L'organisation basque ETA demande pardon pour le "mal" qu'elle a causé

L'organisation clandestine basque ETA a reconnu le "mal" qu'elle a causé pendant sa lutte armée pour l'indépendance du Pays basque et demandé pardon aux victimes, dans un communiqué.
L'organisation clandestine basque ETA a reconnu le "mal" qu'elle a causé pendant sa lutte armée pour l'indépendance du Pays basque et demandé pardon aux victimes, dans un communiqué. - © ANDER GILLENEA - AFP

L'organisation basque ETA a pour la première fois vendredi demandé "pardon" à ses victimes, préambule à la dissolution unilatérale du groupe séparatiste, l'un des plus anciens à mener une lutte armée en Europe.

"Nous sommes conscients d'avoir provoqué durant cette longue période de lutte armée beaucoup de douleur et des dommages irréparables", écrit l'ETA (Euskadi Ta Askatasuna ou Patrie et Liberté en français) dans un communiqué historique pour l'Espagne.

"Nous voulons manifester notre respect aux morts, aux blessés et aux victimes des actions de l'ETA (...) Nous le regrettons sincèrement", poursuit l'organisation dans ce texte publié presque 60 ans après sa création en 1959.

Le communiqué s'adresse ensuite directement aux "victimes qui n'avaient pas de participation directe au conflit", c'est-à-dire ces civils qui n'étaient ni élus, ni policiers, ni gardes civils, et leur demande pardon plus directement : "Nous demandons pardon à ces personnes et à leurs familles. Ces mots ne résoudront pas ce qui s'est passé ni n'atténueront pas tant de douleur. Nous le disons avec respect, sans vouloir provoquer plus d'affliction".

Cette demande de pardon et la dissolution à venir, permettra, espèrent les proches de détenus membres de l'ETA, une évolution de la politique pénitentiaire de l'Espagne et de la France, passant par un rapprochement des détenus dans des prisons près de chez eux et des libérations conditionnelles pour ceux n'ayant pas commis de crimes de sang. La fin de l'ETA pourrait aider aussi la gauche séparatiste basque, qui affronte de nouvelles élections municipales en 2019.

800 morts en plusieurs décennies

L'ETA, créée en pleine dictature franquiste, a tué 829 personnes au nom de son combat pour l'indépendance du Pays basque et de la Navarre, selon les autorités.

Elle a aussi fait des milliers de blessés dans des attentats à la bombe au Pays basque, dans le reste de l'Espagne et en France, orchestré des enlèvements, racketté des chefs d'entreprise, des actions qui se sont intensifiées dans les années 1980 et 1990, après le retour de la démocratie en Espagne.

Cette période sombre, marquée par des actions presque quotidiennes, s'est accompagnée d'exécutions extrajudiciaires et de tortures contre des membres de l'ETA et des sympathisants attribués à des commandos parapoliciers.

Des "regrets" non satisfaisants

Jamais l'organisation n'avait présenté des regrets de cette nature.

Mais son communiqué n'évoque que des "regrets" (et pas une demande de pardon) pour les victimes impliquées dans ce qu'elle qualifie de "conflit", comme les Gardes civils ou les policiers.

"Je trouve honteux et amoral que l'on fasse cette distinction entre ceux qui méritaient une balle dans la nuque, la bombe sous la voiture et ceux qui ont été victimes par hasard", a réagi Maria del Mar Blanco, de l'Association des victimes du terrorisme (AVT).

Ce communiqué "ne répond absolument pas à nos attentes", a ajouté cette élue du Parti populaire (PP) dont le frère, Miguel Angel Blanco, fut tué en 1997 après un enlèvement suivi par toute l'Espagne.

L'association exige aussi que l'ETA assume ses "responsabilités individuelles" de sorte que les crimes non résolus puissent être éclaircis.

L'ETA annoncera sa dissolution en mai (Sujet Euronews 19/04)

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