La Colombie inquiète de la fragilité du processus de paix

Les dépouilles de 14 victimes de la guerre civile sont remises à leurs familles, le 17 novembre 2016 à Medellin, en Colombie
Les dépouilles de 14 victimes de la guerre civile sont remises à leurs familles, le 17 novembre 2016 à Medellin, en Colombie - © Raul ARBOLEDA

La mort de guérilleros des Farc en Colombie, les premiers depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, génère des inquiétudes quant au processus de paix qui vient à peine d'aboutir à un nouvel accord pour clore plus de 50 ans de conflit.

"Cela démontre à quel point le cessez-le-feu bilatéral est fragile", a déclaré à l'AFP l'analyste Ariel Avila, avertissant du risque d'incidents du fait que les guérilleros, qui avaient commencé à se regrouper pour déposer les armes, sont dans l'incertitude après la suspension du précédent accord, rejeté par référendum le 2 octobre.

Le cessez-le-feu, en vigueur depuis le 29 août, "peut être rompu par le bas (...) parce que les conditions de concentration ne sont pas claires ou bien parce que les Farc n'ont plus d'argent et tentent d'en collecter", a ajouté cet expert de la Fondation paix et réconciliation.

L'organisme tripartite de vérification du cessez-le-feu a exprimé jeudi dans un communiqué sa "préoccupation pour les premières morts survenues depuis le début du cessez-le-feu bilatéral et définitif" et annoncé une "enquête sur les faits survenus le 13 novembre" à Santa Rosa (Bolivar, nord), le lendemain même du nouvel accord, mais annoncés seulement mercredi de source officielle.

Ce mécanisme de monitoring et vérification (MM&V), assuré par des représentants du gouvernement, des Farc et de l'ONU, a précisé qu'il émettrait ensuite "les recommandations nécessaires pour éviter que ne se répètent des incidents de ce type".

Les Farc réclament une expertise

La guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), la plus importante du pays, a appelé de ses voeux cette enquête, ainsi qu'à une mise en oeuvre rapide du nouvel accord, qui détaille les conditions de son retour à la vie civile.

"MM&V doit déterminer les circonstances" de ce qui s'est passé, a tweeté le commandant guérillero Carlos Lozada, avec le hashtag #ImplementacionYa (Application maintenant), avant d'aller à Bogota pour rencontrer les négociateurs du gouvernement.

"Nous allons exiger (...) une expertise du médecin légiste pour déterminer s'il y a eu combat ou non", a-t-il ajouté dans une vidéo diffusée jeudi par les Farc, dans laquelle il conteste la version de l'armée selon laquelle les guérilleros ont été tués dans un affrontement.

Dès samedi, en annonçant le nouvel accord de paix, le président Juan Manuel Santos avait lui-même souligné que "le cessez-le-feu est fragile" et que "l'incertitude génère des craintes".

Le représentant du Haut commissariat de l'ONU pour les droits humains en Colombie, Todd Howland, a averti jeudi d'"une augmentation de la violence faute d'application des accords" de paix, tandis que Leyner Palacios, un représentant de victimes de la guerre, estimait que "chaque jour qui passe est une menace".

Risque de reprise du conflit

L'expert en conflit armé Frédéric Massé, professeur français de l'université El Externado de Bogota, a néanmoins estimé que "s'il s'agit juste d'un cas isolé, ce n'est pas de nature à rompre le cessez-le-feu".

"Mais il ne faudrait pas que ça se répète trop souvent", a-t-il ajouté, soulignant qu'"il faut attendre les résultats de l'enquête" pour déterminer s'il s'agissait, comme avancé par certaines sources, de guérilleros effectuant des extorsions et que ce serait "plus préoccupant s'il y a une directive derrière" de dirigeants des Farc.

Pour Jorge Restrepo, directeur du Centre d'étude et de ressources pour l'analyse du conflit (Cerac), "cela démontre que seul le désarmement peut parvenir à arrêter complètement les activités criminelles des Farc".

Il a pour sa part mis en garde les adversaires de Juan Manuel Santos, emmenés par l'ex-président de droite Alvaro Uribe qui a fait campagne contre le premier accord - conclu le 24 août à l'issue de près de quatre ans de pourparlers - en agitant le spectre d'un futur régime castro-chaviste, inspiré de Cuba et du Venezuela.

Selon Jorge Restrepo, l'opposition doit se rendre compte de l'"énorme risque" d'une reprise d'une guerre fratricide qui, au fil des décennies, a vu s'affronter des milices paramilitaires d'extrême droite, une trentaine de guérillas de gauche et l'armée, faisant plus de 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

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