La "Commission de la dernière chance" a obtenu la confiance des députés

Il s'agissait là du très attendu feu vert que le Parlement devait donner à la Commission Juncker, qui remplace donc celle de José Manuel Barroso. Les députés européens ont voté (à 423 voix sur 751) la confiance au nouvel exécutif européen, qui entrera donc en fonction dès le 1er novembre.

Majorité PPE, ADLE et sociaux-démocrates

Avant le vote, la parole était donnée aux chefs de groupe. Manfred Weber, président du PPE, a appelé tous les députés à soutenir cette nouvelle commission en "dépassant" des nationalités "bouillonnantes". Le groupe social-démocrate de Gianni Pittella a également soutenu l’équipe.

"Pour nous, c’est clair, nous sommes derrière vous, M. Juncker", a déclaré le président de l’ADLE, Guy Verhofstadt, en prédisant les critiques dont son équipe serait l'objet dans les discours de Marine Le Pen et de la gauche radicale.

Abstention ECR, les Verts et la gauche radicale votent contre

Le groupe ECR s’est abstenu, "gêné par un trop grand enthousiasme pour les méthodes collégiales" : "Vous ne pouvez pas promettre de réduire du chômage quand vous n’avez pas d’outils pour y parvenir", a par exemple déclaré le Vice-président du Groupe des Conservateurs et Réformistes européens.

La Gauche Unie a déclaré par la voix de Gabi Zimmer qu’elle n’était pas convaincue. "La Commission donne trop peu d’assurances par rapport à l’efficacité de ses membres", a-t-elle dit. Elle a ajouté être "déçue par la prise d’otage des petits groupes politiques par les grands partis", et accusé un "troc" des personnalités des grands partis à la présidence de la Commission.

Rebecca Harms, co-présidente des Verts (ALE), a seulement exprimé le soutien de son groupe envers "certaines figures positives au sein de la Commission". Mais le groupe a voté contre.

Enfin le co-président d’Europe libertés démocratie (EFD), David Borelli a évoqué un Parlement européen qui ne vote que pour "sa propre majorité", affichant sa ferme opposition à la nouvelle Commission.

Après cela, des députés du groupe se sont levés et ont arboré des slogans indiquant "No Austerity".

Marine Le Pen, représentant les non-inscrits, s’est aussi livrée à un virulent plaidoyer contre la Commission.

Le retard attendu n’a pas été observé

On s'attendait à un retard pour cette investiture, compte tenu du faible engouement qu'avaient généré certains candidats commissaires après leurs auditions devant les députés européens.

Le grand oral du Français Pierre Moscovici, désigné aux Affaires économiques et financières, s'était par exemple moins bien déroulé, tout comme celui de l'Espagnol Miguel Arias Cañete. Ce dernier était accusé d'entretenir des liens trop étroits avec des industries pétrolières. Mais tous deux ont finalement été retenus par le Parlement.

Derniers remaniements validés

La slovène Alenka Bratusek, qui devait se retrouver en charge de l'Energie, a quant à elle été retoquée. Lundi, deux dernières auditions avaient donc été programmées. La nouvelle candidate slovène, Violeta Bulc, défendait son poste aux Transports. Et le commissaire social-démocrate slovaque Maros Sefcovic qui était pressenti à ce poste a défendu sa place de vice-président à l'Énergie, en remplacement d'Alenka Bratusek.

Ces deux mouvements ont été actés mardi par les députés, qui ont évalué positivement les deux candidats. Le vote d'investiture pouvait donc avoir lieu.

Juncker imperturbable

Avant le vote, les parlementaires ont pu donner leur avis sur l’équipe et le programme de Jean-Claude Juncker, après un discours dans lequel ce dernier a plaidé pour "plus de démocratie", et "plus d'Europe".

A la fin du speech du futur président de l'exécutif européen, le britannique eurosceptique Nigel Farage lui a crié "déchet" sans pour autant le déstabiliser: "Ah, vous êtes toujours là?", a-t-il répondu calmement.

Lors des prises de parole précédant le vote, de nombreux députés ont dit attendre de l'équipe Juncker qu'elle "renoue avec les citoyens", et qu'elle "replace l'Europe au cœur des débats".

Jean-Claude Juncker l'a martelé: pour lui, cette Commission est la "Commission de la dernière chance".

Germain Renier

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