L'Union européenne doit-elle encore s'élargir ?

The participants in the West Balkans conference including German Chancellor Angela Merkel and French President Emmanuel Macron take their seats at the chancellery in Berlin on April 29, 2019.
The participants in the West Balkans conference including German Chancellor Angela Merkel and French President Emmanuel Macron take their seats at the chancellery in Berlin on April 29, 2019. - © MICHAEL SOHN - AFP

A priori, oui, les dirigeants européens ont déjà dit la main sur le cœur que l’avenir des Balkans était dans l’Union européenne. Dans les faits, c’est plus compliqué. Mardi, l’Union européenne a décidé de reporter au mois d’octobre sa décision d’engager ou non des négociations pour une adhésion de la Macédoine du nord et de l’Albanie.

La France, les Pays Bas, l’Allemagne ou le Danemark n’en veulent pas. Leurs décisions sont motivées par des raisons différentes. Officiellement, l’Allemagne ne pouvait pas se prononcer sans l’avis du Bundestag. La France dit ne pas vouloir d’élargissement sans revoir le processus d’intégration de l’Union européenne. Quant au parlement néerlandais, il a carrément rejeté toute décision sur l’Albanie en 2019.

Pourquoi cette hostilité envers ces deux pays ?

"Je crois qu’il n’y a pas nécessairement d’hostilité envers la Macédoine du Nord. Le problème, c’est plutôt l’Albanie. On l’a vu avec le parlement néerlandais. L’Albanie est un repoussoir. Elle n’est pas très vendable. Et, cela dépasse les réformes que le pays a pu faire. C’est une question d’image. Quand on dit Albanie, on pense à des choses négatives. Ce sera le plus grand défi de l’Albanie : se défaire de cette image-là ", estime Loic Tregoures, professeur de sciences politiques à l’Université Catholique-de-Lille et spécialiste des Balkans.

Toutefois, la situation politique en Albanie est complexe. Le procès d’un ex-ministre de l’intérieur accusé de trafic de drogue vient de s’ouvrir. Un chef de l’opposition est soupçonné de blanchiment d’argent. Pour Loic Tregoures, ces derniers événements ne justifient pourtant pas les réticences des Etats membres: "Ces réticences seraient les mêmes, si cela allait mieux. Le gouvernement albanais s’est d’ailleurs engagé dans une réforme de la justice qui était ambitieuse. La Commission européenne l’a d’ailleurs fait remarquer depuis deux ans.", affirme le professeur de sciences politiques.

Quelle crédibilité pour l’Union européenne ?

L’Union européenne veut se positionner entant qu’acteur global sur la scène internationale. Mais, l’Union ne perd-elle pas en crédibilité si elle n’est pas capable d’être un facteur de stabilité dans son arrière-cour ?

"Oui, il y a un problème de crédibilité. Dans le passé, le critère de conditionnalité n’a pas toujours été utilisé à bon escient. Pour inciter, la Serbie a avancé sur quelque chose vous n’avez plus rien. Le président serbe l’a dit : "je n’irai pas prier pour ouvrir des chapitres. Il n’y a pas d’effet incitatif", déplore Loic Tregoures.

Le professeur en sciences politiques va plus loin. Selon lui, les leaders de la Serbie et du Monténégro n’ont pas nécessairement intérêt à intégrer l’Union européenne le plus vite possible: "ils ont en réalité intérêt à ce que ça dure le plus longtemps possible parce que ça leur offre une rampe vers le pouvoir. Ils ont éteint toutes possibles oppositions qui pourraient être pro-européennes par exemple, parce que, eux-mêmes, se présentent à la fois pro-européens et garants de la stabilité de leur pays.", affirme le spécialiste des Balkans.

Découvrez l’intégralité de l’interview de Loic Tregoures dans La Semaine de l’Europe sur Auvio.

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