L. Michel: "Un deuxième Moyen-Orient en Afrique"

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Interrogé par la RTBF, le commissaire européen Louis Michel estime que la communauté internationale doit soutenir le gouvernement somalien afin d'éviter un "clash des civilisations, des cultures ou des religions" dans la Corne de l'Afrique.

Alors que les prises d'otages se multiplient en Somalie, en mer comme sur terre, la communauté internationale se réunit jeudi à Bruxelles pour tenter d'aider l'Etat somalien en déliquescence à rétablir l'ordre dans ce pays en guerre civile depuis près de 20 ans.

Interrogé par Bertrand Henne, Louis Michel, commissaire européen en charge du Développement et le l'Aide humanitaire estime que "cest illusoire de laisser croire aux populations somaliennes quun renforcement des moyens militaires au niveau naval pour contrer la piraterie va régler le problème. Je crois quil faut renforcer les moyens de sécurité et les moyens dintervention contre les pirates, mais on naura réglé que le symptôme, on na pas réglé la cause. La cause on la connaît: cest 17 ans de guerre civile avec un chaos complet, avec une catastrophe humanitaire totale, avec une véritable balkanisation de la représentativité somalienne, avec des camps, avec des chefs de guerre, avec des cours islamiques modérées ou fondamentalistes, avec toutes sortes dintérêts divergents, avec une situation régionale qui reste fragile."

"On est dans la corne de lAfrique et il y a longtemps que je prétends que si la communauté internationale ne prend pas la mesure de ce qui est occupé à sy jouer, on va en fait avoir une sorte de deuxième Moyen-Orient, mais cette fois-ci en Afrique, avec des lignes de fracture qui toutes vont conduire à un clash des civilisations, des cultures ou des religions. Il faut se rendre compte que certains chefs dEtat et de gouvernement dans la région instrumentalisent le fondamentalisme, par exemple."

"La Somalie, cest 17 ans de guerre civile, cest un non-Etat de droit. Pour la première fois on a un gouvernement et un président qui ont un certain nombre datouts. Ce sont des musulmans modérés qui ne veulent pas un Etat théocratique, qui considèrent que la charia cest plutôt un way of life, une façon de vivre. Il faut soutenir à fond ce gouvernement modéré, il faut lui donner les moyens de former des forces de police qui permettront de sécuriser le pays. Il faut dégager de plus en plus de moyens pour donner des perspectives notamment à ces jeunes pêcheurs qui sont sans perspective le long de la côte et qui son devenus des complices complaisants ou involontaires de pirates dont on ne connaît pas toujours de manière claire les commanditaires."

L'erreur de la République tchèque

A la Conférence de l'ONU sur le racisme à Genève, malgré les déclarations très controversées du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad, la Belgique est restée. Louis Michel estime quil ne fallait pas partir: "c'est tout à fait à l'honneur de la Belgique d'être restée. Moi je regrette que certains pays européens, avant même qu'on ne connaisse le texte de la déclaration finale, se soient abstenus de s'y rendre".

La République Tchèque est partie, alors qu'elle présidait l'Union. Selon Louis Michel "c'est une erreur. Je trouve quand même que c'est un peu curieux qu'un pays en charge de la présidence de l'Union européenne marque sa préférence de cette manière-là. Moi j'étais à Durban I, et je crois que tout le monde reconnaît que l'Union européenne, par la voix de la Belgique qui la présidait à ce moment-là, avait sauvé Durban I. Ces discussions sont extrêmement difficiles parce qu'un certain nombre de pays veulent les instrumentaliser pour leur cause. Bon, il y a évidemment le monde arabe qui voulait véritablement montrer du doigt Israël déjà à Durban I. Et je dois dire que le départ de la conférence, sans même discuter, c'est aussi d'une certaine façon une instrumentalisation. Et donc moi je doute de la bonne foi et des motivations de ceux qui ont quitté cette conférence, et je les soupçonne quand même un petit peu de l'avoir fait pour des raisons de positionnement ou de posture politique. Moi je ne crois pas que c'est ça qu'on demande d'une conférence pareille. C'était une conférence essentielle, c'est sur le recul du racisme, de la xénophobie, c'est sur la responsabilité historique de ceux qui ont colonisés des pays, de ceux qui ont pratiqué l'esclavage. C'est la remise à plat, d'une certaine manière, de la conscience universelle une conférence comme cela, et quitter une conférence ainsi, c'est léger. Et je ne l'admets pas, je peux difficilement soutenir ça."

(A.L. avec B. Henne)

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