L'Union européenne est dans le collimateur de Médecins sans Frontières

L'Union européenne est dans le collimateur de Médecins sans Frontières
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L'ONG Médecins sans Frontières (MSF) fustige, dans une lettre ouverte aux gouvernements européens, publiée jeudi, les mauvais traitements infligés en Libye aux migrants tentant de traverser la Méditerranée, et s'élève contre la politique migratoire de l'Union européenne, accusée d'"alimenter un système criminel". Sandro Calderon a rencontré la présidente de l'ONG. 

Johanne Liu revient de Libye, pays plongé dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi il y a 6 ans. Elle dénonce les conditions de détention des migrants et des réfugiés interceptés lors de leur exil vers l'Europe : "Des gens par dizaines sont parqués dans des salles avec peu de lumière, peu de ventilation, 30 centimètres carré et ils attendent. Ils ne sont pas assez nourris. Ils n’ont pas un accès suffisant à l’eau. Ils sont également exposés à de la violence gratuite. Régulièrement, il y a des punitions publiques : des histoires comme une personne battue publiquement ou, une femme enceinte emmenée dans un endroit où l'on sait qu’elle va être victime de violences sexuelles." Ces violences décrites par Joanne Liu se déroulent dans les centres de détention officiels. Ils sont gérés par les autorités de Tripoli et les équipes de Médecins sans Frontières y ont accès. D'autres centres détentions sont eux sous le contrôle de milices. On peut craindre que des exactions plus graves encore y soient commises. 

Les Européens complices des violences ?

Joanne Liu accuse dans une lettre ouverte envoyée aujourd’hui aux dirigeants européens "les gouvernements d'alimenter les business de la souffrance en Libye". Elle y dénonce en particulier le financement par l’Europe des garde-côtes libyens pour qu'ils empêchent les bateaux des passeurs de quitter les eaux libyennes. Hier, Dimitris Avramopoulos, le commissaire en charge des migrations, se félicitait d'ailleurs de la baisse du nombre de migrants arrivés en Italie ces dernières semaines. La présidente de Médecins sans Frontières a réagi à cette déclaration dans sa lettre : "un tel 'succès' prouve, au mieux, une hypocrisie, au pire, une complicité cynique dans la tentative de réduire l'être humain à l'état de marchandise aux mains des trafiquants."

Joanne Liu demande aux Européens de "garantir des voies sûres et légales" pour entrer en Europe. Et dans l'immédiat, elle réclame, au moins, d'arrêter les retours pour la Libye : "J’espère que les gens vont comprendre que le coût de ne pas voir des migrants arrivés sur leurs plages, ça a un coût humain." Le problème ? L'Union européenne voit dans ces retours de migrants un moyen de sauver des vies. On est donc face à deux visions opposées de la crise migratoire qui se déroule actuellement dans la Méditerranée. 

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