Gaza: l'ONU accuse Israël de possibles crimes de guerre

Des soldats israéliens vérifient leurs armes en revenant d'une opération terrestre à Gaza
4 images
Des soldats israéliens vérifient leurs armes en revenant d'une opération terrestre à Gaza - © JACK GUEZ

Les hostilités entre le Hamas et Israël, qui ont fait au moins 639 morts côté palestinien et 34 côté israélien depuis le 8 juillet, ne connaissaient aucun répit mercredi malgré l'appel ferme de Ban Ki-moon à "arrêter de combattre". Navi Pillay, la haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, a appelé à une enquête sur les possibles crimes de guerre commis par Israël à Gaza, et a dénoncé aussi les attaques indiscriminées menées par le Hamas contre des zones civiles. Les violences ont contraint les grandes compagnies aériennes à annuler leurs vols vers Tel Aviv, raison pour laquelle Israël a ouvert un aéroport à l'aviation civile.

Citant des récents exemples de destructions de maisons, et de civils tués dont de nombreux enfants, dans la bande de Gaza, Navi Pillay indique qu'il y a "une forte possibilité que le droit international humanitaire ait été violé, d'une manière qui pourrait constituer des crimes de guerre" et a demandé une enquête sur chacun de ces incidents. Elle a annoncé cela lors d'une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU sur l'offensive israélienne.

Navi Pillay souligne également qu'"une fois de plus, les principes de distinctions et de précaution ne sont pas clairement respectés durant les attaques indiscriminées menées contre des zones civiles par le Hamas et d'autres groupes palestiniens armés".

Un projet de résolution est sur la table des participants à cette réunion d'urgence. Le texte condamne "avec la plus grande fermeté les violations massives et systématiques des droits de l'Homme découlant des opérations militaires israéliennes dans les territoires palestiniens occupés depuis le 13 juin en particulier l'offensive israélienne à Gaza".

Les pays européens et les Etats-Unis n'ont pas soutenu la convocation de la réunion d'urgence du Conseil des droits de l'homme mercredi à Genève.

Parallèlement, le secrétaire d'Etat américain John Kerry est arrivé à Tel-Aviv mercredi pour tenter de mettre fin au conflit et d'arracher un cessez-le-feu. Venu du Caire, il doit rencontrer successivement le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à Jérusalem, le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah (Cisjordanie) et enfin le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au ministère de la Défense à Tel-Aviv.

Il a jugé depuis Jérusalem que "quelques pas" avaient été faits vers un cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le mouvement islamiste Hamas, mais qu'il "reste du travail".

Pause dans les combats dans deux zones pour évacuer les blessés

Le Comité international de la Croix rouge (CICR) a notamment annoncé mercredi qu'une suspension des combats dans deux zones dévastées de la bande de Gaza était en vigueur pour permettre le passage de convois humanitaires.

Ces convois doivent permettre notamment l'évacuation de blessés de Chajaya, banlieue à l'est de la ville de Gaza, et Khouzaa, dans le sud de l'enclave, selon Cécilia Goin, porte-parole du CICR.

Les compagnies aériennes suspendent leurs vol vers Tel Aviv, Israël ouvre un aéroport militaire

L'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a recommandé à l'ensemble des compagnies européennes, au plus tard mercredi, de ne plus desservir jusqu'à nouvel ordre l'aéroport international Ben Gourion de Tel Aviv.

Cette décision fait suite à celle prise par l'Agence fédérale américaine de l'aviation (FAA) d'interdire pour 24 heures aux compagnies américaines de voler vers ou depuis Israël, après qu'un tir de roquette de Gaza a atteint une localité proche de l'aéroport.

C'est la première fois depuis la guerre du Golfe en 1990-1991 que de telles mesures touchent Israël, qui a dès lors décidé d'ouvrir à l'aviation civile l'aéroport militaire d'Ovda, dans le sud du pays.

Ban Ki-Moon appelle au dialogue

Après une visite en Egypte, médiateur traditionnel entre Israël et le mouvement islamiste Hamas, le patron de l'ONU Ban Ki-moon a réclamé à Tel Aviv l'arrêt des hostilités.

"Mon message aux Israéliens et aux Palestiniens est le même: 'Arrêtez de combattre, commencez à parler. Traitez à la racine les causes du conflit' ", a-t-il souligné, en présence de Benjamin Netanyahu.

L'objectif affiché d'Israël est de désarmer le Hamas, qui contrôle l'enclave palestinienne, faire cesser ses tirs de roquettes, détruire ses tunnels et arrêter les "infiltrations" en Israël des combattants de Gaza.

