L'Irlande s'oppose à la fin des poursuites pour les crimes commis pendant les "Troubles", proposée par Londres

Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a exprimé jeudi son opposition au projet du gouvernement britannique de mettre fin aux poursuites pour des crimes commis lors de la sanglante période "the Troubles" en Irlande du Nord. Le gouvernement britannique a promis de légiférer pour empêcher de nouvelles poursuites pour des infractions commises lors des "Troubles", nom donné à trois décennies de violences dans la province britannique entre catholiques partisans de la réunification avec l’Irlande et protestants favorables à la couronne britannique (fin des années soixante jusqu’à la fin des années nonante).


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L’oubli… sauf pour les crimes de guerre

Selon des médias, la mesure s’appliquerait aux soldats britanniques qui sont intervenus pendant ce conflit ainsi qu’aux paramilitaires. Des exceptions permettraient de poursuivre les crimes de guerre – tels que la torture – commis lors de ce conflit qui a coûté la vie à environ 3500 personnes. Mais le chef de la diplomatie irlandaise a exprimé jeudi son désaccord, indiquant sur Twitter que son gouvernement "s’opposerait à toute action unilatérale". Il a ajouté que les victimes et l’Irlande du Nord "doivent être la priorité, la seule priorité !".

Sa réaction intervient deux jours après l’acquittement de deux anciens soldats britanniques du meurtre d’un membre de l’IRA en 1972, un procès dont la tenue avait provoqué la colère des militaires en service et retraités, en pleine période de tensions communautaires ravivées par le Brexit.

300 homicides jusqu’en 2007

Selon l’indice Sutton répertoriant les décès, établi par l’Université d’Ulster, l’armée britannique est responsable d’environ 300 homicides au cours des opérations qui ont officiellement pris fin en 2007. De nombreuses familles de victimes tuées par l’armée pendant les "Troubles" considèrent que les projets du gouvernement britannique s’apparentent à une amnistie d’État pour meurtre. Des proches de personnes tuées par des paramilitaires sont eux consternés par l’idée d’accorder des grâces à des organisations illégales.


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Le Premier ministre Boris Johnson s’était engagé il y a deux ans à mettre fin aux poursuites "vexatoires" envers les soldats britanniques. Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré "qu’il est clair que le système actuel […] ne fonctionne pour personne". Il a expliqué que le gouvernement voulait "traiter le passé d’une manière qui aide la société en Irlande du Nord à regarder en avant plutôt qu’en arrière".

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