"La Chine et la Corée du Nord demeurent dans une situation d'otages mutuels"

Kim Jong-Un et Xi Jinping en novembre 2012.
Kim Jong-Un et Xi Jinping en novembre 2012. - © KCNA VIA KNS - AFP

La Corée du Nord a procédé dimanche à un sixième essai nucléaire, son plus puissant à ce jour.

Quelle réaction chinoise après l’essai nucléaire?

Pékin a "condamné vigoureusement" le nouveau test, tout en exhortant le régime de Kim Jong-un à "cesser d'aggraver la situation" avec des "actions qui ne servent pas ses intérêts".

La Chine enjoint à son voisin de "considérer la ferme résolution de la communauté internationale en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne".

Pour Antoine Bondaz, chercheur à la fondation pour la recherche stratégique (FRS) en France, cette réaction est une réponse attendue "puisque la Chine veut se présenter comme une puissance responsable sur le plan international".

Toutefois, "l’embarras de Pékin est grand", note Philippe Paquet, spécialiste de la Chine et journaliste à La Libre Belgique. "Ce qui se passe en Corée du Nord ne plaît pas du tout aux dirigeants chinois mais, dans le même temps, la Chine ne souhaite pas un effondrement du régime nord-coréen".

La Chine peut-elle dicter une conduite à la Corée du Nord?

Imposer une politique à la Corée du Nord est très compliqué. "L’autonomie nationale est la priorité des priorités dans l’idéologie nord-coréenne", rappelle Antoine Bondaz. Pour Philippe Paquet, "les Coréens se souviennent d’une histoire largement faite de domination chinoise et ils ne sont pas prêts à accepter un retour à une sorte de vassalité à l’égard la Chine".

D’ailleurs, la Corée du Nord ne se prive pas de perturber l’agenda politique et diplomatique chinois. Le nouveau test nord-coréen est intervenu au moment où s’ouvrait en Chine un vaste sommet réunissant les dirigeants des puissances émergentes des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

"On dirait que Kim Jong-un se fait un plaisir d’embarrasser, voir d’humilier les dirigeants chinois à un moment où la Chine joue son prestige sur la scène internationale", note Philippe Paquet.

La solution passe-t-elle par des sanctions économiques?

Pour Philippe Paquet, "soit on décide que la Corée du Nord peut aller jusqu’au bout de son programme militaire et nucléaire, soit on décide que ce scénario n’est pas envisageable et il faut alors appliquer strictement des sanctions en misant sur l’étranglement économique".

La Chine avait approuvé début août un septième train de sanctions économiques internationales adoptées dans le cadre onusien, et avait dans la foulée restreint ses achats de minerais de fer et de plomb et de fruits de mer.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson estime qu'il "reste une marge de manœuvre à la Chine pour accroître la pression sur les Nord-coréens car la Chine représente 90 pour cent du commerce pour la Corée du Nord et la Corée du Nord ne dispose que de six mois de réserve en pétrole".

S’il existe une marge de manœuvre, stopper totalement les échanges économiques avec la Corée du Nord apparaît extrêmement compliqué pour Pékin car cela pourrait conduire à la chute du régime nord-coréen. Comme l’explique Philippe Paquet, "les conséquences seraient très lourdes du point de vue chinois; avec des répercussions économiques sur la Chine elle-même, un afflux de réfugiés, ainsi qu’une présence sud-coréenne et américaine aux frontières".

De son côté, le président américain Donald Trump met la pression sur la Chine. Dans un tweet, il indique que "les États-Unis examinent la possibilité, en plus d'autres options, de mettre fin à tous les échanges commerciaux avec tout pays faisant des affaires avec la Corée du Nord".

Les experts jugent la menace du président américain peu crédible car on imagine mal les États-Unis mettre un terme à leurs relations commerciales avec les Chinois.

Que veut vraiment Pékin?

La Chine continue de plaider pour une solution pacifique et pour une reprise des pourparlers avec Pyongyang.

Antoine Bondaz résume la situation: " la Chine veut à la fois apparaître comme une puissance responsable et éviter une chute brutale du régime nord-coréen. La Chine et la Corée du Nord demeurent dans une situation d’otages mutuels. La Chine a besoin que la Corée du Nord ne s’effondre pas et la Corée du Nord a besoin de la Chine pour ne pas s’effondrer".

 

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