C'est la 4e fois que la république de Catalogne est proclamée... mais elle n'a jamais duré longtemps

La "República Catalana" a été proclamée en cinq occasions en Catalogne: en 1641, en 1873, et la fois la plus marquante, en 1931, par Lluís Companys, avant qu'elle le soit en 2017 par Carles Puigdemont.

Mais celle-ci n'a jamais réussi à s'implanter durablement, au contraire de la "Generalitat", qui a perduré de 1359 à 1714, de 1936 à 1939, et enfin de 1977 à nous jours accordant un statut d'autonomie... que les Catalans ont toujours voulu le plus large possible.

C'est pourtant une réflexion qu'on a souvent entendue ces derniers temps ou lu sur les réseaux sociaux : l'indépendantisme catalan ne serait finalement qu'un "caprice de riche", à l'instar des volontés de sécession de la Ligue du Nord en Italie, qui refuse de continuer à payer pour les régions plus pauvres du pays. 

Les deux mouvements sont cependant bien différents : non seulement le mouvement catalan a une longue histoire (comme on peut le voir sur la ligne du temps ci-dessus), mais surtout la Catalogne a longtemps revendiqué une autonomie... dans un contexte fédéral espagnol.

Un "trop d'état" qui les brimerait, mais aussi un état espagnol trop faible

Et selon Stéphane Michonneau, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lille, qui signait une tribune à ce sujet la semaine dernière dans "Libération", c'est uniquement suite à l'incapacité de l'actuel pouvoir espagnol à organiser ce fonctionnement moderne de l'état que les Catalans se seraient tournés, quasiment par défaut, vers la solution de l'indépendance...

"Si l'identité catalane s'est formée au fil des siècles, ce n'est qu'au 19ème que se développe vraiment le "catalanisme", un mouvement qui veut proclamer la Catalogne comme nation souveraine, et qui balaie un large spectre politique, de la droite à l'extrême-gauche", explique Stéphane Michonneau, professeur à l'université de Lille, spécialiste de l'histoire espagnole et de la Catalogne au sujet de laquelle il a rédigé une thèse... en catalan.

La Catalogne vit alors une prospérité économique qui va aussi amener un renouveau culturel : "Les Catalans se passionnent à nouveau pour leur riche histoire, pour leur langue, leur singularité, sans s'opposer à l'Espagne elle-même, mais plutôt à un état jugé trop centralisateur".

Ce serait le paradoxe du mouvement catalan, selon Stéphane Michonneau : "Ils se plaignent à la fois d'un "trop d'état" qui les brimerait, mais aussi d'un état espagnol trop faible : la Catalogne s'est longtemps pensée comme une locomotive culturelle et économique. Ce n'est pas qu'ils ne voient pas comme Espagnols, mais au contraire comme les Espagnols qui ont su conserver une vraie liberté, en ne cédant pas à l'état centralisateur"'.

Les nationalistes se nourrissent de la victimisation 

La répression policière pour empêcher le référendum est venue gonfler un "roman nationaliste catalan" qui se nourrit sur la victimisation, avec deux épisodes majeurs: la capitulation de Barcelone en 1711 lors de la guerre de succession d'Espagne, dont la date est devenue celle de la fête nationale catalane, et à l'issue de laquelle la Catalogne perd toute autonomie, et la victoire de Franco en 1939 qui interdira la catalan en tant que langue. "Les Catalanistes ont gagné la guerre de l'image lors du référendum: Rajoy est tombé dans le piège de Puidgemont qui utilise l'indépendantisme pour se donner une légitimité". Et ce alors qu'une majorité de Catalans ne demandaient jusque là qu'une autonomie renforcée...

 

 

 

 

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