L'opposition congolaise à la recherche d'une position commune au Château de Genval

L'opposition en ordre de bataille au Château de Genval
L'opposition en ordre de bataille au Château de Genval - © THIERRY ROGE - BELGA

Le Château de Genval dans le Brabant wallon vit pour deux jours à l'heure congolaise. L'opposition congolaise s'y est donné rendez-vous pour faire front au président Joseph Kabila. Elle l'accuse d'organiser un glissement (un report) du calendrier électoral pour se maintenir au pouvoir. L'élection présidentielle doit en principe avoir lieu en novembre prochain. Mais rien ne se prépare pour l'instant. L'opposition cherche donc une position commune, ici à Genval.

Autour d'Etienne Tshisekedi

L'image est rare. Mais elle est bien réelle. L'opposition congolaise chante debout l'hymne congolais. Des dizaines de délégués venus de Kinshasa, réunis autour d'un homme: Etienne Tshisekedi, 83 ans, l'opposant historique. Il vit ici à Bruxelles.

Ces dernières années, il était plutôt discret. Mais hier, le président de l'UDPS est sorti de son silence: " Nous avons voulu particulièrement sceller l'unité des forces acquises au changement parce que en cas de lutte aussi acharnée que cela, nous devons nous unir pour chasser celui que vous savez". Chasser le président Joseph Kabila, qui ne peut plus se représenter pour un troisième mandat. La Constitution le lui interdit.

A la recherche d'un plan d'action

Le but est clair: faire pression pour que l'élection présidentielle ait bien lieu, sans Kabila. Mais ça coince au niveau de la méthode, du plan d'action.

L'opposition politique est très morcelée. Elle est constituée de trois grandes familles: la Dynamique de l'opposition, le G7 qui appartenait à la majorité présidentielle puis l'a quittée, et enfin, l'UDPS, le parti d'Etienne Tshisekedi.

Une opposition en forme de poupées russes. Chaque famille est elle-même constituée de plusieurs partis. Et à l'intérieur même des partis, les points de vue s'entrechoquent. L'UNC de Vital Kamerhe et le MLC n'ont pas répondu présents à cette invitation. Aucun signe de Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et candidat à la présidentielle hier non plus. Il règne un grand mystère règne sur sa présence ou non aujourd'hui au Château de Genval. Il est en ce moment en Europe en raison de problèmes de santé. Pour rappel, il est inculpé pour atteinte à la sûreté de l’État. Le gouvernement l'accuse d'avoir recruté des mercenaires.

Participer au dialogue ou pas?

La première question qui divise: est-ce qu'il faut participer ou non au dialogue national convoqué par le président Kabila, avec le facilitateur de l'Union Africaine, Edem Kodjo? Hier soir, il n'y avait pas d'accord en tous cas.

Le dialogue fait partie de l'ADN de notre peuple

Du côté de l'UDPS, Etienne Tshisekedi choisit le dialogue, mais pour négocier en quelque sorte la sortie du président Kabila. "Le dialogue fait partie de l'ADN de notre peuple. C'est par le dialogue que tout finit par s'arranger. Nous irons au dialogue pour trouver les solutions qui conviennent dans les circonstances actuelles. Nous savons qu'il y a quelqu'un qui a un mandat qui a pris fin et nous devons le ménager, c'est à dire le renvoyer très doucement".  Un dialogue avec la médiation de la communauté internationale.

C'est non pour Martin Fayulu de la Dynamique de l'opposition. Un non franc, avant le discours d'Etienne Tshisekedi: "Je ne suis pas ici aujourd'hui pour le dialogue de Monsieur Kabila, facilité par Edem Kodjo. Je suis là pour aider et voir comment on peut implémenter la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui nous demande à nous tous de nous parler pour organiser les élections. Il y a une seule chose, ce sont les élections".

Le jeu est par contre beaucoup plus ouvert du côté du G7. Olivier Kamitatu explique: "Le G7 est favorable à tout ce qui concourt à trouver une solution par la voie pacifique mais dès lors qu'en face de nous, nous avons un clan en face de nous qui adopte une posture de refus, et bien nous allons nous engager maintenant de manière forte à mobiliser la population". Des points de vue très différents. Cela va donc renégocier aujourd'hui.

Autres points de blocage

Quand la question du dialogue sera tranchée, il y aura d'autres négociations. Si l'option choisie est celle de participer, que défendra l'opposition ? Organiser une transition ou non ? Organiser l'élection présidentielle, mais selon quel calendrier ? Au Château de Genval, le sujet fâche aussi. Certains pensent que c'est encore possible de respecter les délais constitutionnels, d'autres non. Et puis quand l'élection présidentielle sera lancée, l'opposition se choisira-t-elle un candidat unique ?

Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga est candidat et soutenu par plusieurs partis. Mais hier à Genval, aucun signe de lui. Et beaucoup de mystère sur sa présence ou non aujourd'hui.

Le travail reprend ce matin. Un travail de Titan.