La bibliothèque Colomb révélée et Christophe n'y est pour rien

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C'est une découverte qui va faire date dans le monde de la littérature. Dans une bibliothèque danoise, un professeur d'histoire québécois, a mis la main sur un manuscrit espagnol, et non des moindres, le catalogue de la célèbre bibliothèque Colomb.

Christophe Colomb, explorateur, navigateur, premier homme à découvrir l'Amérique. Son CV est bien connu, en revanche, sa descendance, elle, gagne à l'être davantage. A commencer par Fernand, son second fils. Humaniste et voyageur (il a accompagné son père lors de son ultime voyage vers le Nouveau Monde), il est considéré comme le plus grand collectionneur de livres de son époque. Jugez plutôt, l'homme a accumulé pas moins de 15.000 ouvrages, à une époque où l'imprimerie était encore balbutiante, autant dire qu'il les possédait quasiment tous.

Une collection géante léguée à sa mort à la cathédrale de Séville, en Espagne, où se trouve encore environ un quart des œuvres. Quant aux trois quarts restantes, elles ont, au fil du temps, été dérobées ou détruites. Seulement, à l'orée de sa vie, Colomb a fait rédiger deux Libros de los Epitomes, comprendre, des catalogues qui recensent, livre par livre, auteur par auteur, une grande partie des ouvrages de sa collection. A l'intérieur, on y apprend leurs provenances, leurs prix d'achat, et bien souvent le collectionneur a aussi fait rédiger des résumés détaillés des œuvres.

Une découverte fortuite

Des trésors qu'on pensait à jamais disparu, jusqu'au jour où Guy Lazure, professeur d'histoire médiéval à l'Université Windsor, au Canada, décide de se rendre au Danemark. Arrivé dans la bibliothèque de l'Université de Copenhague, l'homme va faire une découverte aussi importante que fortuite. "J'y allais pour voir une petite collection de manuscrits espagnols, et là le directeur de la bibliothèque me demande de jeter un œil à l'ensemble des manuscrits". Il s'exécute, sans regret. "Je suis alors tombé sur un livre très épais, et en le feuilletant j'ai réalisé que ça provenait de la bibliothèque Colomb, sans imaginer que c'était LE manuscrit."

Et pourtant, cet ouvrage est bien le livre des livres. 2000 pages et trente centimètres d'épaisseur, qui passent en revue, tour à tour, les œuvres complètes de Platon et Aristote, sans oublier pamphlets et almanachs, un inventaire qui constitue un grand bon en avant dans la compréhension de cette époque. "Il y a plusieurs ouvrages qui sont introuvables aujourd'hui, et là, grâce à ce livre, on va disposer de résumés détaillés" et Guy Lazure d'enchérir, "ça ouvre une fenêtre exceptionnelle sur la façon dont un lecteur érudit au début du 16ème siècle pouvait lire les ouvrages, ce qui l'intéressait, et ça c'est assez rare."

Un ouvrage prochainement numérisé

Reste cette question, comment un manuscrit rédigé sur ordre de Fernand Colomb, légué à la cathédrale de Séville, a pu échouer un demi-siècle plus tard dans une bibliothèque danoise. Une odyssée sur laquelle s'est penché M. Lazure. "On sait que plusieurs des imprimés de la collection Colomb ont été subtilisés au fil du temps, parfois même par des chanoines de la cathédrale, en charge de la bibliothèque, et le manuscrit a dû atterrir à Madrid, où il a été acheté par un ambassadeur danois qui l'a ensuite ramené au pays."

Après le temps de l'authentification, que le professeur Lazure a réalisé de concert avec des confrères anglais et espagnols, vient le temps de l'étude. Dans les prochains mois ces experts vont ausculter l'ouvrage, et espèrent à terme pouvoir le numériser, histoire de le mettre à la disposition du grand public, et offrir ainsi une postérité à Fernand Colomb, qui n'est pas que le fils de son père.

 

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