La Belgique prudente sur les interdictions d’exportation de vaccins anti-coronavirus

Réunis en visioconférence ce jeudi 25 mars, les chefs d’Etat et de gouvernement européens vont une nouvelle fois consacrer une bonne partie de leurs débats à la pandémie de coronavirus. Face à la menace d’une troisième vague, il est toujours question d’accroître la production de vaccins et d’accélérer les livraisons. Les dirigeants des 27 vont aussi discuter du renforcement du mécanisme de contrôle et d’autorisation des exportations de vaccins. Un débat qui s’annonce animé.

Une surveillance renforcée des exportations

La Commission européenne a créé ce mécanisme fin janvier, en plein bras-de-fer avec AstraZeneca. Le système stipule qu’un État membre peut bloquer une exportation si une entreprise pharmaceutique ne respecte pas son contrat avec l’Union. Mais face aux problèmes persistants de livraisons de vaccins en Europe, la Commission a décidé de resserrer les boulons et a introduit deux nouveaux critères.

D’abord, un critère de réciprocité. Une exportation pourra être refusée si le pays de destination des vaccins européens bloque ou limite ses propres exportations vers l’Union européenne. Le deuxième critère est la proportionnalité. Une exportation pourra être recalée vers des pays qui ont des taux de vaccination plus élevés qu’en Europe. Sur la base de ces deux nouveaux critères, une entreprise pharmaceutique pourrait, en théorie, se voir refuser une demande d’exportation même si elle respect ses engagements contractuels avec l’Union européenne.

Les uns sont pour, les autres sont contre

Ce durcissement est salué par une série de pays européens, souvent des grands pays, comme l’Italie ou la France. Mais il en inquiète d’autres comme les Pays-Bas, le Danemark mais aussi la Belgique.

Notre pays se veut très prudent avec ce mécanisme. D’un côté, elle salue les résultats en matière de transparence. Depuis sa mise en place il y a deux mois, les pays européens ont une vision beaucoup plus claire des flux d’exportation des vaccins produits au sein de l’Union européenne. En revanche, utiliser ce mécanisme pour interdire des exportations des vaccins, c’est une autre paire de manches, tout simplement parce que la Belgique veut éviter d’éventuelles mesures de rétorsion.

Ne pas affaiblir l’industrie pharmaceutique belge et européenne

Notre pays compte un nombre important d’entreprises pharmaceutiques sur son territoire. Le secteur est important en termes d’emplois et de production de richesse. Mais c’est aussi une industrie avec des chaînes d’approvisionnement mondiales. Un diplomate européen dresse un tableau de la situation : "Nos producteurs de vaccins ici sur le continent sont dépendants des livraisons. Par exemple, les lipides, qui sont des matières grasses utilisées dans la production de vaccins, viennent de l’étranger. Nous sommes donc dans une situation d’interdépendance extrême". 

Si l’Union européenne venait à décider d’une interdiction d’exportation de vaccins, le retour de flamme pourrait être immédiat : "Nous pensons que l’utilisation d’un outil de blocage des exportations pourrait se retourner très rapidement contre nos sites de production, car cela nous exposerait clairement à des mesures de rétorsion, à une perte de confiance et aussi à des pertes potentielles en matière d’investissements et de commerce. […] Une interdiction pure et simple d’exportation est une option nucléaire. Elle peut être utilisée comme une menace, elle doit être crédible mais son utilisation, mais elle pourrait se retourner contre nous dans des situations qui ne sont pas parfaitement appropriées".

En attendant, coïncidence ou pas, alors que l’Union européenne durcit le ton, le Royaume-Uni vient d’accepter, après des semaines de tension autour de la livraison de vaccins AstraZeneca, de coopérer avec les Européens pour lutter contre la pandémie et arriver à compromis "gagnant-gagnant" dans le développement de vaccins.

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