Le Hamas, lui, réclame la levée du blocus israélien de Gaza, en place depuis 2006, la libération de prisonniers et l'ouverture de la frontière avec l'Egypte.

Benjamin Netanyahu est resté sur ses positions, appelant la communauté internationale à considérer le Hamas comme le seul responsable du bain de sang: "La population de Gaza est la victime du régime brutal du Hamas".

Le président Sissi défend le plan égyptien pour un cessez-le-feu

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a défendu la proposition égyptienne de cessez-le-feu. "L'Egypte a sacrifié, pour la cause palestinienne et les Palestiniens, 100 000 martyrs", a-t-il martelé, faisant référence aux victimes des guerres de 1948 et 1973 contre Israël auxquelles l'Egypte a participé avant de signer, en 1979, des accords de paix avec l'Etat hébreu.

Depuis le lancement le 8 juillet d'une offensive israélienne contre la bande de Gaza, plus de 650 Palestiniens ont été tués, en grande majorité des civils dont des dizaines d'enfants, tandis que 34 Israéliens ont péri, dont 32 soldats.

Arithmétique sanglante

Sur le terrain, les frappes israéliennes ne faiblissaient pas. Selon les secours palestiniens, le bilan a atteint au moins 639 morts, un chiffre difficile à vérifier compte-tenu du chaos régnant à Gaza où des corps de personnes décédées les jours précédents continuent d'être retrouvés dans les décombres.

Quelque 3700 personnes ont été blessées et 100 000 déplacés ont trouvé refuge auprès de l'ONU.

Mercredi matin, les forces israéliennes ont abattu un Palestinien de 32 ans dans le village de Hussan en Cisjordanie, ont annoncé à l'AFP des sources de sécurité palestiniennes.

La veille, les bureaux de la chaîne d'information qatarie Al Jazeera, très critiquée en Israël pour sa couverture des événements, a vu ses bureaux touchés par des tirs de sommation à Gaza.

Au 16e jour des opérations, des quartiers entiers de Gaza paraissaient annihilés, en particulier Chajaya où les frappes ont fait au moins 70 morts dimanche.

Dans un discours télévisé au ton inhabituellement dur, le président palestinien Mahmoud Abbas a promis de "poursuivre tous ceux qui commettent des crimes contre notre peuple, quel que soit le temps que cela prendra". Réunie en urgence dans la nuit de mardi à mercredi à Ramallah (Cisjordanie), la direction palestinienne a appelé à des "manifestations populaires générales de solidarité avec Gaza et la Résistance".

A New York, le représentant palestinien à l'ONU, Ryad Mansour, a accusé, dans un discours empreint d'émotion, la communauté internationale d'avoir "failli à son obligation de protéger les civils en temps de guerre".

La Jordanie a proposé au Conseil de sécurité un projet de résolution appelant à "un cessez-le-feu immédiat", selon des diplomates.

L'Union européenne a enjoint Israël à une opération "proportionnée", tout comme le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. Elle a parallèlement appelé au désarmement de "tous les groupes terroristes" à Gaza.

Obsèques militaires en Israël

Côté israélien, depuis le début des hostilités, quelque 1700 impacts de roquettes ont été comptabilisés, et environ 420 autres projectiles ont été détruits en vol.

Des combattants du Hamas, passant par leurs tunnels, ont aussi porté le combat sur le sol d'Israël à plusieurs reprises depuis jeudi.

L'armée israélienne a fait état de 185 "terroristes" tués depuis le 17 juillet mais elle enregistre aussi des pertes significatives dans ce qui était à l'origine une campagne aérienne lancée le 8 juillet mais qui s'est muée jeudi en opération terrestre.

Outre deux civils, 29 soldats israéliens ont été tués et les obsèques rythmaient les informations télévisées.

Plus de 6000 personnes ont assisté mardi au cimetière d'Ashkelon (sud d'Israël) aux funérailles de Jordan Bensemoun, 22 ans, un soldat franco-israélien tué lundi à Gaza.

Au sein du gouvernement, la colombe Tzipi Livni comme le faucon Naftali Bennett ont exprimé leur opposition à tout cessez-le feu.

Les efforts diplomatiques doivent encore se poursuivre dans les prochains jours pour arracher une trêve. Ban Ki-moon doit venir à Jérusalem mercredi, date à laquelle John Kerry est attendu en Israël.

Avec agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK