La Chine et les Etats-Unis se dirigent de plus en plus vers une nouvelle guerre froide ?

Ce vendredi Donald Trump tiendra une conférence de presse sur la Chine. Énigmatique. On ne connaît pas, à quelques heures de cette fameuse réunion, de quoi il va s’agir.

Ce que l’on sait c’est que la crise du coronavirus a exacerbé les tensions entre les deux géants. Deux ours dans leurs "corners" sur un même ring (avec l’Europe au milieu), prêt à passer à l’offensive au premier uppercut venu.

Déjà engagés dans une guerre commerciale depuis près de deux ans, sur fond de 5G et d’espionnage industriel, la Chine et les Etats-Unis ne cessent de s’invectiver

Mais la crise du coronavirus a poussé les tensions d’un cran.

Mensonge(s) chinois ?

C’est de Wuhan qu’est parti le virus en décembre dernier, qui a fini par mettre le monde à l’arrêt. Et il faut dire que la Chine, qui compte une population de près de 1,4 milliard de personnes ne déplore "que" 4638 décès. Un chiffre très bas en comparaison, par exemple, de la barre des 100.000 décès dépassée aux Etats-Unis.

Alors forcément ça suscite les suspicions à travers le monde. D’autant que, des lanceurs d’alerte ont été réduits au silence au début de l’épidémie et des journalistes mystérieusement disparus.

Suspicions qui se sont potentiellement accrues lorsque les images montrant la récupération des urnes funéraires ont circulé. On y voyait effectivement un nombre bien plus important de victimes potentielles du coronavirus.

Enfin, et c’est la théorie de Donald Trump, ça ne fait aucun doute, le coronavirus provient d’un laboratoire de Wuhan, il s’est échappé de Chine pour se répandre sur le reste du monde. La véracité de cette diatribe trumpienne n’est pas prouvée. Mais qu’à cela ne tienne, le coronavirus est devenu le "virus chinois " dans la bouche du président américain.

Donald Trump reproche à Pékin d’avoir tardé à communiquer des données cruciales et de ne pas vouloir faire la lumière sur l’origine du virus. Washington presse pour l’ouverture d’une enquête internationale. Il faut dire que les Etats-Unis sont le pays le plus endeuillé du monde.

La Chine a beau s’insurger contre ces remarques, les démentir, s’agacer… Rien n’y fait. L’empire du milieu parle même de la "menace d’une nouvelle guerre froide" que Donald Trump serait en train de fomenter.


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Et dans ce contexte, forcément, rien ne passe. Alors quand Pékin a adopté une loi controversée sur la sécurité contre le mouvement d’opposition de Hong Kong, ce vendredi, Washington convoque une réunion du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Pour la Chine, ce n’est rien de moins qu’une prise d’otage.

 

A quelques heures de la conférence de presse "sur la Chine" (sans autres précisions) que Donald Trump veut donner, disons qu’a minima, le torchon brûle.

OMS au milieu des feux croisés

Une enquête internationale ? C’est ce que réclame Washington. Et finalement, Pékin n’est pas contre. A condition qu’elle soit indépendante, sans "ingérence politique" et menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ça pourrait sembler logique. Oui mais c’était sans compter la suspicion américaine… À l’égard de l’OMS. Les USA accusent l’organisation d’être à la solde de Pékin et de ne pas avoir su gérer correctement la crise du coronavirus, ni plus ni moins.

Le 15 avril dernier, en plein cœur de la pandémie, Donald Trump annonçait la suspension des contributions américaines. Des contributions qui s’élevaient à près de 500 millions de dollars par an. Un tollé dans les capitales européennes qui volent au secours de l’organisation même si elles ne manquent pas non plus de dénoncer la mauvaise gestion de la crise par l’organisation sanitaire.

Non seulement Donald Trump a estimé que "Si l’OMS avait fait son travail et envoyé des experts médicaux en Chine pour étudier objectivement la situation sur le terrain, l’épidémie aurait pu être contenue à sa source avec très peu de morts" mais aussi pour l’organisation des Nations-Unies, " la Chine a toujours raison".


