L'Histoire continue : Britney Spears, chute et retour en grâce d'une icône

Souvent rangée au rayon des futilités, Britney Spears vient de faire un retour fracassant sur la scène médiatique, en réclamant que cesse la tutelle légale qu’exerçait sur elle son père, depuis près de 15 ans. Son histoire raconte vingt ans de pop culture : princesse hypersexualisée de la pop des années 90, chute d’une icône, à force d’être mitraillée et (peut-être ?) résurrection, alors que le regard du show-business sur les femmes est en train de se déconstruire.

16 février 2007. Il fait déjà noir. La journée se termine dans le salon de coiffure d'Esther Tognozzi, installé au fond d’une allée bétonnée, au rez-de-chaussée d’un petit bâtiment, un peu en retrait de Ventura Boulevard, à l’ouest de Los Angeles.

La journée se termine, son t-shirt vert pâle est un peu fatigué, ses cheveux noirs tombent sur ses épaules. Balai à la main, le salon va fermer. Il est l’heure. Quand tout à coup, il y a des flashs de lumière dehors. Un bruit de cohue.

Dehors, la foule des paparazzis s'agglutine autour d’un pull à capuche gris foncé, tout juste sorti d’un gros SUV. Au bout d’un bras du pull, une main agrippe mollement une canette de Redbull qui tangue à côté d’un pantalon noir. Les gardes du corps tentent de faire la place 

Mais les paparazzis veulent savoir. “Britney, vous vous êtes échappée de la désintox ? Vous ne pouvez pas juste dire oui ou non ?”
Voilà ce que Esther Tognozzi voit arriver. Alors elle ouvre la porte, laisse échapper un “Oh mon dieu”, et comprend. Sous le pull informe, sous la capuche grise, il y a Britney Spears.

La jeune chanteuse s’assied sur une des chaises noires qui font face au grand miroir.

Parmi les gardes du corps qui devaient protéger la jeune femme, certains -complices- ont ouvert les rideaux. 

Après cela, (dans les séquences qu’on trouve sur internet, images saccadées où tout est gris et flashs de lumières) on ne voit plus très bien ce qu’il se passe. Mais on entend la voix des paparazzis qui  rigolent et se demandent si les cheveux sont par terre.

16 février 2007, le jour où Britney a basculé

Esther Tognozzi racontera plus tard qu’en s’asseyant, Britney Spears a demandé qu’elle lui coupe les cheveux. Le temps qu’elle refuse. La chanteuse avait changé de pièce, attrapé un rasoir électrique  et commencé à se raser la tête. La coiffeuse a aussi raconté des années plus tard, que parmi les gardes du corps qui devaient protéger la jeune femme, certains -complices- ont ouvert les rideaux. 

A la sortie du salon. La foule se presse, pose des questions. “Go fuck yourself” , répond Britney Spears. Elle prend elle-même le volant du SUV, démarre et s’arrête un peu plus loin dans un salon de tatouage. Le lendemain, les photos de la scène sont partout

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© AFP PHOTO/ MANDATORY CREDIT – COURTESY OF KABC TELEVISION

Ce 16 février 2007, c’est un peu le pivot de l’histoire d’une petite fille du sud des Etats-unis, jetée dans le tumulte de l'industrie musicale. Et qui va payer de ses cheveux, de son corps et de son âme son succès phénoménal, autant que ses velléités d’indépendance.

Tout commence des années plus tôt, à Kentwood, petit village de Louisiane. Une petite fille - et peut-être surtout sa maman - rêvent en grand. Entre les problèmes d’alcool du père, Jamie, et les ambitions de la mère, Lynne. Britney se jette à corps perdu dans la carrière d'artiste.

Elle est une petite fille appliquée qui veut tout bien faire quand un adulte le lui demande

Télécrochet, Mickey Mouse Club. Avec d’autres enfants : Justin Timberlake, Christina Aguilera, Ryan Gosling…Elle est une petite fille appliquée qui veut tout bien faire quand un adulte le lui demande, dira plus tard le directeur la Mickey Mouse school où les enfants-star sont scolarisés.

