L'ONU sur le Yémen: "Toutes les parties doivent abandonner leurs pré-conditions"

L'ONU sur le Yémen: "Toutes les parties doivent abandonner leurs pré-conditions"
L'ONU sur le Yémen: "Toutes les parties doivent abandonner leurs pré-conditions" - © STR - AFP

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni cet après-midi à New York, pour faire un point sur la situation au Yémen. Depuis trois ans, le pays est plongé dans une guerre, provoquant selon l’ONU, "la pire crise humanitaire au monde". Lors de cette réunion, l’envoyé spécial des Nations-Unies, Martin Griffiths, fraichement nommé à ce poste, a présenté son premier rapport. Il a promis de fournir, d’ici deux mois, un cadre de négociations. C’est le troisième médiateur en sept ans.

A-t-il une chance de relancer le processus politique ?

Pour trouver un accord politique négocié, Martin Griffiths insiste : "Toutes les parties impliquées dans ce conflit, doivent abandonner leurs pré-conditions". C’est une nouvelle approche pour un émissaire spécial au Yémen, car jusqu’à présent, les rebelles Houthies, qui contrôlent la capitale Sanaa, n’étaient pas invités à un dialogue.

Martin Griffiths a remplacé Jamal Benomar au poste d’envoyé spécial au Yémen pour les Nations Unies en février dernier. Depuis, il a rencontré tous les acteurs de ce conflit. Il semble donc avoir une approche politique plus intégrée que son prédécesseur.

Il faut souligner aussi que la résolution 2216 de l’ONU, en 2015, s’est avérée être un échec. Elle imposait un embargo sur les armes à l'encontre des rebelles Houthies. Le Conseil de sécurité réclamait d’eux qu’ils déposent les armes, sans conditions.

Mais après trois ans de guerre, les Houthies contrôlent toujours Sanaa. Le président Abd Rabb Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale, reste en exil en Arabie saoudite et les conséquences humanitaires de cette guerre sont catastrophiques : plus de 8 millions de yéménites sont en insécurité alimentaire, les enfants sont touchés par une grave épidémie de choléra et de diphtérie.

Quels sont les acteurs de ce conflit ?

Ce conflit a trois dimensions : c’est d’abord une guerre civile qui naît d’un ras-le-bol populaire, dans la foulée du Printemps arabe, contre le président Ali Abdellah Saleh, dictateur sanguinaire, à la tête du pays depuis 33 ans. A l’époque, un accord est négocié pour qu’il cède le pouvoir en échange d’une immunité.

Son successeur, le président Mansour Hadi, a ensuite accepté sous l’égide des Nations Unies, de partager le Yémen en six états fédérés, avec un projet de constitution fédérale. Un découpage rejeté par le mouvement Houthie. C’est ainsi que les rebelles sont entrés en conflit avec les forces pro-gouvernementales.

C’est devenu une guerre régionale, car l’Arabie saoudite soutient les forces pro-gouvernementales yéménites, contre les houthies, qui sont chiites, tandis que l’Iran est suspecté de soutenir les rebelles Houthies.

Et enfin, c’est une guerre contre le terrorisme, puisque les États-Unis luttent contre Al-Qaïda et le groupe terroriste État islamique.

Dans ces différentes guerres, l’Arabie saoudite bénéficie de l’appui technique des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, par intérêt économique.

En 2015, analyse François Frison-Roche, politologue, chercheur au CNRS, "les principaux membres de sécurité du Conseil de sécurité, absorbés par le conflit syrien, n’ont pas voulu se pencher sur la question Yéménite. Ils ont préféré laisser une puissance régionale, l’Arabie saoudite, s’occuper de régler le conflit. Mais ces pays occidentaux qui ont toléré, voire appuyé ce que l’on peut qualifier aujourd’hui de crimes de guerre, portent une responsabilité sur laquelle l’Histoire devra un jour se prononcer."  

Quelles sont les solutions politiques ?

Pour François Frison-Roche, "l’avenir du Yémen est très sombre. Le conflit ne pourra pas cesser à moins qu’il y ait une volonté des deux parties de vouloir y mettre un terme. De plus, le Yémen n’existe quasiment plus en tant qu’État : le sud du pays prépare la sécession avec l’appui des Émirats arabes unis. Le pays n’a plus d’autorité politique, car le Président Hadi ne représente plus rien. Avec qui le Yémen pourra-t-il négocier un accord de paix et ensuite des accords de reconstructions ?".

Armée yéménite combattant dans la ville de Midi, ce 11 avril:

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