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Des connivences ?

Il est vrai que les liens de connivences entre la chine et l’OMS ont souvent été pointés du doigt. Selon le journal Le Monde, Pékin aurait même exercé des pressions pour que l’OMS ne déclare pas l’urgence sanitaire mondiale, au début de l’épidémie. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS avait alors déclaré que si le coronavirus était alors une urgence en Chine, elle ne l’était pas (encore) pour le monde. Excès de prudence ou pas, l’OMS loupe le coche. Rappelons également que la Chine a fortement soutenu la candidature de l’Ethiopien à la tête de l’OMS.

Face à la critique et aux accusations de connivences, l’OMS réclame actuellement à la Chine l’autorisation de participer à des études sur place, sur l’origine du virus. Mais pour Donald Trump cela ne fait aucun doute. Le virus provient d’un laboratoire hautement sensible de Wuhan, et non d’un marché local d’animaux. Il envisage d’ailleurs des taxes punitives à l’encontre de Pékin.

Désengagement américain

Les USA sous la présidence de Donald Trump semblent se désengager des organisations internationales. Depuis le début du mandat de Donald Trump, les Etats-Unis se sont retirés de l’UNESCO, ont maintes fois menacé de claquer la porte de l’Otan, ont suspendu leur contribution à l’OACI (organisation de l’aviation civile internationale) et désormais de l’OMS.


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Et il paraît que lorsqu’on part à la chasse on perd sa place. En effet, après l’élection de Donald Trump, "la Chine a renforcé son positionnement comme puissance garante du multilatéralisme", résume Alice Ekman à l’AFP, responsable de l’Asie à l’EUISS (Institut européen des études de sécurité). Depuis 2012, selon les observateurs, la Chine a, à l’inverse des Etats-Unis opérés un changement de paradigme dans sa diplomatie. Fer de lance de la non-ingérence, autrement dit de la politique du "je ne regarde pas chez vous, ne regardez pas chez moi", Pékin a finement étendu son influence au niveau des instances de gouvernance internationale, notamment des organes de l’ONU. D’ailleurs, Pékin est devenu le deuxième contributeur de l’ONU.

L’Europe, gentil arbitre ?

Les capitales européennes s’inquiètent de cette escalade des violences. Quelques heures avant la conférence de presse de Donald Trump attendue ce vendredi, c’est le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian, a mis en garde contre une éventuelle nouvelle guerre froide. "Je ne crois pas qu’il faille se laisser enfermer dans une logique d’affrontement bipolaire mondiale", a-t-il déclaré.

Et ce vendredi, lors du Conseil Affaires étrangères de l’UE qui s’est tenu par visioconférence, la Chine était au menu des discussions. "Les rivalités entre la Chine et les Etats-Unis constituent un facteur structurel du monde de l’après coronavirus. Cela devient plus assertif, plus controversé", a indiqué le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Signe d’une certaine crispation ou en tout cas d’une volonté de ne pas se retrouver au milieu d’un tir croisé, Josep Borrell a également indiqué, "nous devons renforcer une politique basée sur nos intérêts et nos principes ".


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Sauve qui peut ? Pas sûr. Néanmoins, l’Europe n’a pas l’intention de donner un chèque en blanc à Donald Trump.

La Chine est devenue au fil du temps un gros poisson sur la scène internationale et d’abord sur le plan économique. D’ailleurs, au cours de sa conférence de presse de ce vendredi, Josep Borrell a rappelé l’incroyable ascension de la Chine qui est passée en vingt ans de 4% de la richesse mondiale à 16%. "Une performance qui doit avoir et qui aura des conséquences géopolitiques".

Reste désormais à savoir, quelle sera la prochaine carte qu’abattra Donald Trump au cours de sa conférence de presse… Espérons que ce ne sera pas un uppercut.

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