"Ich bin ein Europäer", dit Herman Van Rompuy en recevant le Prix Nobel

Herman Van Rompuy interviewé à Oslo par Olivier Hanrion
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Herman Van Rompuy interviewé à Oslo par Olivier Hanrion - © RTBF

Le Prix Nobel de la paix a été officiellement remis ce lundi à l'Union européenne à Oslo en Norvège. Un prix contesté. En le recevant au nom de l'Union, Herman Van Rompuy a jonglé avec les références historiques.

Herman Van Rompuy a d'abord évoqué son histoire familiale. "En 1940, mon père, alors âgé de 17 ans, a dû creuser sa propre tombe. Il s'en est tiré. Sinon je ne serais pas là aujourd'hui", a-t-il dit, avant de revenir sur "le pari audacieux des pères fondateurs" de l'Union européenne, qui ont "brisé le cycle sans fin de la violence".

Citant Jean Monnet, le président du Conseil a estimé que "mieux vaut se disputer autour d'une table que sur un champ de bataille". L'Union européenne a développé "une manière sans égal de lier nos intérêts si étroitement que la guerre devient matériellement impossible", c'est son "arme secrète", a-t-il ajouté.

"L'Union a perfectionné l'art du compromis. Pas de drame ou de victoire ou de défaite, mais l'assurance que tous les pays sortent victorieux des négociations. Pour cela, une politique ennuyeuse n'est qu'un petit prix à payer", a encore estimé celui dont la fonction est précisément de dégager des compromis entre les 27.

Herman Van Rompuy a aussi évoqué les défis actuels auxquels sont confrontés les Européens. "Une nouvelle tâche historique est devant nous : préserver la paix là où elle a été gagnée". "L'Histoire n'est pas un roman, un livre que nous pourrions fermer sur un 'happy end': nous restons pleinement responsables pour ce qui est à venir".

S'il convient de "garder un sens des proportions", puisque "les tensions actuelles ne nous ramènent pas aux heures sombres du passé", le test qu'affronte l'Europe n'en est pas moins réel, a-t-il dit. "Si je peux emprunter les mots d'Abraham Lincoln à l'heure où il affrontait un autre test continental, je dirais que ce qui est en jeu aujourd'hui c'est 'si l'Union ou n'importe quelle Union ainsi conçue, peut subsister'".

Le discours du président du Conseil a été suivi par une autre allocution, prononcée par le président de la Commission, José Manuel Barroso.

"Résoudre nos problèmes ensemble"

L'attribution du Prix Nobel a déclenché beaucoup de critiques. Le comité s'est donc justifié. "Sauvegarder ce qui a été gagné et améliorer ce qui a été créé pour nous permettre de résoudre les problèmes menaçant la communauté européenne aujourd'hui, c'est la seule façon de résoudre les problèmes provoqués par la crise financière", a dit le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland.   

Ce dernier, connu pour son europhilie dans une Norvège eurosceptique, a ensuite remis la prestigieuse récompense aux représentants des trois principales institutions européennes, les présidents du Conseil, Herman Van Rompuy, de la Commission, José Manuel Barroso, et du Parlement, Martin Schulz. "Nous ne sommes par rassemblés ici aujourd'hui avec la conviction que l'UE est parfaite. Nous sommes rassemblés avec la conviction que l'on doit résoudre nos problèmes ensemble", a-t-il ajouté.    

"Ensemble, nous devons faire en sorte de ne pas perdre ce que nous avons construit sur les ruines des deux guerres mondiales", a-t-il ajouté, en évoquant "les 80 millions de personnes" victimes de l'extrémisme dans le passé.      

Symboliquement, il a ponctué son discours de quelques mots prononcés en plusieurs langues, illustration de la diversité européenne.    

Une récompense controversée

L'Union européenne traverse la crise la plus grave de ses 55 ans d'histoire. La solidarité entre Etats riches du Nord et Etats du Sud surendettés a été mise à rude épreuve. Une crise qui a provoqué de violents désordres sociaux et la poussée de l'extrémisme, comme en Grèce par exemple.

Le trio de personnalités chargé de recevoir le prix Nobel de la paix au nom de l'Union européenne s'est donc employé dès dimanche, à la veille de la cérémonie, à désamorcer les critiques en s'engageant à maintenir une UE en crise sur la voie de la paix. Dans une interview pour la RTBF, Herman Van Rompuy explique que l'Europe fait partie de la solution et non du problème.

"L'UE traverse une période difficile", a admis son président, Herman Van Rompuy, au cours d'une conférence de presse à l'Institut Nobel d'Oslo. "Nous sortirons de cette période d'incertitude et de récession plus forts qu'avant (...) Nous voulons que l'Europe redevienne un symbole d'espoir", a-t-il dit.

Vous pouvez écouter l'interview qu'il a accordée à Olivier Hanrion à Oslo dans son intégralité dans la colonne de gauche ou en cliquant ici.

Interrogé aussi à Oslo par Olivier Hanrion, le président du parlement européen Martin Schulz insiste : "C’est à cause de l’existence de l’Union européenne que la guerre n’est plus pensable en Europe. Si on casse les structures, les démons du 20ème siècle reviennent immédiatement". Ecoutez cette interview dans son intégralité à gauche dans l'onglet audio.

20 dirigeants présents à Oslo

Les Vingt-Sept ne parviennent même plus à afficher une unité de façade : une petite vingtaine de dirigeants, dont François Hollande, Angela Merkel et Elio Di Rupo, ont assisté à la cérémonie Nobel, mais une demi-douzaine ont décliné l'invitation, pas toujours pour des questions de calendrier.

Le Britannique David Cameron, qui ne compte pas parmi les plus euro-enthousiastes, a indiqué très tôt qu'il n'irait pas à 0slo. Idem pour le président tchèque Vaclav Klaus, notoirement eurosceptique.

Si l'UE est souvent dépeinte comme arrogante, bureaucratique et distante de ses 500 millions d'habitants, ses dirigeants -peu connus du grand public- ont joué dimanche la carte de l'humilité.

Le Nobel ? "Je prends ça comme un avertissement, une alerte: restez fidèles à ce que les pères fondateurs ont créé, ce que les exécutants ont poursuivi, et ne jouez pas avec cet héritage", a dit Martin Schulz, président du Parlement européen.

Réfractaire à l'Europe, la Norvège célèbre les Européens

Paradoxalement, le prix a été attribué dans un pays qui refuse obstinément d'adhérer à l'UE. Les Norvégiens ont rejeté une telle perspective par référendum en 1972 et 1994, et environ trois quarts d'entre eux s'y disent aujourd'hui opposés.

Dimanche à Oslo, quelques centaines de personnes ont bravé le froid et manifesté leur mécontentement à l'appel d'organisations hétéroclites derrière la banderole "L'UE, pas un prix de la Paix de notre temps", d'autres au langage plus cru ou encore des drapeaux frappés du marteau et de la faucille.

"Ce prix ne devrait pas être interprété comme un élément du débat norvégien sur une adhésion ou pas", a dit le président du comité Nobel, le très europhile Thorbjoern Jagland, accusé par certains d'avoir détourné le prix pour imposer son agenda.


RTBF et AFP

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