La Commission européenne propose une procédure pour déficit excessif contre l'Italie

La Commission européenne propose une procédure pour déficit excessif contre l'Italie
La Commission européenne propose une procédure pour déficit excessif contre l'Italie - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

C’était, ce mercredi, jour de remise des bulletins en Europe. Chaque Etat  membre a reçu des recommandations économiques et budgétaires de la part de la Commission européenne. Certains s’en sortent mieux que d’autres. L’Espagne par exemple. Le déficit public espagnol est passé l’année dernière sous la fameuse barre des 3% du produit intérieur brut fixée par les règles européennes. Une première depuis 10 ans. Un effort salué par la Commission qui recommande de clore la procédure pour déficit excessif contre l’Espagne.

Par contre, 4 pays ont reçu un avertissement. Il y a la France, Chypre, la Belgique et l’Italie.

Avertissement pour la Belgique

La principale recommandation que la Commission faite à notre pays concerne, sans surprise, la dette publique qui reste trop élevée, et baisse trop lentement. Elle devrait rester au-dessus des 100% du PIB l’année prochaine.

Malgré tout, la Belgique échappe, mais de justesse une fois de plus, à la procédure pour déficit excessif. Ce qui n’est pas le cas de l’Italie.

Le problème italien est connu, c’est le dérapage des finances publiques, son énorme dette. Et la proposition de la Commission d’ouvrir une procédure disciplinaire contre l’Italie n’a rien d’étonnant.

L’Italie dans le collimateur

L’automne dernier déjà, la Commission avait recalé le budget italien car il était hors des clous des règles du pacte de croissance et de stabilité. A l’issue d’un long bras-de-fer, l’Italie avait promis de stabiliser son déficit budgétaire. Une accalmie qui vient sans doute de prendre fin. Dans une lettre envoyée la semaine dernière, la Commission regrettait les "progrès insuffisants" de l’Italie pour réduire sa dette publique. Un regret qui se confirme aujourd’hui.

Selon la Commission, la dette italienne atteindra l’année dernière 132,2% du PIB, soit de la richesse produite en Italie. A politiques inchangées, elle dépasserait les 135% en 2020.

La Commission propose donc de lancer une procédure en infraction pour déficit excessif à l’encontre de l’Italie, une procédure disciplinaire qui, si elle va à son terme, pourrait aboutir à une amende pouvant atteindre 0,2% du PIB italien, soit 3,5 milliards d’euros.

Mais Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques a voulu immédiatement calmer le jeu. Il a rappelé que ce sont les Etats membres qui, au final, ouvriront ou pas cette procédure. Il a répété aussi, à deux reprises, qu’il gardait sa "porte ouverte". "Comme toujours avec les Etats membres, nous sommes prêts à examiner de nouvelles données qui pourraient changer cette analyse", a-t-il déclaré face à la presse.

Dialogue ou conflit ouvert ?

Reste une question de taille : le gouvernement italien est-il ouvert au dialogue ? Il n’y a pas encore eu de réponse officielle venue de Rome cet après-midi. En début de semaine, le chef du gouvernement Giuseppe Conte semblait vouloir éviter l’escalade. Pour lui, les règles budgétaires européennes doivent être respectées tant qu’elles n’ont pas été modifiées…

Changer les traités européens, mettre fin à l’austérité, ce sont précisément les réformes exigées par Matteo Salvini, le véritable homme fort de l’exécutif italien. Le leader de la Lega n’entend pas changer de cap et compte mener à bien une réforme fiscale coûteuse et parie sur les dépenses pour relancer la croissance. Au risque de creuser encore les finances publiques italiennes.

Salvini et la politique du pire

C’est donc plutôt le scénario du bras-de-fer qui se profile. D’autant qu’au sein du gouvernement italien, c’est bien le leader de l’extrême droite, Matteo Salvini, qui est en situation de force. Son partenaire de coalition, le Mouvement 5 étoiles, est en perte de vitesse. Il est sorti affaibli des élections européennes alors que la Lega, elle, y a décroché 34% des voix.

Fort de ce soutien populaire, Matteo Salvini n’a pas peur d’une confrontation avec la Commission européenne. Au contraire. Il pourrait essayer d’en tirer profit. Son obstination pourrait faire tomber le gouvernement. Il s’en suivrait des élections anticipées qui pourraient conduire à Lega à diriger seule l’Italie.

En attendant, à plus brève échéance, l’obstination italienne pourrait aussi provoquer des tensions sur les marchés financiers et une hausse des taux d’intérêt sur les prêts contractés par l’Italie pour réduire sa dette. Ce ne serait bon ni pour l’Italie, ni pour l’Union, l’Italie ayant la 3e plus grande économie de la zone euro.

Archives : Soir première 14/11/2018

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