La capitaine, Pia Klemp, risque 20 ans de prison pour avoir sauvé des migrants en mer

La capitaine, Pia Klemp, risque 20 ans de prison pour avoir sauvé des migrants en mer
La capitaine, Pia Klemp, risque 20 ans de prison pour avoir sauvé des migrants en mer - © Paul Lovis Wagner

Ces dernières années, les procès à l’égard des personnes portant secours aux migrants sur la terre ferme ou en mer se multiplient en Europe. Dans le box des accusés, des volontaires qui estiment avoir posé un geste de solidarité, avoir fait simplement preuve d’humanité envers les migrants. Aujourd’hui, celle qui est épinglée par la justice s’appelle Pia Klemp, capitaine du Iuventa, appartenant à une autre ONG de sauvetage des migrants, Jugend Rettet, et du Sea Watch-3. Elle et plusieurs membres de son équipage sont accusés de "suspicion d’aide et de complicité à l’immigration illégale" par la justice italienne. L’instruction est toujours en cours et le procès ne devrait pas avoir lieu avant, au moins, l’automne prochain.

Une enquête qui prend ses racines sous le gouvernement Gentiloni

En italie, les accusations de collusion avec les passeurs avaient démarré avant la judiciarisation du cas de Pia Klemp. Via la voix du procureur italien Carmelo Zuccaro, les accusations de "trafic humain" à l’encontre des ONG en Méditerranée débutent en Italie. Dans la presse italienne, celui-ci exprime ses interrogations sur une "concentration anormale de navires en Méditerranée" et déclare soupçonner certaines ONG de nouer des contacts avec des "trafiquants d’êtres humains", après avoir ouvert une enquête sur les activités des ONG en mer "pour comprendre comment elles se financent et dans quel but".

En 2017, le Ministre de l’intérieur italien, Mario Minnitti, présente un code de bonne conduite aux organisations non gouvernementales venant en aide aux migrants en Méditerranée. Ce code prévoit, entre autres, l’acceptation à bord de fonctionnaires de la police judiciaire italienne enquêtant sur le trafic d’êtres humains pour "une période strictement nécessaire" et l’interdiction de transférer les personnes secourues à bord d’autres navires "sauf en cas de situation grave et de danger imminent et avec l’accord du commandement des gardes-côtes italiens". Il interdit aussi aux navires des ONG d’entrer dans les eaux libyennes et de communiquer avec les passeurs, y compris via toute forme de signaux lumineux. Après avoir critiqué ce code, la plupart des ONG le signent, sauf une : Jugend Rettet, l’ONG allemande détenant le Iuventa. Or, Mario Minniti, a prévenu : "Seule l’adhésion au code de conduite permettrait de faire partie d’un système institutionnel de sauvetage en mer. De fait, les non-signataires en sont 'écartés'". Pour les enquêteurs, c’est un indice supplémentaire de culpabilité de la part des membres du Iuventa.

Le Iuventa placé sous surveillance par les autorités italiennes

Le gouvernement de Paolo Gentiloni, le successeur de Matteo Renzi du Parti démocrate, décide alors de placer le bateau commandé par Pia Klemp, le Iuventa, sous surveillance. Les téléphones et les ordinateurs portables de son équipage sont mis sur écoute, doublée d’une surveillance opérée par des informateurs présents sur d’autres bateaux. Et en 2017, les autorités italiennes confisquent le navire Iuventa au port de Lampedusa, et les téléphones et ordinateurs qui se trouvaient à bord sont saisis. La décision de justice de pouvoir lire les documents saisis sur le Iuventa est repoussée à maintes reprises, avant d’être obtenue par le procureur sicilien, qui avait ordonné la saisie.

Face à ces accusations, Pia Klemp déclare avoir simplement agi en vertu du droit maritime qui "prévoit que le capitaine d’un navire qui reçoit un message de détresse doit porter secours aux personnes concernées". Cette allemande de 35 ans, diplômée en biologie, dénonce également un procès spectacle à son encontre et celle de l'équipage. L’enquête devra donc déterminer si elle a bel et bien collaboré avec des passeurs libyens pour sauver les migrants en mer. Dans ce cas, elle risque 20 ans de prison.

Criminalisation des ONG de sauvetage des migrants en mer

Aujourd’hui, l’Italie mène une politique de criminalisation à l’égard des ONG menant des opérations de secours des migrants en mer. Une politique dont Pia et son bateau, le Iuventa ont fait les frais, puisque le bateau est toujours placé sous séquestre en Italie, mais ce n’est pas le seul. Jusqu’il y a quelques jours, le Sea Watch-3 a été immobilisé, sur décision de la justice italienne, le 20 mai dernier, après avoir sauvé des migrants au large de la Libye. Le 1er juin, les autorités judiciaires l’ont finalement autorisé à reprendre la mer. Par ailleurs, tous les ports italiens sont également interdits d’accès aux navires des ONG. Cette politique de criminalisation de l’Italie est régulièrement dénoncée par les ONG. Pour Médecins Sans Frontières, "les conséquences de la criminalisation du sauvetage en mer n’affectent pas seulement les navires humanitaires, mais érodent l’obligation même de prêter assistance aux personnes en détresse en mer. Les navires commerciaux et même les navires militaires sont de moins en moins disposés à répondre aux personnes en détresse en raison du risque élevé d’être bloqués en mer et de se voir refuser un lieu sûr pour débarquer. Les navires commerciaux qui effectuent des opérations de sauvetage se retrouvent dans une situation extrêmement difficile où ils doivent prendre le risque de se retrouver bloqués en mer ou de renvoyer des personnes en Libye en violation du droit international".

Des accusations au verdict de culpabilité, le pas n’a pas été franchi. La date du procès n’est toujours pas connue et Pia Klemp est toujours privée de naviguer sur le sea watch ou le Iuventa

Vague de mobilisation sur les réseaux sociaux

En attendant, Pia et les autres membres du Iuventa accusés par la justice italienne préparent leur défense et récoltent des fonds pour payer les frais d’un procès qui pourrait durer 3 ou 4 ans et coûter des centaines de milliers d’euros. En parallèle, les soutiens en faveur de la capitaine Pia se multiplient sur les réseaux sociaux. En témoignent ces tweets :

Sur le site change.org, une pétition a également été lancée pour afficher leur soutien aux marins du Iuventa. Elle a déjà récolté plus de 80.000 signatures.

 

 

 

 

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