... Baby One More Time : moment initiatique de la pop culture

Après quelques années, le Mickey Mouse Club n’est pas reconduit. Britney Spears et sa mère tentent de s’entourer : un avocat, un producteur. Ensemble, ils vont frapper à la porte de trois labels différents. Un seul est intéressé : Jive, qui produit principalement du rap et R&B. Mais (quand même) cette petite américaine pur jus a quelque chose. Alors l’adolescente est installée dans un appartement à New York, et tout le monde s'attèle à développer un “son” Britney. On lui apprend à monter dans les aigus, pour un son plus girly.

Et on lui trouve un tube : … Baby One More Time, accompagné d’un clip.

Sébastien Ministru est écrivain, journaliste, rédacteur en chef adjoint de Moustique. Son œil observe finement la pop culture. “Ce clip, c’est vraiment la naissance de l’image de Britney Spears. C’est vraiment un moment initiatique au niveau des médias et de l’industrie, parce que ce clip montre une très jeune fille dans les couloirs du lycée, habillée en collégienne , avec sa petite jupe plissée . A partir de là va s’enclencher la construction d’un personnage complètement hypersexualisé. Je pense que Britney Spears elle-même, ça lui échappe déjà.” 

Elle arrive à un moment très particulier des années 90, produit de son époque. “Elle arrive à un moment où, dans les médias , dans la production d’images, il y a ce qu’on appelle une hypersexualisation des corps des jeunes filles avec par exemple des concours de mini-miss, ou le modèle d'identification des petites filles aux supermodels, Kate Moss, Cindy Crawford, Claudia Schiffer qui ont un impact incroyable. ce qu’on a appelé dans la mode et dans la production d’images, le porno chic, c'est-à-dire une façon de mettre en scène une élégance qui ne dit pas tout à fait ses sous-entendus pornographiques”.

Pour lancer son premier album, Britney Spears va faire quelque chose d’étonnant. Sa musique est faite pour danser, mais elle n’écume ni les boîtes de nuit ni les concerts de soirée : elle se lance dans une tournée des centres commerciaux, le “Hair Zone Mall Tour”, sponsorisé par L’Oréal. Au fil des mois, les cris de ceux qui commencent à la suivre recouvrent la musique qui crache comme une sono de supermarché. Britney s’est trouvée une communauté. Elle est allée chercher les ados qui lui ressemblent dans les allées des centres commerciaux.

La fille qui appartenait à tout le monde

En quelque mois, Britney est une superstar. Ce statut d’adolescente hypersexualisée mène à des interviews surréalistes. Elle a 17 ans et à la télé, on lui demande si sa poitrine est refaite. En conférence de presse, une journaliste pose frontalement, publiquement : “Y’a-t-il du nouveau du côté de sa virginité ?”

Tout le monde rigole, sauf elle. Dès le départ, d’une certaine manière, Britney appartient à tout le monde. Alors quand elle commence à dérailler, à sortir des rails qui semblaient tout tracés. Toute la presse en parle. Les soirées, le mariage, les enfants. Les moindres faits et gestes de la star sont scrutés, analysés, interprétés.

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2016 MTV Video Music Awards – SHOW © AFP or licensors

Les paparazzis sont partout. Et ils seront donc là, le 16 février 2007, agglutinés devant la porte d’Esther Tognozzi, coiffeuse à Los Angeles pour assister à la chute d’une icône. “Ce moment où elle se rase les cheveux avec les paparazzis autour, où elle apparaît le crâne rasé, c’est un vrai moment de bascule qui a été commenté comme une espèce d’anecdote par la presse, une anecdote qui n’aurait pas de sens. Or, pour moi, elle a beaucoup de sens. En se coupant les cheveux, elle fait quelque chose qui est presque - dans la mystique de show business américain - blasphématoire. S’attaquer à ses cheveux, dans cette culture populaire de l’Amérique blanche où la blondeur et les cheveux de la jeune fille représentent une espèce de fétiche, une espèce de Graal. Quelque part, elle saccage le personnage, elle saccage l’image qu’on a construit pour elle.

Et c'est à partir de ce moment-là qu'elle va être internée en psychiatrie, et puis surtout, qu'elle va se retrouver sous la tutelle légale de son père, dont elle dit aujourd'hui que c'était une prison. Jamie Spears vient d'annoncer qu'il renonçait à cette tutelle.

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