La concentration de CO2 dans l'atmosphère atteint un nouveau record en ce mois de mai 2020 : comment l'expliquer ?

La concentration de CO2 dans l'atmosphère atteint à nouveau un record en ce mois de mai 2020
La concentration de CO2 dans l'atmosphère atteint à nouveau un record en ce mois de mai 2020 - © tunart - Getty Images

417,37 ppm (parties par million), c’est la concentration moyenne en CO2 (dioxyde de carbone) dans l’atmosphère enregistrée par l’observatoire de Mauna Loa sur l’île d’Hawaï pour la journée du 2 mai dernier. Une mesure que l’on peut consulter sur le site de l’Institut d’océanographie Scripps et qui reprend les données récoltées de la même façon depuis 1958 et qu’on appelle la courbe de Keeling.

Le CO2 ? Un isolant thermique

On constate une tendance claire à l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère depuis le début des relevés. " Et qui malheureusement s’accélère ", analyse Jean-Pascal van Ypersele, climatologue à l’UCLouvain. " Il y a une accélération… De l’épaisseur de la couche d’isolant thermique. Parce que c’est vraiment ça que cette couche représente ".

Un isolant thermique donc, autour de la terre et qui contrairement à d’autres molécules comme le dioxyde de soufre, oxyde d’azote, etc. qui ont fortement baissé grâce à la diminution du trafic et de l’activité industrielle, ces dernières semaines, avec à la clé, une amélioration de la qualité de l’air constatée très rapidement.

"Pour le CO2, ce n’est pas du tout comme ça " explique Jean-Pascal van Ypersele." Le CO2 c’est une pollution qui s’accumule année après année. Et donc, ce que la concentration mesure c’est l’épaisseur totale de cette couche de pollution qui s’est accumulée […] depuis la révolution industrielle ". Et le professeur de préciser que nous sommes passés de 280 ppm (parties par million) a à peu près 417 ppm en ce début du mois de mai, la valeur annuelle sera probablement un peu moindre.

Même des fluctuations importantes des émissions, comme celle constatée actuellement, ont finalement un effet très très faible sur l’épaisseur totale de CO2.

Et pour bien comprendre les conséquences de cette accumulation de C02 dans l’atmosphère, rien de tel qu’une image, précise le professeur en climatologie. " Si vous augmentez l’épaisseur de l’isolation autour d’un bâtiment, et bien il fait plus chaud à l’intérieur du bâtiment et lorsque vous arrêtez de l’augmenter, il ne fait pas moins chaud pour autant. Cela veut simplement dire que la température va arrêter d’être un peu plus élevée, chaque année ".

" Aujourd’hui, nous émettons près de deux fois plus que ce que les systèmes naturels peuvent absorber "

Si l’on suit la courbe de l’Institut d’océanographie Scripps, la valeur de la concentration de CO2 a augmenté de près de 50% par rapport à l’ère préindustrielle (280 ppm – 417 ppm : ndlr). Si on voulait retrouver le climat qui a longtemps été celui de référence pour l’agriculture, pour les écosystèmes, etc. Il faudrait retourner aux alentours des 350 ppm, nous explique Jean-Pascal van Ypersele en faisant référence au site 350.org.

Une valeur explique-t-il qui permettrait de ne pas dépasser une augmentation de température de plus ou moins 1 degré au-dessus du niveau préindustriel. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de problèmes, mais que cela pourra être géré par la plupart des régions du monde. " Pour retrouver cette valeur (350 ppm : ndlr), la seule solution est d’arrêter d’émettre de plus en plus de CO2, chaque année ", nous dit ce spécialiste.

La clé, c’est de comprendre que l’on ajoute dans l’atmosphère, toujours plus de CO2 que ce que les systèmes naturels (les sols et les océans) peuvent absorber. " Aujourd’hui, la végétation et les sols absorbent à peu près un quart des émissions de CO2 humaines et les océans un autre quart ". Le reste c’est-à-dire l’autre moitié s’accumule dans l’atmosphère. " Nous émettons donc à peu près deux fois plus que ce que les systèmes naturels peuvent absorber ".

Notons toutefois, après ces calculs, qu’il ne suffit pas de produire deux fois moins de CO2 pour stabiliser la situation. Pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat, il faut arriver à la neutralité carbone le plus vite possible, conclut le climatologue. L’objectif de l’Union européenne est d’y arriver d’ici 2050, mais explique encore Jean-Pascal van Ypersele : " Le rapport du GIEC de 2018 a montré qu’il faudrait atteindre cette neutralité carbone au niveau mondial pour bien faire ".