La Chine met Hong Kong au pas : le parlement adopte une loi de sécurité nationale controversée

Un sérieux tour de vis aux libertés des Hongkongais : le parlement chinois a adopté jeudi à la quasi-unanimité une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, prise en réaction aux manifestations monstres et aux violences de l’an dernier dans l’ex-colonie britannique. Sans surprise, les près de 3000 députés de l’Assemblée nationale populaire ont adopté la mesure, qui a déjà provoqué un regain d’agitation dans la région autonome du sud de la Chine et enclenché un processus de sanctions de la part des Etats-Unis.

Au total, la disposition a enregistré 2878 votes pour, 1 contre et 6 abstentions, a constaté un journaliste de l’AFP. L’annonce de son adoption a provoqué un tonnerre d’applaudissements.

 

La "subversion" en ligne de mire

C’est la réaction de Pékin aux manifestations monstres de l’an dernier à Hong Kong. Les dispositions adoptées aujourd’hui sont très dures. Elles vont par exemple permettre de "réprimer toute action de séparatisme, de subversion, d’activités terroristes, ainsi que toute ingérence étrangère" à Hong Kong.

Le projet prévoit aussi d’autoriser des organismes relevant du gouvernement central à ouvrir à Hong Kong des antennes compétentes en matière de sécurité nationale. Cela donne au pouvoir central de Pékin la faculté de directement gérer la sécurité dans le territoire autonome.

Pour beaucoup, c’est la fin du statut particulier de Hong Kong, en vertu du traité qui prévoyait un retour à la Chine mais le maintien pour 50 ans au moins d’un système à part, avec une économie libre, une justice indépendante, la liberté d’expression et un Parlement partiellement élu au suffrage universel.

Le vote donne mandat au Comité permanent de l’ANP pour rédiger un projet de loi qui sera incorporé dans la mini-constitution de Hong Kong, contournant ainsi le vote du Conseil législatif local.

Des réactions très vives

Dimanche, après l’annonce de cette reprise en main qui a surpris tout le monde, des Hongkongais sont descendus dans la rue. Des manifestations qui ont pris hier un tour violent.

A Hong Kong, les opposants démocrates à l’influence du gouvernement central dans le territoire affirment que la mesure ouvre la voie à une régression sans précédent des libertés dans la métropole financière de 7 millions d’habitants.

Des députés pro Pékin estiment eux qu’une loi sur la sécurité nationale va permettre de rassurer les investisseurs étrangers sur la stabilité après les manifestations monstres de 2019 qui ont entraîné de lourdes conséquences économiques.

Vers des rétorsions américaines ?

Et puis aux Etats-Unis, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo menace de retirer le statut spécial dont jouit Hong Kong. Cela signifierait au pire des sanctions, de nouveaux droits de douane, des restrictions au commerce et la fin de l’exemption des visas, autant de mesures qui pourraient frapper durement le territoire de 7 millions d’habitants, et lui faire perdre son statut quatrième place financière mondiale.

Pour Eric Florence, spécialiste de la Chine contemporaine, chercheur et chargé de cours à l’ULiège, "on voit clairement un climat de surenchère dans un contexte de guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, avec les élections américaines qui approchent. Le contexte de pandémie a accentué cette tension, et a provoqué une crise de légitimité des Etats-Unis pour leur gestion de la crise et de la Chine par rapport à sa gestion initiale et sa diplomatie du masque et son attitude agressive en diplomatie".


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