L'épreuve de force monte d'un cran entre le Hamas et Israël

Des chars de Tsahal sont alignés le long de la frontière avec la bande de Gaza en vue d'une offensive terrestre de plus en plus probable.
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Des chars de Tsahal sont alignés le long de la frontière avec la bande de Gaza en vue d'une offensive terrestre de plus en plus probable. - © JACK GUEZ - BELGAIMAGE

L'épreuve de force entre le Hamas palestinien et Israël a monté d'un cran jeudi au troisième jour de bombardements israéliens qui, causant un nombre croissant de victimes, n'ont pas stoppé les roquettes de Gaza, malgré l'appel de l'ONU à un cessez-le-feu. C'est surtout le sud de Gaza ce territoire qui a été touché par les raids, dans la nuit de mercredi à jeudi, en réponse aux tirs de roquettes. Le bilan s'est encore alourdi : au total, au moins 80 Palestiniens ont été tués ces derniers jours, une dizaine la nuit dernière, dont des femmes et des enfants.

Plus de 30 Palestiniens ont été tués jeudi à Gaza dans des frappes de l'aviation israélienne, portant à plus de 80 le nombre de morts dans les raids en trois jours, tandis que le Hamas et son allié le Jihad islamique tiraient une centaine de roquettes contre Israël, sans faire de victime mais traumatisant la population locale.

Les sirènes ont de nouveau retenti dans la soirée à Jérusalem, située à 80 km de la bande Gaza, avant une série de puissantes explosions. Deux roquettes sont tombées dans des zones inhabitées, l'une près de la colonie de Ma'ale Adoumim, à l'est de Jérusalem, et l'autre non loin d'une prison militaire israélienne en Cisjordanie occupée. Deux autres ont été interceptées par une batterie de défense anti-missile Iron Dome.

Tel-Aviv, la capitale économique, avait essuyé des attaques similaires en début de journée.

Pas de cessez-le-feu à l'ordre du jour pour Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exclu tout cessez-le-feu dans l'immédiat. "Nous ne parlons avec personne en ce moment de cessez-le-feu, ce n'est pas à l'ordre du jour", a déclaré M. Netanyahu, cité par le quotidien Haaretz.

L'armée de l'air a pilonné jeudi au moins 60 cibles du Hamas, qui contrôle l'enclave palestinienne depuis 2007, portant à plus de 800 le nombre de ses raids depuis le déclenchement de l'opération "Protective Edge" ("Bordure de protection") lundi à minuit.

Toutefois, l'opération aérienne, qui a vidé les rues de Gaza, n'a pas réussi à faire cesser les attaques du Hamas et du Jihad islamique, tous deux puissamment armés et équipés de roquettes à longue portée. Plus de 100 roquettes se sont abattues depuis mercredi minuit en Israël et 21 autres ont été interceptés par les batteries de défense anti-aérienne. Au total, plus de 220 projectiles ont atteint le territoire israélien depuis le début des hostilités. Le Hamas a revendiqué les tirs de roquettes visant Jérusalem et Tel-Aviv mais aussi Haïfa, à 160 km au nord, et le site nucléaire de Dimona, au sud.

Selon un expert de l'institut IHS Country Risk, le Hamas est "engagé dans une escalade qui vise à pousser Israël vers une offensive terrestre".

Sur le plan humanitaire, l'Egypte a ouvert le point de passage de Rafah pour recevoir les Palestiniens blessés dans l'offensive israélienne. En revanche, Le Caire ne semble plus vouloir endosser le costume de médiateur, comme par le passé, au profit du Hamas, allié des Frères musulmans écrasés par le nouveau pouvoir égyptien.
Ban Ki-Moon: "Je suis inquiet de voir de nombreux Palestiniens périr"

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé à un cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le Hamas, à l'ouverture jeudi d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité.

"Il est plus urgent que jamais de tenter de trouver un terrain d'entente pour un retour au calme et à un accord de cessez-le-feu", a déclaré Ban Ki-Moon en réitérant ses "appels aux deux camps à faire preuve du maximum de retenue".

"Il est clair que la communauté internationale doit intensifier ses efforts pour mettre fin immédiatement à cette escalade et parvenir à un cessez-le-feu durable", a-t-il affirmé.

Les civils à Gaza "sont pris entre l'attitude irresponsable du Hamas et la dure riposte d'Israël", a-t-il souligné. "Israël a des préoccupations légitimes pour sa sécurité mais je suis inquiet aussi de voir de nombreux Palestiniens périr ou être blessés à la suite des opérations israéliennes".

