La Colombie prête à négocier la paix avec l'ELN

Le représentant de la guérilla de l'ELN Pablo Beltran (d) serre la main du représentant du gouvernement colombien, Mauricio Rodriguez (g), lors d'une rencontre au ministère des Affaires étrangères vénézuélien, le 10 octobre 2016 à Caracas
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Le représentant de la guérilla de l'ELN Pablo Beltran (d) serre la main du représentant du gouvernement colombien, Mauricio Rodriguez (g), lors d'une rencontre au ministère des Affaires étrangères vénézuélien, le 10 octobre 2016 à Caracas - © FEDERICO PARRA

La Colombie et la guérilla de l'ELN doivent lancer jeudi à Quito un dialogue de paix destiné à clore le chapitre de plus d'un demi-siècle de conflit armé, mais conditionné à la libération d'otages toujours détenus par cette rébellion.

Ces pourparlers avec l'ELN vont ouvrir un nouveau front pour le président Juan Manuel Santos dans son engagement à mettre fin à une guerre fratricide, qui a fait des centaines de milliers de morts et disparus.

A l'origine, le processus avec l'Armée de libération nationale (ELN) devait suivre la signature d'un accord historique avec les Farc, première guérilla du pays. Mais, à la surprise générale, ce pacte a été rejeté par les Colombiens lors d'un référendum, le 2 octobre.

Le tout nouveau prix Nobel de la Paix et ses équipes se retrouvent donc contraints de négocier sur deux fronts, en reprenant les discussions avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) à Cuba et en les initiant avec l'ELN en Equateur, l'un des pays garants de ces négociations.

Toutefois, à quelques heures de la cérémonie, prévue à 17H00 (22H00 GMT) à la Capilla del Hombre, un musée de Quito, l'ELN n'avait pas encore cédé à l'ultimatum de relâcher au moins un ex-député, Odin Sanchez, qui s'est livré en avril en échange de son frère malade, enlevé près de trois ans auparavant.

Condition très claire

"Le gouvernement a très clairement conditionné la tenue de la cérémonie inaugurale à la preuve qu'Odin Sanchez ait regagné son foyer", a réitéré mercredi soir le chef de la délégation gouvernementale, Juan Camilo Restrepo.

Intervenant aux journaux télévisés de NTN24 et RCN, il a toutefois exprimé une "raisonnable confiance" que les pourparlers aient lieu comme prévu.

De son côté, l'ELN, via Twitter, a seulement souhaité "bon voyage" à sa délégation dirigée par le commandant guérillero Pablo Beltran.

"De la même façon qu'avec les Farc au début (...) ce qui fait encore défaut dans le processus avec l'ELN, c'est un manque de confiance entre les deux délégations", a précisé à l'AFP Frédéric Massé, expert en conflits armés de l'université Externado de Bogota.

Le thème des séquestrés de l'ELN, dont le nombre exact n'est pas connu, avait déjà congelé les pourparlers, d'abord annoncés fin mars après plus de deux ans et demi d'entretiens exploratoires menés en secret depuis janvier 2014.

Puis depuis le Venezuela, autre garant avec le Brésil, le Chili et Cuba, les deux parties avaient indiqué le 10 octobre que le dialogue serait lancé le 27 et que les discussions en tant que telles se tiendraient à partir du 3 novembre, en 22 sessions. La première d'une durée de 45 jours est prévue dans une propriété jésuite des environs de Quito, la Cashapamba.

Une "paix complète"

Elles avaient aussi convenu de tout faire "pour créer un environnement favorable à la paix", l'ELN s'engageant à libérer ses otages "à commencer par deux cas avant le 27 octobre". M. Santos avait alors salué "la bonne nouvelle", estimant qu'"avec l'ELN ce sera une paix complète!"

Cette guérilla, qui compte 1.500 combattants, est apparue en 1964, peu après les Farc, fortes de 5.765 hommes et femmes armés. Si son aînée est marxiste et réclame une plus juste répartition des terres, l'ELN s'inspire de la révolution cubaine et de la théologie de la libération, courant catholique de défense des pauvres, et privilégie le contrôle des ressources du pays.

Mais la moindre importance de l'ELN, qui se finance par des enlèvements contre rançon, outre le trafic de drogue et les mines clandestines, n'est pas synonyme de négociations plus aisées. Quatre précédentes tentatives ont échoué depuis les années 80.

"La guérilla de l'ELN arrive renforcée aux négociations avec le gouvernement. Au cours des trois dernières années, ce groupe a accru sa violence et focalisé ses attaques contre les infrastructures et la force publique (...) et aussi augmenté les enlèvements", souligne en outre le Centre d'études et de ressources pour l'analyse des conflits (Cerac) dans son dernier rapport.

La guerre interne qui déchire la Colombie depuis plus de cinq décennies a impliqué d'autres guérillas d'extrême gauche et des milices paramilitaires d'extrême droite, depuis démobilisées, ainsi que les forces armées, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés

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