L'Iran a-t-il abattu par erreur le vol PS752 d'Ukraine International ? Une vidéo authentifiée sème le doute

Ce sont nos confrères du New York Yimes qui l'affirment, l'avion d'Ukraine International qui s'est écrasé ce mercredi peu après son décollage de l'aéroport International Khomeini de Téhéran aurait été frappé en vol par un objet lumineux, sans doute un missile, corroborant ainsi les déclarations du Premier ministre canadien Justin Trudeau

Une hypothèse qui s'appuie sur une vidéo postée sur le réseau discret Telegram et analysée par plusieurs médias dont le New York Times ainsi que le site d'enquête Bellingcat, permettant de considérer cette vidéo authentique et donc l'hypothèse crédible.

De son côté Rick Ellison, expert de la défense et fondateur de la Missile Defense Advocacy Alliance, interrogé par l'agences Reuters, reconnaît que ce modèle de Boeing aurait pu avoir été confondu avec un appareil de transport militaire américain, les deux possédant une signature radar fort similaire. Il se pourrait dès lors que les Iraniens, en état d'alerte, aient fait une erreur d'appréciation en identifiant l'appareil comme un avion ennemi.

La video originale postée sur Telegram.

L'analyse très en détail des enquêteurs de Bellingcat

Connu pour avoir révélé la responsabilité de la Russie dans le crash du vol Malaysia Airlines MH17, l'empoisonnement des Skripal et la guerre civile yéménité, le site d'investigation Bellingcat s'est donc intéressé aux derniers instants de l'avion de ligne Ukrainien.

Après avoir géolocalisé la vidéo à Parand, dans la banlieue ouest de l'aéroport international Imam Khomeini d'où le vol PS752 a décollé, Bellingcat a analysé l'orientation de la caméra (nord-est) et vérifié via diverses techniques d'analyse d'images satellite les éléments urbanistiques (bâtiments, luminaires, etc.).

Le décalage entre l'explosion et le bruit de celle-ci a également été étudié (à l'aide notamment du bon vieux théorème de Pythagore) afin de vérifier qu'il réponde aux lois de la physique. Le son et la lumière ne voyagent pas à la même vitesse, 1.224km par heure contre 300.000 km par seconde, ce qui explique ce décalage. En outre, cela a permis de recouper ces informations de localisation avec la trajectoire indiquée par le site spécialisé FlightRadar24.


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Pourquoi filmer des lumières dans le ciel ? 

Reste la question du comment et pourquoi une personne s'est-elle retrouvée à filmer des lumières dans le ciel, qui plus est celle(s)-là, quelques instants avec l'impact. Si l'on ajoute à cela le temps généralement nécessaire pour "démarrer" son smartphone, cela pourrait laisser perplexe. 

Concernant cet aspect des questionnements, Bellingcat semble suivre l'analyse du New York Times selon laquelle il y aurait eu deux fortes déflagrations, et donc deux lancements de missiles potentiels. La personne aurait donc commencé à filmer après la première déflagration. Techniquement donc, la vidéo est authentique et les divers éléments qu'elle fournit concordent. Si cela n'est pas une preuve absolue en soi, il n'en reste pas moins que cet élément aura son importance afin de faire toute la lumière sur cet "accident" qui a endeuillé 2020, de l'Iran à L'ukraine, en passant par le Canada et l'Allemagne.   

L'une des analyses de Bellingcat montrant la position de la personne ayant filmé ainsi que la trajectoire de l'avion.

Si missile il y a eu, était-ce volontaire ou était-ce une erreur ?

Si missile il y a eu, reste la question de l'intentionnalité. S'agit-il d'un acte volontaire ou d'une erreur ? Pour tenter d'y répondre, revenons sur le fonctionnement du système de défense anti-aérienne que possède l'Iran. Un système composé de différents équipements destinés à repérer et intercepter toute intrusion dans l'espace aérien. Parmi ceux-ci, des missiles montés sur des véhicules à chenilles, ce sont les TOR-M1. Appelés également SA-15 Gauntlet, ces engins de 167 kilos de fabrication russe ont la spécificité de pouvoir rapidement être déployés afin de protéger certaines cibles potentielles en cas de menace ennemie. Ayant une portée d'environ 15 kilomètres, quatre personnes sont nécessaires afin de le faire fonctionner.  

Afin de maximiser leur efficacité, les SA-15 se basent sur des systèmes radars mais également sur une technologie infrarouge. Cette dernière se base sur la détection des sources de chaleur dans le ciel. Si l'on considère également que le lancement des des missiles peut être effectué soit de manière manuelle par un soldat donc, soit de manière automatique par un ordinateur. En situation d'alerte, il est donc plausible qu'une unité de défense anti-aérienne des Gardiens de la révolution iranienne n'ai pas fonctionné correctement, confondant avion civil et avion militaire.

Et si missile il y a eu, pourquoi l'avion n'a-t-il pas explosé?

Si un missile a frappé le vol PS752 comme le laisserait croire ce qui précède pourquoi celui-ci n'a-t-il pas explosé ? Une des explications est le fait que ce type de missile est programmé pour exploser à proximité de sa cible, avant donc de la percuter physiquement. Au moment de la détonation, l'ogive du missile projette environ 15 kilos de projectiles en métal déchiqueté censés impacter au maximum la cible.

Pourquoi l'avion n'a-t-il dès lors pas explosé ? À cause de l'absence de pressurisation. C'est en effet elle qui provoque l'explosion, et à cette altitude ce n'était pas encore le cas. Ce détail est important du point de vue de l’enquête, car si effectivement un TOR-M1 est à l'origine du drame, la carlingue de l'avion d'Ukraine International montrera de multiples traces d'impacts comme ce fut le cas... pour le vol MH15 de Malaysian abattu en 2014 au dessus de l'Ukraine.   

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