Bolivie: le réseau électrique géré par l'espagnol REE nationalisé

Evo Morales, premier président amérindien de Bolivie et membre de la gauche radicale latino-américaine, a signé mardi un décret pour prendre le contrôle des 99,94% de Transportadora de Electricidad (TDE) détenus par Red Eléctrica Internacional, filiale du groupe espagnol Red Eléctrica Corporacion (REE), gestionnaire du réseau de transport d'électricité espagnol.

"Ce décret suprême a pour objet de nationaliser en faveur de l'Entreprise nationale d'électricité (ENDE, publique), au nom de l'Etat, le paquet d'actions que possède l'entreprise Red Eléctrica Internacional (REI) dans l'entreprise Transportadora de Electricidad", a déclaré Evo Morales lors d'une cérémonie publique au palais présidentiel à La Paz.

Le président a également ordonné aux forces armées de "prendre le contrôle de la direction et de l'administration" de TDE dont les locaux se trouvent à Cochabamba, à 400 km à l'est de La Paz, ce qui a été aussitôt fait.

Evo Morales a expliqué que sa décision était due "aux faibles investissements" de l'entreprise, qui depuis sa privatisation aurait investi "en moyenne environ cinq millions de dollars par an".

TDE, dont les actifs brut s'élevaient à 225 millions de dollars en 2005, selon les derniers chiffres disponibles sur le site internet de l'entreprise, gère 73% des lignes électriques de la Bolivie (http://www.tde.com.bo).

L'entreprise a été privatisée en 2007, sous le gouvernement ultra-libéral de Gonzalo Sanchez de Lozada, et adjugée à l'espagnole Union Fenosa, qui a cédé ses parts en 2002 à Red Eléctrica Internacional.

Selon des médias espagnols, Red Eléctrica s'est dit "surprise" et a déclaré espérer "parvenir à un accord avec le gouvernement bolivien sur une compensation adéquate".

L'Espagne fait la différence avec l'Argentine

A Madrid, des sources gouvernementales ont indiqué à l'AFP que les autorités espagnoles étaient en train de "recueillir des informations" après la décision du président Morales.

Elles estimaient toutefois que celle-ci était "un cas distinct" de l'expropriation il y a 15 jours de 51% de la compagnie pétrolière YPF, filiale argentine de Repsol, par les autorités argentines.

Mi-avril, la présidente argentine Cristina Kirchner avait annoncé que 51% d'YPF, contrôlée à 57% par l'espagnol Repsol, passeraient sous giron public, provoquant la colère de Madrid et de nombreuses réactions hostiles, de Washington à l'Union européenne. Repsol a estimé sa filiale à 10 milliards de dollars.

Le décret présidentiel bolivien stipule que l'évaluation des actifs de TDE serait menée dans les 180 jours, afin de procéder à leur paiement.

Le président Morales, au pouvoir depuis 2006 et qui a déjà profité des célébrations du 1er mai pour annoncer la nationalisation de filiales de multinationales dans les secteurs des hydrocarbures (Repsol, 2006 ou AirBP, 2009), de l'électricité, des télécommunications (TELECOM, 2008) ou des mines (Glencore, 2010), est confronté depuis des semaines à une grogne sociale croissante, notamment de la part de sa base électorale populaire, ouvrière et indigène.

Mardi, à quelques blocs de la place d'Armes, où le président a fait son annonce, des ouvriers mécontents faisaient exploser des pétards et des charges de dynamite, assurant que cette nationalisation ne freinerait pas leurs revendications salariales.

AFP

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