Ban Ki-Moon a évoqué "le risque d'une guerre ouverte" et a estimé que seule la fin des tirs de roquettes du Hamas sur Israël pouvait prévenir une offensive terrestre de l'armée israélienne sur Gaza.

"Un accord de cessez-le-feu plus large devrait s'efforcer de traiter les causes sous-jacentes du conflit", a-t-il ajouté, citant la "précarité chronique de la situation humanitaire" à Gaza.

Il a aussi souligné que "seul un accord de paix (global au Proche-Orient) pourra apporter une sécurité durable aux Israéliens et aux Palestiniens".

Intervenant après M. Ban, le représentant palestinien à l'ONU Ryad Mansour a "appelé le Conseil à agir immédiatement pour protéger les vies des civils". "Le Conseil doit envoyer un message ferme à Israël l'enjoignant de mettre fin immédiatement à ses agressions contre le peuple palestinien et de respecter ses obligations au regard des lois internationales".

A ce propos, il a indiqué que le président palestinien Mahmoud Abbas avait demandé à la Suisse, dépositaire de la 4ème Convention de Genève sur la protection des civils en temps de guerre, de réunir les parties contractantes à cette convention de 1949 afin de leur demander de sanctionner Israël en tant que "puissance occupante" et donc responsable de la sécurité des civils. Leur accession au rang d'Etat non membre à l'ONU à permis aux Palestiniens de signer plusieurs conventions internationales dont les Conventions de Genève.

L'ambassadeur israélien Ron Prosor a ensuite pris la parole pour réaffimer "qu'Israël prend des mesures importantes pour éviter de toucher des civils palestiniens innocents". Il a affirmé que cinq roquettes s'étaient abattues sur Israël depuis le début de la réunion et a fait entendre aux ambassadeurs du Conseil la sirène d'alarme qui retentit à chaque alerte en Israël, enregistrée sur son téléphone portable. Les Israéliens "ont alors 15 secondes seulement pour se mettre à l'abri", a-t-il ajouté.

"Il est temps pour vous de reconnaître le Hamas pour ce qu'il est", c'est-à-dire une organisation terroriste, a-t-il encore déclaré. "La menace du terrorisme est une menace mondiale (..) aucune nation n'est à l'abri".

Des raids meurtriers

Le raid de ce jeudi matin est le plus meurtrier depuis le début de l'opération "Bordure protectrice", mardi. Selon des témoins, le raid a frappé un quartier densément peuplé de Khan Younès, une localité du sud de la bande de Gaza, détruisant au moins deux maisons, et cela alors que les habitants dormaient. Selon le ministère de la Santé palestinien, il y aurait huit morts, dont cinq enfants.

Jeudi matin encore, trois personnes ont été tuées alors qu'elles circulaient dans une voiture civile à Jabaliya, non loin de la frontière avec Israël, selon un porte-parole des services d'urgences.

Ces trois morts portent à au moins 69 le nombre de Gazaouis tués depuis mardi, dont plus de 50 civils.

L'armée israélienne n'a fait aucun commentaire sur ce raid, qui a fait suite au tir d'une trentaine de roquettes palestiniennes en moins d'une heure.

L'Egypte a ouvert le point de passage de Rafah jeudi pour recevoir les Palestiniens blessés, a affirmé un responsable à la frontière. Les hôpitaux dans le nord du Sinaï, frontalier de la bande de Gaza et d'Israël, sont prêts à accueillir des blessés palestiniens, a rapporté l'agence officielle Mena. Depuis la destitution du président égyptien Mohamed Morsi en juillet 2013, Le Caire ferme très régulièrement le passage et ne l'ouvre qu'épisodiquement, notamment pour laisser passer des convois humanitaires.

Israël se prépare

L'opération israélienne va durer, Israël a prévenu. La question, c'est de savoir sous quelle forme. Autour du premier ministre israélien, les pressions sont fortes pour que l'armée lance une offensive terrestre. L'option se rapproche. "Nous accentuons la pression chaque jour", a dit le porte parole de l'armée israélienne le lieutenant-colonel Peter Lerner à l'agence Reuters. "Cela va-t-il conduire à une incursion terrestre? Je ne peux toujours pas confirmer que cela se produira. Je peux confirmer que nous effectuons tous les préparatifs nécessaires afin d'être prêts à cette éventualité", a-t-il poursuivi.

Sur le terrain, des chars se trouvent à la frontière entre le sud du pays et Gaza. 40 000 réservistes ont été mobilisés ces derniers jours. En mer, la marine israélienne multiplie les patrouilles.

Avec agences

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