L'Iran dissimule-t-il l'ampleur réelle de l'épidémie de coronavirus dans le pays ?

L'Iran dissimule-t-il l'ampleur réelle de l'épidémie dans le pays ?
L'Iran dissimule-t-il l'ampleur réelle de l'épidémie dans le pays ? - © STR - AFP

La polémique enfle ces dernières heures alors que la République islamique est aujourd’hui l’un des pays les plus touchés de la planète par la pandémie de coronavirus. Officiellement 1685 personnes seraient décédées et 21.638 autres seraient infectées.

Mais d’autres chiffres circulent de plus en plus. Selon le conseil national de la résistance iranienne, une organisation d’opposition en exil, ce sont près de 9000 personnes qui seraient décédées depuis le début de l’épidémie.

Réaction tardive

Des chiffres affolants, mais impossibles à vérifier. Ce qui est par contre plus vraisemblable, c’est que les autorités iraniennes aient mis du temps à réagir, estime Thierry Coville, chercheur à l’Institut des relations internationales : "Les autorités iraniennes ont sans doute tardé à prendre conscience de la gravité de la situation. Depuis quelques jours, il y a une augmentation rapide du nombre de cas. Il y a une polémique autour du nombre de cas réels mais il y a plus de transparence. Restons prudents tant qu’on n’en sait pas plus."

Mais pour Thierry Coville, "il est difficile pour les autorités iraniennes de cacher la réalité dans une crise très grave. Même le président Rohani qui au début semblait sous-estimer la crise est plus réaliste vis-à-vis de la crise".

Les sanctions américaines en cause

Les raisons de l’ampleur exceptionnelle de l’épidémie en Iran sont cependant connues. Ce sont les relations commerciales denses avec la Chine, les mises en quarantaine tardives de villes saintes importantes comme Qom, mais surtout pour Thierry Coville, ce sont les sanctions économiques américaines qui ont une grande responsabilité dans la dégradation du système de santé iranien : "Qu’est-ce qu’on dirait en France ou en Belgique si des sanctions privaient le gouvernement de 40% de ses recettes ? Le système de santé ne serait-il pas affecté ? L’Iran ne peut pas importer un certain nombre de médicaments et de matériel médical car les banques refusent les transactions avec l’Iran."

"Quand le gouvernement iranien voit les Américains qui proposent leur aide alors qu’ils sont responsables de cette crise économique en Iran, il répond assez rationnellement : 'Levez les sanctions et nous pourrons importer nous-mêmes les équipements et ce dont on a besoin pour lutter contre le coronavirus. La Chine a demandé la levée des sanctions. On peut se poser la question : l’Europe ne doit-elle pas être plus active sur ce dossier ?"

L’Iran se méfie

Téhéran vient d’ailleurs de refuser l’aide proposée par les autorités américaines disant soupçonner les "charlatans" au pouvoir à Washington d’être "capables" de vouloir renforcer l’épidémie en Iran.

Les propositions américaines "de nous aider avec des médicaments et des traitements, à condition qu’on (le leur) demande (sont) étranges", a argué le guide suprême l’ayatollah Khamenei, notant que les Etats-Unis souffraient, "de l’aveu même des responsables américains", d'"une horrible pénurie dans le domaine du matériel de prévention contre la maladie mais aussi des médicaments".

"Vous, les Américains, êtes accusés d’avoir produit ce virus. Je ne sais pas à quel point cette accusation est vraie, mais quand une telle accusation existe, pourquoi les gens raisonnables devraient-ils vous faire confiance ?" a lancé Ali Khamenei. "Vous êtes capables d’introduire dans notre pays un médicament qui maintiendra le virus et empêchera son éradication".


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