La Catalogne va-t-elle proclamer son indépendance? L'Espagne retient son souffle

La Catalogne va-t-elle proclamer son indépendance? L'Espagne retient son souffle
La Catalogne va-t-elle proclamer son indépendance? L'Espagne retient son souffle - © PAU BARRENA - AFP

En Catalogne, les événements se bousculent et s'accélèrent depuis la tenue du référendum d'autodétermination émaillé de violences policières qui s'est tenu le 1er octobre dernier. Le "Oui" l'a remporté à plus de 90%, suscitant l'emballement politique dans la péninsule ibérique. Madrid refuse de voir cette région devenir indépendante.

Le gouvernement catalan, lui, annonce une déclaration unilatérale d'indépendance pour ce mardi matin.

Les esprits s'échauffent et les Espagnols sont descendus dans la rue pour être entendus. Près d'un million de personnes (selon les estimations les plus hautes) se sont rassemblées ce dimanche à Barcelone contre l'indépendance. Le clivage est fort, à la fois dans la société et du côté politique. Et les craintes des conséquences économiques commencent à se matérialiser.

Surenchère politique

Côté politique, on va de déclarations en déclarations. Raül Romeva, conseiller aux Affaires extérieures catalans, s'est exprimé sur les ondes de La Première ce lundi. Pour lui, le gouvernement catalan n’a pas d’autre choix que de déclarer l’indépendance ce mardi.

Mais Madrid ne l'entend pas de cette oreille. Dimanche, Mariano Rajoy déclarait au quotidien El País que proclamer l'indépendance reviendrait à franchir une ligne rouge. Le chef du gouvernement espagnol menace même de réduire l'autonomie actuelle de la Catalogne.

Quelles conséquences cela aura-t-il pour les citoyens Catalans ? C’est la question  qui préoccupe à Barcelone. Cette surenchère politique continue entre les deux camps, au point qu'il est difficile d'imaginer qu'une solution intermédiaire pourrait se dessiner dans les prochaines heures.

Autre interrogation : est-ce que ce gouvernement catalan, qui devrait prononcer sa déclaration d’indépendance mardi, va laisser une porte ouverte au dialogue ? Et l'Union européenne aura-t-elle un rôle de médiation à jouer dans ce dialogue ?

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Santiago Fisas, eurodéputé espagnol originaire de Barcelone et pro-Madrid estime que " de toute façon, c’est une histoire espagnole, donc on n’a pas besoin de la médiation européenne". C'est aussi la ligne du gouvernement espagnol : l’Europe ne doit pas commencer à se mêler de ce qui relève d'une affaire nationale.

En mars, la Cour constitutionnelle espagnole estimait que ce référendum était illégal. Pour les opposants à l'indépendance, ce n’est pas à l’Europe à commencer à internationaliser ce débat. Cela reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore au niveau européen, avec d’autres mouvements indépendantistes. Et l'on regarde forcément vers les Flamands.

On n’a pas forcément besoin de choisir entre les deux camps 

Plusieurs signes dévoilent les craintes qui apparaissent au vu de l'emballement politique, notamment du côté économique. Certaines institutions bancaires, telles que CaixaBank, ont annoncé qu'elles déplaceront leur siège social de Barcelone vers d'autres villes espagnoles. Il n'y aura pas forcément un impact sur l’emploi, mais c’est un symbole car la Catalogne est le poumon économique du pays. La région représente un cinquième du produit intérieur brut.

La Catalogne, c’est également une terre d’accueil pour des étrangers, comme les Belges, notamment dans le secteur pharmaceutique. Certains parlent de Barcelone comme une nouvelle Silicon Valley. Le doute commence donc à germer dans l'esprit des expatriés. 

La Catalogne, et ce n'est un secret pour personne, c’est aussi une manne touristique. Quand on parle du parc Guëll, de la Rambla ou des maisons Gaudi, ça évoque forcément des souvenirs de vacances chez beaucoup d'entre nous. 

Ce qui ressort véritablement des réactions politiques de ces dernières heures, c’est que certains n’imaginaient pas qu’on pouvait aller aussi loin. Maintenant que cette situation est plus que tendue, la majorité silencieuse trouve qu'"on n’a pas forcément besoin de choisir entre les deux camps".

Une Catalogne fracturée

La Catalogne est fracturée. En témoignent les nombreuses manifestations de ces derniers jours. On entend beaucoup de récits de familles où le débat est vif entre indépendantistes et unionistes. C’est un débat qui anime la société catalane depuis des dizaines d’années, mais la société espagnole est arrivée à un point que personne ne pensait atteindre.

Dimanche, des milliers de personnes ont brandi le drapeau espagnol dans les rues barcelonaises. Si on n’est pas au point de la crise politique belge où il y avait des drapeaux qui commençaient à émerger sur les balcons. Mais en tout cas on voit que certains symboles sont en train de revenir et que ce débat est véritablement en train de se cristalliser.

C’est comme si deux trains avaient été propulsés à pleine vitesse et que les Catalans voyaient ces deux trains se percuter, mais qu'ils ne s’imaginaient jamais qu’une collision était possible. Sans compter les conséquences d'une telle collision, au vu des menaces de Madrid de couper certains leviers économiques.

Quid de la sécurité sociale ?

L’ensemble des prêts pour la région catalane dépend du fédéral. La Catalogne est la troisième région la plus endettée d’Espagne. Donc si Madrid commence à couper les ponts, les conséquences économiques pour les Catalans pourraient être graves, notamment en termes de santé.

Une des grandes compétences de cette région, c’est notamment le système de sécurité sociale. Des doutes  commencent à s’installer au sein du gouvernement catalan. Ce week-end, par exemple, le représentant des entreprises — on ne peut pas forcément parler de ministre dans le cadre du gouvernement régional — a plaidé pour une sorte de trêve, un moment de réflexion. C’est véritablement l’enjeu de ces prochaines heures.

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