L'Ukraine et l'UE ratifient un accord "historique" d'association

Accord d'association entre l'Ukraine et l'UE
Accord d'association entre l'Ukraine et l'UE - © K. Tian/G. Handyside

L'Ukraine et l'Union européenne ont ratifié mardi un accord "historique" d'association, concrétisant l'éloignement du giron russe de cette ancienne république soviétique en proie à une rébellion séparatiste prorusse.

La Russie, qui voit cet accord d'un très mauvais oeil, a annoncé dans la foulée que son dispositif militaire serait renforcé dans "la zone de la Crimée", péninsule méridionale ukrainienne qu'elle a annexée en mars, tandis que des manoeuvres militaires impliquant 15 pays, dont les États-Unis, entamées lundi, se poursuivaient dans l'ouest de l'Ukraine.

Moscou a à cet égard expliqué sa décision non seulement par l'aggravation de la crise ukrainienne, mais aussi par la présence accrue de forces étrangères "à proximité immédiate" de la frontière russe, allusion à ces exercices dans la partie occidentale de l'Ukraine.

Futures élections dans les territoires prorusses

Elle illustre la volonté du Kremlin de maintenir la pression sur Kiev, qui a exprimé en retour sa vive "préoccupation" et accusé la Russie de tenter ainsi de "déstabiliser la situation dans toute la région".

Parallèlement, l'Ukraine a voté des lois garantissant une plus grande autonomie des régions prorusses de l'Est, l'organisation d'élections dans ces territoires et une amnistie sous conditions concernant les rebelles et les militaires qui s'affrontent depuis cinq mois dans un conflit qui a fait près de 2.900 morts, tandis que quelque 630.000 personnes ont été déplacées, selon de nouveaux chiffres de l'ONU publiés mardi.

"Le Donbass n'a "plus rien à voir avec l'Ukraine"

Un "vice-Premier ministre" de la république unilatéralement proclamée de Donetsk, Andreï Pourguine, a fermement rappelé que la région industrielle du Donbass, berceau des séparatistes, n'avait "plus rien à voir avec l'Ukraine". Il a simplement indiqué à l'AFP que les dirigeants séparatistes allaient "étudier soigneusement" le texte adopté. "Peut-être pourrons-nous avoir un dialogue (avec Kiev) sur certains points, notamment économiques et socio-culturels", a-t-il ajouté.

Dans les rues de Donetsk, les annonces de Kiev laissaient perplexes des habitants. "L'avenir, pour nous, est difficile à imaginer, aucun camp ne veut vraiment négocier", regrettait Andri, 41 ans. "Pour ma part, je crois qu’il n’est pas facile d’aller vers l’indépendance, mais c’est la voie que nous devons choisir".

Accord symbolique

S'exprimant devant les députés, Petro Porochenko, devenu président de l'Ukraine en mai, a jugé que cette ratification à l'unanimité de l'accord d'association marquait un "premier pas" vers l'adhésion à l'UE de son pays.

"Le vote d'aujourd'hui est un choix de civilisation de l'Ukraine. L'Ukraine, c'est l'Europe", a de son côté proclamé le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

"Nous félicitons le peuple ukrainien qui a fait l'Histoire aujourd'hui", a réagi le département d'Etat américain.

Cet accord reste néanmoins symbolique à l'heure actuelle : l'Union européenne a en effet annoncé vendredi que l'accord de libre-échange avec l'Ukraine, partie intégrante de l'accord d'association, était repoussé à fin 2015 pour permettre de nouvelles discussions avec Moscou, opposé au projet.

Ce report a déchaîné les passions en Ukraine, certains allant jusqu'à accuser Petro Porochenko de trahison.

Pour de nombreuses personnalités en Ukraine, cette concession au Kremlin rappelle en effet les événements de fin 2013, quand, aussi sous la pression de Moscou, le président de l'époque Viktor Ianoukovitch avait refusé à la dernière minute de signer ce même accord d'association, déclenchant les manifestations qui ont fini par l'évincer du pouvoir, en février.

'Statut spécial' pour deux régions de l'est

Plus tôt dans la journée, les députés ukrainiens avaient voté deux lois sur un "statut spécial" accordant plus d'autonomie aux régions de Donetsk et de Lougansk, rejeté par les rebelles qui réclament leur indépendance, et sur l'organisation d'élections locales. Ces deux points cruciaux figuraient dans le protocole sur le cessez-le-feu signé il y a onze jours.

Kiev prévoit de pouvoir donner aux autorités locales des prérogatives élargies pendant une période de trois ans à partir de l'adoption du texte et des élections le 7 décembre au niveau "des districts, des conseils municipaux, des conseils de villages" dans les régions de Donetsk et de Lougansk.

Selon la présidence ukrainienne, ces propositions ouvrent la voie à une décentralisation, tout en garantissant "la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance" de l'Ukraine, Kiev soupçonnant la Russie de vouloir créer dans l'est un Etat croupion.

Les députés ont par ailleurs voté une loi d'amnistie des "participants aux événements de Donetsk et de Lougansk", ce qui englobe a priori les rebelles comme les soldats ukrainiens.

"Nous applaudissons également l'adoption par le Parlement ukrainien de lois d'amnistie et d'un statut spécial pour les régions de Donetsk et de Lougansk", a commenté le Département d'Etat américain.

Parallèlement, environ 200 manifestants rassemblés devant le Parlement de Kiev pour réclamer le vote d'une loi permettant d'exclure de leurs fonctions des responsables qui seraient convaincus de corruption ou de liens avec l'ancien régime prorusse ont été dispersés par la police antiémeutes.

A Donetsk, les tirs d'artillerie se poursuivent depuis plusieurs jours.

Selon un comptage établi par l'AFP à partir des chiffres officiels de l'armée ukrainienne et des autorités locales dans les régions séparatistes, près de 30 personnes - 16 soldats et 12 civils - ont péri dans les combats, essentiellement des bombardements, depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 5 septembre.

AFP / RTBF

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