La Colombie ou comment la jeunesse de Bogotá tourne le dos au passé tourmenté

Avec Latin Latas et ses instruments recyclés, Andrea souffle des airs positifs sur la capitale colombienne
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Avec Latin Latas et ses instruments recyclés, Andrea souffle des airs positifs sur la capitale colombienne - © Pascale Sury

Bogotá, une des villes les plus dangereuses au monde ! Si la vie en Colombie est plus paisible aujourd’hui, la violence subsiste. Mais le dynamisme de la jeunesse démontre à quel point le pays est sur la voie d’un avenir meilleur. Rencontre avec deux jeunes entrepreneurs positifs.

Les touristes sont avertis : l’extrême prudence est exigée à Bogotá. La Colombie reste gangrenée par la criminalité, les trafics de drogue, les kidnappings, les braquages et les vols. Le processus de paix avec l’ex-guérilla des FARC est sur de bons rails mais sur le terrain, la criminalité est encore bien réelle. L’avis de voyage du département d’Etat américain est sans équivoque: "Les signes extérieurs de richesse restent la première cible des criminels. La plus grande menace en ville est d’utiliser son smartphone ostensiblement. Les attaques les plus fréquentes sont les agressions, le vol de téléphone, la fraude à la carte de crédit et les braquages. Ces criminels de rue travaillent en bandes. Ces hommes utilisent en général des couteaux et des armes à feu. Il n’est pas rare que les victimes soient sérieusement blessées ou tuées quand elles résistent."

Vous comprenez donc aisément à quel point le voyage à Bogotá est particulier. D’autant que les locaux redoublent d’attention à notre égard : "Rangez votre téléphone", "ne sortez pas la caméra ici", "ne prenez pas un taxi au hasard, je vais en appeler un pour vous", "vous pouvez marcher dans cette rue, mais attention pas la suivante, c’est trop dangereux",…

Cela dit, à l’image de toute la Colombie en chemin vers la paix, vivre à Bogotá est aujourd’hui un peu plus "safe" que par le passé. Les crimes les plus graves (homicides, extorsions et enlèvements) sont en baisse et on sent dans cette ville un vrai souffle positif.

Nous poussons les portes de la maison "Latin Latas", un petit centre culturel de quartier né il y a 7 ans grâce au dynamisme d’Andrea. Andrea Defrancisco, 37 ans, a décidé de conjuguer sa passion (la musique) et ses convictions sociales et politiques pour en faire un métier. Au contact de jeunes défavorisés de la capitale, elle a voulu donner du sens à son talent musical en recyclant les déchets des poubelles de Bogotá et en construisant des instruments de musique. A ce jour, une vingtaine d’instruments de musique ont été créés.

Latin Latas mène un travail communautaire et social auprès des publics fragilisés et des jeunes, victimes du conflit armé. C’est aussi devenu un vrai groupe de musique de 4 personnes qui parcourent le monde pour sensibiliser sur des thèmes comme la consommation responsable, la défense des droits des animaux, les semences, l’eau, le vélo,…

Avec l’art et la musique, le message qu’ils veulent faire passer au monde est : "Prendre soin de la vie" !

Quelques rues plus loin, nous nous arrêtons dans un petit café exceptionnel. C’est une première en Colombie et seulement le 6e dans le monde (après l’Angleterre, l’Espagne, la France, le Canada et le Nicaragua) : un café pour sourds.

Cristian Jean Pierre Melo est fier de son idée. Depuis toujours, il est très sensible à cette thématique. Avec sa sœur et sa femme, ils ont décidé de se lancer dans l’aventure il y a 4 mois et le succès est déjà au rendez-vous : "Il y a énormément de personnes sourdes qui viennent, mais également beaucoup de gens valides qui sont heureux d’en apprendre plus sur la vie des personnes malentendantes. Et, cette fois, ce sont les personnes valides qui doivent s’adapter au monde de la surdité et pas l’inverse !"

Ici, les sourds sont donc rois. On communique avec les mains, sans paroles "sin palabras". Il y a même un interrupteur à côté de chaque table pour signaler au serveur que l’on est prêt à passer sa commande.

Pour une fois, c’est à nous de nous adapter au mode de vie d’une personne handicapée. Et l’expérience est intéressante. Nous voilà presque gênés de parler de peur de rompre le silence… Mais nous n’avons pas résisté longtemps à l’idée de vous partager à haute voix ces initiatives lumineuses au cœur d’une ville au passé sombre.

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