour le pays.

 

 

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