Il y a 30 ans débutait l'opération "Tempête du désert" : les images marquantes de la Guerre du Golfe

Ces images ont marqué les téléspectateurs durant la première Guerre du Golfe.
Ces images ont marqué les téléspectateurs durant la première Guerre du Golfe. - © D. R.

C’était il y a 30 ans : le 15 janvier 1991, l’ultimatum de l’ONU adressé à l’Irak expire. Les troupes du dictateur Saddam Hussein ne se sont pas retirées du Koweït voisin, envahi en août 1990, sous les protestations de la communauté internationale. L’heure des représailles a sonné. L’opération "Tempête du désert" ("Desert storm" en anglais) dirigée par les Etats-Unis est lancée. C’est le point d’orgue de la Guerre du Golfe et la plus importante attaque militaire lancée par une coalition de pays depuis la deuxième Guerre Mondiale.

Près d’un million d’hommes engagé issus de 39 pays, 2500 avions, plus de 100.000 sorties aériennes, près de 90.000 tonnes de bombes larguées pour déloger l’envahisseur du micro-état riche en pétrole. Face à ce déploiement de force, la crainte à l’époque est celle du déclenchement d’une troisième Guerre mondiale.

La Guerre du Golfe, ce sont surtout des images qui ont marqué toute une génération, relayées par une toute jeune chaîne de télévision, CNN. La première antenne anglophone d’infos en continu est au plus près des affrontements. C’est elle qui va abreuver le monde entier ou presque de ses séquences, dont certaines sont devenues cultes. Mais il n’y a pas que CNN qui a bombardé le petit écran. D’autres vidéos tirées de cette période restent dans les mémoires. Florilège.

  • Le bombardement de Bagdad

Les premières bombes sur Bagdad, la capitale irakienne sont lâchées dans la nuit du 16 au 17 janvier, vers minuit 40 (heure belge). Les images qui parviennent en Europe sont notamment celles tournées par CNN. La plus parlante montre le ciel Baghdadi vert illuminée par une multitude de points, il a été filmé grâce à une caméra nocturne. Ce sont les bombardements alliés tirés depuis les navires militaires dans le Golfe persique, les fameux missiles de croisière Tomahawks. Ceux-ci sont contrés par la défense anti-missiles.

Des cibles sont touchées et des explosions se font entendre. Pour les reporters sur place, c’est la stupéfaction. Certains ne parviennent plus à assurer leur direct.

  • Le discours de George Bush

"Il y a deux heures, les forces alliées ont entamé une attaque sur des cibles militaires en Irak et au Koweït. Ces opérations sont en cours, à l’heure où je vous parle." C’est par ces mots que débute le discours de George H. W. Bush (père), le 16 janvier 1991, à la télévision américaine. Nous sommes en direct, le président américain est assis dans le bureau ovale, les mains posées sur son texte et annonce un événement historique. Ou plutôt, l’officialise.

L’instant est solennel et marqué par l’emphase. "Ce conflit a débuté le 2 août lorsque le dictateur de l’Irak a envahi un petit voisin sans défense. Le Koweït, membre de la Ligue arabe, membre des Nations Unies, a été écrasé. Son peuple a été brutalisé. Il y a cinq mois, Saddam Hussein a débuté cette guerre cruelle contre le Koweït. Ce soir, nous nous joignons à cette bataille."

  • Les otages occidenteux

Le 2 août 1990, jour de l’envahissement du Koweït par l’Irak, le vol 149 de la British Airways qui fait escale sur place est bloqué sur le tarmac de l’aéroport international du micro-Etat. Les troupes irakiennes prennent les passagers (principalement britanniques mais aussi français, allemands ou encore américains) en otages. Nous sommes plusieurs mois avant le déclenchement de l’opération "Tempête du désert". Mais comprenant le pouvoir de la télévision, Saddam Hussein va proposer au monde entier des images visant à montrer un semblant de sollicitude à l’égard des prisonniers.

Le 23 août, il rencontre les passagers et pose avec un enfant, Stewart, en short bleu et t-shirt blanc. Ce dernier semble apeuré. Le dictateur lui caresse les cheveux avant de lui demander s’il a petit-déjeuné, s’il a pris des céréales et du lait. "Ici, les enfants n’ont pas de corn-flakes", lui dira Saddam Hussein, avec une pointe de cynisme. Pour les observateurs, ce dernier compte utiliser les otages comme boucliers humains en cas de guerre.

Après d’intenses négociations, les otages sont libérés en décembre 1990.

Les otages britanniques

  • Les Scuds sur Israël et l’Arabie saoudite

Les Américains ont les Tomahawks, les Irakiens ont les scuds de fabrication soviétique. Ces missiles entrent dans la culture populaire au moment de la Guerre du Golfe. En 1991, en représailles aux bombardements alliés, l’armée de Saddam Hussein, se posant en défenseur des Palestiniens, envoie des missiles Scud sur Israël et principalement Tel Aviv mais aussi sur l’Arabie saoudite, qui accueille les bases des USA. Plusieurs dizaines seront tirées.

