Arrestation de l'opposant Alexeï Navalny, Charles Michel et d'autres personnalités appellent les autorités russes à sa libération immédiate

L'opposant Alexeï Navalny a atterri à Moscou et a été interpellé par la police
L'opposant Alexeï Navalny a atterri à Moscou et a été interpellé par la police - © KIRILL KUDRYAVTSEV - AFP

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, a quitté ce dimanche Berlin, où il se remettait depuis des mois d’un empoisonnement présumé, vers Moscou, en dépit des menaces d’arrestation quasi-immédiate brandies par la justice russe.

L’avion embarquant Navalny et sa femme Ioulia a décollé peu après 15h00 de la capitale allemande, selon des journalistes de l’AFP à bord. "Je suis certain que tout va bien se passer. On va m’arrêter ? Ce n’est pas possible, je suis innocent", a lancé Navalny en montant à bord, avant d’ajouter : "En Allemagne, c’était bien, mais rentrer à la maison c’est toujours mieux".

Selon des journalistes de l’AFP à bord, le pilote de l’avion venant de Berlin a d’abord annoncé un retard de 30 minutes en raison d’un "problème technique", avant d’indiquer que l’appareil se dirigeait vers Cheremetievo et n’atterrira pas à l’aéroport de Vnoukovo comme prévu.

"Voilà à quel point ils sont lâches, pathétiques et ridicules", a lâché Navalny sur Instagram avant le décollage, tournant en dérision dans d’autres messages sur Twitter les mesures drastiques prises par l’aéroport Vnoukovo.

"Comme d’habitude, les autorités russes sont caractérisées par leur peur", a encore dit M. Navalny, 44 ans, en montant dans l’appareil, tout en se disant "très heureux" de revenir et assurant "n’avoir rien à craindre en Russie".

Avion dévié

A l’aéroport Vnoukovo de Moscou, où l’opposant était attendu à 19h20 (17h20 heure belge), la police antiémeute était présente en force et un groupe de quelque 200 partisans étaient massés devant les barrières installées pour barrer l’accès à la salle des arrivées, selon des journalistes de l’AFP.

L’avion avec le principal opposant russe, Alexeï Navalny, à son bord a été dévié dimanche vers l’aéroport Cheremetievo de Moscou, différent de celui où il devait atterrir et où l’attendaient ses partisans et la police antiémeute.

Alexeï Navalny a atterri à Moscou

Peu après 18H00, l’avion transportant Alexeï Navalny a atterri, à Moscou, en Russie.

Risques d’arrestation

Depuis que le pire ennemi du président Vladimir Poutine a annoncé ce mercredi son intention de rentrer, les services pénitentiaires russes (FSIN) l’ont mis en garde et assuré qu’ils seraient "obligés" de l’arrêter pour avoir violé les conditions d’une peine de prison avec sursis à laquelle il a été condamné en 2014.

Le chef de file de l’opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu’il revenait d’une tournée électorale en Sibérie. D’abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l’opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l’époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou.

L’opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d’avoir tenté de l’assassiner sur l’ordre direct de Vladimir Poutine.

Navalny arrêté à l’aéroport de Moscou

Le principal opposant russe Alexeï Navalny a été interpellé par la police à son arrivée à l’aéroport Cheremetievo de Moscou, où il s’apprêtait à passer le contrôle des passeports, ont constaté des journalistes de l’AFP sur place.

Les services pénitentiaires russes (FSIN) ont confirmé avoir arrêté dimanche l’opposant Alexeï Navalny à son arrivée à Moscou, lui reprochant d’avoir violé les conditions d’une peine de prison avec sursis dont il a écopé en 2014.

Selon un communiqué du FSIN, Alexeï Navalny, arrivé dimanche en Russie après plusieurs mois de convalescence en Allemagne suite à un empoisonnement présumé, "restera en détention jusqu’à la décision du tribunal" sur son cas.

Le FSIN a précisé que M. Navalny, 44 ans, "figure sur une liste des personnes recherchées depuis le 29 décembre 2020 pour de multiples violations de sa période probatoire". "Il restera en détention jusqu’à la décision du tribunal" sur son cas, ajoute-t-il, sans préciser à quelle date elle pourrait avoir lieu.

"Alexeï a été arrêté sans que la raison soit expliquée […] Ils ne m’ont pas laissé revenir vers lui" après avoir passé la frontière, a indiqué à l’AFP l’avocate de l’opposant Olga Mikhaïlova.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a qualifié d'"inacceptable" l’interpellation de l’opposant russe Alexei Navalny à son arrivée à Moscou.

"J’appelle les autorités russes à sa libération immédiate", a-t-il écrit dimanche soir sur Twitter

 

Des appels à la libération d’Alexei Navalny aux 4 coins du monde

D’autres personnalités ont également appelé à la libération d’Alexei Navalny.

"J’appelle les autorités russes à sa libération immédiate", a-t-il écrit dimanche soir sur Twitter, rejoint sur le sujet par le président du Parlement européen, David Sassoli.

"L’arrestation d’Alexei Navalny est une offense à la communauté internationale et à l’Europe qui a contribué à lui sauver la vie", a tweeté ce dernier en assurant être prêt à inviter l’opposant russe au Parlement européen.

"Notre message est fort au sujet de l’arrestation d’Alexei Navalny. Ses droits doivent être respectés. Il doit être libéré", a tweeté dimanche soir la ministre belge des Affaires étrangères, Sophie Wilmès.

Du côté des Etats-Unis, le futur conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, futur conseiller à la sécurité nationale du président élu américain Joe Biden déclare qu’il "doit être libéré immédiatement".

 

Enquête pour fraude

Au gré des versions, les autorités russes ont elles mis en cause les services secrets occidentaux, ou l’hygiène de vie d’Alexeï Navalny. Jusqu’à présent, Moscou a refusé d’ouvrir une enquête pour découvrir ce qui est arrivé à Alexeï Navalny, arguant notamment du refus de l’Allemagne de transmettre ses données à la Russie.

Samedi, Berlin a toutefois annoncé avoir transmis à Moscou des éléments de son enquête judiciaire, notamment "des procès-verbaux" d’interrogatoires d’Alexeï Navalny et "des échantillons de sang et de tissus, ainsi que des morceaux de vêtements", disant s’attendre à ce que Moscou commence désormais à "faire la lumière sur ce crime".

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a confirmé ce dimanche que Moscou avait reçu les documents envoyés par l’Allemagne mais assuré qu’ils "ne comportaient essentiellement rien" de ce que la Russie voulait.


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Selon le FSIN, Alexeï Navalny n’a pas respecté quand il était en Allemagne les conditions d’une peine de prison avec sursis reçue en 2014, qui l’obligeait à pointer au moins deux fois par mois à l’administration pénitentiaire.

L’opposant est aussi visé depuis fin décembre par une nouvelle enquête pour fraude, soupçonné d’avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d’euros) de dons.

S’il est largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l’opposition en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d’abonnés et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), dénonçant la corruption des élites.

Malgré les perquisitions, les pressions et les condamnations à de courtes détentions visant régulièrement M. Navalny ou ses alliés, il a réussi à organiser plusieurs manifestations très suivies ces dernières années, et des revers embarrassants pour le pouvoir lors de scrutins locaux.

Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations, un sondage du centre indépendant Levada en septembre révélant ainsi que seulement 20% des Russes approuvaient ses actions.

Pour les experts, le retour d’Alexeï Navalny est une épine dans le pied du Kremlin : le laisser libre serait une démonstration de faiblesse, l’emprisonner risquerait de provoquer un nouveau scandale.

JT du 17/01/2021

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