L’homme qui a enquêté sur des proches de Donald Trump a appris sa "démission" par communiqué

C’est une affaire qui fait couleur beaucoup d’encre outre-Atlantique. Geoffrey Berman, procureur fédéral pour l’important district sud de New York, dont les équipes ont enquêté sur des proches du président américain, va-t-il démissionner ?

Oui, c’est sa volonté, selon le procureur général William Barr, qui l’a fait savoir officiellement vendredi par communiqué de presse en indiquant : "Je remercie Geoffrey Berman, qui démissionne après deux ans et demi de service".

Je n’ai pas démissionné

Une version directement démentie par Geoffrey Berman lui-même qui affirme avoir appris sa "démission" en lisant ce communiqué de presse. "Je n’ai pas démissionné et n’ai aucune intention de démissionner explique-t-il dans un autre communiqué. Je démissionnerai uniquement lorsqu’un candidat nommé par le président sera confirmé par le Sénat. D’ici là, nos enquêtes avanceront sans délai ni interruption", a-t-il déclaré, plutôt amer. On doit comprendre que l’homme, clairement poussé vers la sortie, n’a pas trop le choix. Mais il compte bien mener son travail jusqu’au bout.

4 images
Capture d’écran du communiqué de Geoffrey S. Berman, le 19 juin 2020, en réaction à celui du procureur général William Barr. © https://www.justice.gov/

Des enquêtes sur des "très proches" de Donald Trump

Geoffrey Berman, procureur depuis 2018, a notamment supervisé la mise en accusation de Michael Cohen, l’ex-avocat de Donald Trump condamné à trois ans de prison en décembre 2018. La condamnation porte sur le fait d’avoir menti au Congrès, fraudé le fisc et acheté le silence de deux anciennes maîtresses présumées de Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016, en violation des lois électorales.

L’actuel avocat du président aussi dans la mire de Geoffrey Berman

Geoffrey Berman a également conduit l’enquête dans le cadre des accusations portées contre Rudolph Giuliani, l’actuel avocat personnel du président, et deux de ses associés. Rudolph Giuliani, juriste et ancien maire de New York, apparaît comme un personnage clé dans la tentative de Donald Trump d’obtenir des informations de la part de l’Ukraine sur Joe Biden, son rival démocrate à l’élection présidentielle de novembre prochain.

4 images
Rudolph Giuliani et Donald Trump, ensemble sur scène lors de la campagne électorale de 2016. Wilmington, Caroline du Nord, le 9 août 2016. © SARA D. DAVIS – 2016 Getty Images

Remplacé par le patron du gendarme boursier américain

Dans son communiqué de presse, le procureur général annonce déjà le nom du remplaçant de Geoffrey Berman. Il s’agit de Jay Clayton, l’actuel patron de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain.

4 images
Jay Clayton, patron de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, au Capitol, à Washington, le 24 septembre 2019. © WIN MCNAMEE

Certains démocrates se posent des questions

Le chef de la minorité démocrate du Sénat, Chuck Schumer, a manifesté son inquiétude, estimant dans un communiqué que "cette démission annoncée tard vendredi soir sent la corruption potentielle de la procédure légale".

"Qu’est-ce qui met le président Trump en colère ? Une action antérieure de ce procureur ou une action en cours ?", s’est-il interrogé.

Des cas précédents assez similaires ?

L’administration Trump a limogé plusieurs responsables chargés de superviser l’action gouvernementale. L’inspecteur général de la diplomatie américaine, Steve Linick, limogé mi-mai par Donald Trump, a expliqué que le département d’Etat savait qu’il enquêtait à ce moment-là sur deux dossiers potentiellement gênants pour le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, un proche du président.

Le prédécesseur de Geoffrey Berman, Preet Bharara, avait, lui, été limogé après avoir refusé de démissionner comme le lui demandait le président. Ce vendredi, sur les réseaux sociaux, il s’est demandé "pourquoi un président se débarrasse-t-il du procureur qu’il a lui-même choisi dans le district Sud de New York un vendredi soir, à moins de cinq mois de l’élection" présidentielle.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK