L'Irak envahi par des groupes armés, que se passe-t-il exactement?

L'Irak envahi par des extrémistes, que se passe-t-il exactement?
L'Irak envahi par des extrémistes, que se passe-t-il exactement? - © ERIC LALMAND - BELGA

Les combattants jihadistes continuent d'avancer sur Bagdad après s'être emparés de larges territoires du nord-ouest. Craignant un assaut contre Kirkouk, les forces kurdes ont pris le contrôle total de cette ville pétrolière multiethnique. De son côté, le Parlement irakien n'a pas réussi à proclamer l'état d'urgence à travers le pays faute d'atteindre le quorum. Comment en est-on arrivé là ? Que se passe-t-il exactement ? L'analyse de Christian Olsson, chargé de cours en sciences politiques à l'ULB.

Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, les troupes irakiennes formées par les Etats-Unis n'ont jamais réussi à devenir une véritable force armée et à faire cesser les attentats qui ensanglantent le pays depuis un an et demi. Mais si on ne s'étonnait plus d'entendre parler de ces attaques meurtrières, l'invasion des rebelles jihadistes sunnites de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) en a surpris plus d'un. Et pourtant, les signaux se sont accumulés, selon Christian Olsson.

A l'origine de l'EIIL, on retrouve "Al-Quaïda en Irak et avant lui al-Tawhid. C'était le groupe d’Abou Moussab al-Zarqaoui, tué par les américains en 2006", un leader connu pour sa cruauté et ses attaques contre la population chiite

Après le retrait des Américains, fin 2011, le groupe a été complètement marginalisé aux profits des autres groupes, explique le professeur de l'ULB, "il y a eu un deal entre les Américains et les autres groupes". Mais ce soutien a cessé avec le départ d'Irak des GI's, et a permis un "retour en grâce de ces personnes".

Parallèlement, il y a eu la guerre en Syrie. Pour la première fois, l'Etat islamique en Irak et au Levant a réussi à contrôler un territoire (avec la ville de Raqqa) avec l'idée de "pouvoir l'étendre et de créer un Etat islamique". "Cela n'était jamais arrivé auparavant", affirme-t-il. 

L'appui de tribus anti-gouvernementales

Christian Olsson tient par ailleurs à préciser que "lorsque l'on dit que l'EIIL a pris le contrôle en Irak, il y a peu de chance de dire que ces militants contrôlent l'essentiel des quartiers, des rues et des villes. Cela veut juste dire qu'ils y ont des combattants et qu'ils ont réussi à passer des accords avec les tribus locales".

"Il est impossible en Irak de contrôler un territoire sans l'approbation des élites locales et principalement tribales", précise-t-il.

En d'autres termes, l'EIIL jouit d'un certain soutien parmi la minorité sunnite qui s'estime marginalisée par le pouvoir chiite et qui ne supporte plus la présence des forces de sécurité irakiennes (chiites) en territoire sunnite.

Mais "on sait que les chefs de tribus changent d'allégeance en fonction de leurs intérêts", ajoute-t-il, "ces alliances sont très fragiles et donc cela peut évoluer".

D'un autre côté, "le gouvernement irakien a tout intérêt à exagérer la situation pour recevoir un soutien des Américains, pour qu'ils combattent l'insurrection".

Quelle solution ?

"Sur le plan politique, le plus intéressant serait de faire évoluer le gouvernement irakien dans une position où il accepterait d'armer lui-même des groupes locaux pour combattre les extrémistes. Mais en contrepartie, il devrait accepter de leur donner le pouvoir de gérer eux-mêmes leur propre territoire", analyse Christian Olsson qui estime que "cela pourrait débloquer la situation momentanément".

 

C. Biourge

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