Les images d’archives nous montrent ces traînées lumineuses dans le ciel qui vont s’abattre sur des sites civils. Pour protéger Israël et l’Arabie saoudite, les Etats-Unis déploieront les missiles anti-missiles Patriots. L’arrivée des Scuds est annoncée par des alertes de sirènes.

A la télévision, on verra également les habitants mais aussi les journalistes porter des masques à gaz, la crainte étant que les Scuds soient chargés en éléments toxiques.

  • L’interview de Patrick Poivre d’Arvor

Avant le début des bombardements alliés, les médias s’intéressent à Saddam Hussein, l’homme qui a osé envahir le Koweït et qui compte derrière lui une armée estimée à un million de soldats. Qui est-il ? Que veut-il ? Pourquoi cette invasion contre les règles internationales ?

La presse du monde entier va défiler à Bagdad pour interroger le "Raïs". L’une des interviews les plus connues est celle du journaliste de TF1 Patrick Poivre d’Arvor. Il est reçu par Saddam Hussein le 19 août 1991 et va oser lui dire que "les opinions occidentales ont toutes été révulsées" par l’invasion du Koweït. Il poursuit, en direction du tyran en costume : "Je vous demande de faire un geste humanitaire, d’au moins libérer les femmes et les enfants". La séquence est à voir ci-dessous à partir de la 20e seconde.

Cet entretien annoncé comme exclusif a été critiqué en France par le Premier ministre Michel Rocard qui pointe le "risque de servir les intérêts de la propagande d’une puissance étrangère".

  • Les puits de pétrole en feu

Fin février, lorsque l’arme irakienne comprend qu’elle ne peut rien face à l’armada alliée, elle décide de se retirer du Koweït non sans avoir pratiqué la politique de la terre brûlée. Les troupes mettent le feu aux puits de pétrole, première richesse du Koweït, afin que ceux-ci ne puissent plus être exploités. Certains brûleront pendant de très longs mois. Les images de ces colonnes de flammes marquent encore les mémoires.

  • Colin Powell et Norman Schwarzkopf

Deux généraux pour une omniprésence sur les écrans de télévision. Norman Schwarzkopf et Colin Powell seront les visages de l’armée américaine pendant cette première Guerre du Golfe, débriefant les opérations militaires en direct. Vêtus d’un treillis aux couleurs sable et terre, les deux hauts grades présentent quasi quotidiennement l’état des forces et l’avancée des troupes, en pointant des cartes de la carte.

Les deux hommes feront l’objet de parodies, la plus célèbre étant celle des "Guignols de l’info" et du commandant Sylvestre.

Norman Shwarzkopf, chef militaire de la coalition en 1991, décède en 2012 à l’âge de 78 ans. Colin Powell, lui, a été chef d’État-major des armées pendant la Guerre du Golfe. En 2000, il devient secrétaire d'Etat du président Georges W. Bush fils. Il est connu pour la présentation biaisée de l’arsenal nucléaire irakien au Conseil de sécurité de l’ONU avant la deuxième Guerre du Golfe. Il est aujourd’hui âgé de 83 ans.

  • L’affaire des couveuses

Des directs incessants, des images chocs, des commentaires élogieux à l’endroit des forces militaires, des raccourcis dans le traitement de l’information… La Guerre du Golfe de 1991 a aussi connu des dérives médiatiques. La plus invraisemblable d’entre elles est celle des couveuses.

En octobre 1990, alors que la tension monte dans le Moyen-Orient et que le risque du déclenchement d’un conflit armé est grand, une jeune koweïtienne, présentée comme infirmière, témoigne au Congrès américain. Elle raconte devant des représentants sous le choc les atrocités commises par les soldats de Saddam Hussein.

Elle raconte, en pleurs et dans un anglais américain parfait : "Je m’appelle Nayirah et je reviens du Koweït. Ma mère et moi étions au Koweït le 2 août pour passer de paisibles vacances. Ma sœur aînée avait accouché le 29 juillet et nous voulions passer quelque temps au Koweït auprès d’elle. Pendant que j’étais là, j’ai vu les soldats irakiens entrer dans l’hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ont laissé mourir les bébés sur le sol froid. J’étais horrifiée. Je ne pouvais rien faire et je pensais à mon neveu qui était né prématuré et aurait pu mourir ce jour-là lui aussi. Les Irakiens ont tout détruit au Koweït."

Le récit est diffusé sur les télés du monde entier et glace les opinions publiques. Mais voilà, ce témoignage est un faux. Une "fake news" fabriquée par l’agence de communication du Pentagone. On ne le saura que bien plus tard : Nayirah n’est pas infirmière mais la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington Saud bin Nasir Al-Sabah.

Durant la Guerre du Golfe, la propagande a battu son plein côté irakien comme côté américain.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK