L’Iran va-t-il saisir la main tendue pour sortir de la crise avec les Etats-Unis ?

Le nouveau président américain Joe Biden avait promis une nouvelle approche des relations avec l’Iran, après les fortes tensions apparues sous la direction de Donald Trump. Les États-Unis se disent prêts désormais à des pourparlers avec l’Iran, dans le but de revenir aux paramètres de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015.

Téhéran n’a pas immédiatement saisi la main tendue, répétant qu’il exigeait d’abord la levée de toutes les sanctions imposées par l’ancienne administration américaine. Washington a pourtant posé trois gestes concrets envers Téhéran.

1. La liberté de circulation pour les diplomates iraniens

Le département d’Etat (ministère américain des Affaires étrangères) a mis fin à une mesure vexatoire prise par l’administration Trump envers les diplomates iraniens accrédités auprès des Nations Unies à New York : une stricte restriction de déplacements leur imposait notamment de se cantonner à quelques rues autour du siège de l’ONU.

L’Iran va ainsi revenir à une situation antérieure, imposée aussi à Cuba et à la Corée du Nord. Les représentants des pays ennemis des États-Unis peuvent se déplacer librement à New York, siège des Nations Unies, et dans ses environs proches. "L’idée est de prendre des mesures pour supprimer les obstacles inutiles à la diplomatie multilatérale en modifiant les restrictions sur les voyages intérieurs, qui ont été extrêmement restrictives", a expliqué le département d’Etat américain.

2. La levée de sanctions unilatérales

L’administration de Joe Biden a aussi annulé une proclamation unilatérale en septembre de Donald Trump sur un retour de sanctions internationales contre l’Iran. Une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU signale que pour la nouvelle administration américaine, ces sanctions levées suite à l’accord de 2015 sur le nucléaire restent levées.

Après le retrait des Etats-Unis de l’accord, cette proclamation unilatérale avait été jugée sans effet par l’ensemble des autres membres du Conseil de sécurité qui compte 15 pays (y compris la Belgique, à l’époque). "Lorsque nous sommes à 1 contre 14, il nous est très difficile de travailler efficacement au Conseil de sécurité", a reconnu un responsable américain.

3. Une invitation à des discussions

Après une réunion virtuelle des chefs de la diplomatie française, britannique, allemande et américaine, Washington a annoncé accepter une invitation de l’Union européenne à des pourparlers avec Téhéran pour réactiver l’accord de 2015 mis à mal par Donald Trump.

Ces discussions réuniraient les pays ayant signé l’accord en 2015 (Iran, Etats-Unis, Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie) et permettraient d'"évoquer la meilleure façon d’avancer concernant le programme nucléaire" iranien, selon le département d’Etat. Il s’agit de "s’asseoir à une table avec l’Iran et ouvrir une voie pour essayer de revenir à une situation où les Etats-Unis et l’Iran seront à nouveau en conformité" avec l’accord nucléaire, a expliqué le responsable américain.

Le jeu du "toi d’abord"

Dans un premier temps, Téhéran n’a pas emboîté le pas à la proposition. Le ministre iranien des Affaires étrangères a répondu que l’Iran annulera à son tour toutes les mesures coercitives seulement si "les États-Unis lèvent de manière inconditionnelle et effective toutes les sanctions imposées, réimposées ou rebaptisées par Trump".

Depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison blanche, les deux pays semblent attendre que l’autre fasse le premier pas pour mettre fin à l’escalade des dernières années : la République islamique exige la levée de toutes les sanctions prises depuis 2018 et les Etats-Unis réclament le respect des dispositions de l’accord. Ce jeu du "toi d’abord" semble se poursuivre.

L’enrichissement d’uranium se poursuit

Téhéran a encore menacé ces derniers jours de s’affranchir de nouveaux engagements pris en vertu de l’accord de 2015, sauf si les Etats-Unis levaient leurs sanctions qui étranglent l’économie iranienne. Le communiqué américano-européen souligne une "préoccupation commune" face à la récente décision iranienne de produire de l’uranium enrichi à 20% et de l’uranium métallique, qui constitue une "étape clé dans le développement d’une arme nucléaire".


►►► À lire aussi : Comment le président Joe Biden liquide l’héritage de Donald Trump au Moyen-Orient


L’Iran prévoit de restreindre à partir de dimanche l’accès des inspecteurs de l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à des installations non nucléaires, y compris des sites militaires suspectés d’avoir une activité nucléaire. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, est attendu samedi en Iran pour "trouver une solution mutuellement acceptable".

La ministre belge des Affaires étrangères Sophie Wilmès s’est dit "inquiète des annonces récentes de l’Iran. Cette spirale négative doit s’arrêter", dit-elle dans un tweet, en souhaitant un retour à l’application de l’accord.

Ne pas gâcher une fenêtre d’opportunité

L’Europe et les Etats-Unis ont appelé Téhéran à évaluer "les conséquences d’une mesure aussi grave, en particulier dans ce moment d’opportunité pour un retour à la diplomatie". Le risque serait de gâcher la fenêtre qui s’ouvre pour un apaisement des tensions : "pour la première fois depuis plus de deux ans, on a un consensus politique de toutes les parties initiales sur l’objectif politique commun", explique une source diplomatique française.

Pour un responsable américain, un éventuel refus de l’Iran à des pourparlers à sept serait "malheureux et en contradiction" avec la position de Téhéran d’affirmer être prêt à revenir dans l’accord nucléaire si les Etats-Unis y reviennent.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK