L'heure du "grand oral" pour les futurs commissaires européens

Qui, des vingt-six commissaires européens proposés par Ursula von de Leyen, entrera en fonction le 1er novembre prochain?
Qui, des vingt-six commissaires européens proposés par Ursula von de Leyen, entrera en fonction le 1er novembre prochain? - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Vingt-six nouveaux commissaires européens entreront en fonction le 1er novembre prochain, sous la présidence de l’Allemande Ursula von der Leyen.

La nouvelle Commission comprendra donc un membre par Etat européen à l’exception du Royaume-Uni (sauf surprise). Mais qui seront-ils ? La liste des futurs commissaires est connue mais encore à confirmer : l’équipe doit être approuvée par le Parlement européen, lors d’un vote le 23 octobre prochain.

Chaque candidat commissaire doit passer une audition de trois heures, face aux eurodéputés. Il sera interrogé sur ses fonctions passées, ses intérêts financiers, ses priorités politiques. Des séances de "grand oral" qui commenceront ce lundi pour s’achever mardi prochain. Ces auditions peuvent être suivies sur le site internet du Parlement Européen.

Au terme de ces face-à-faces, les députés européens décideront donc de recaler ou d’approuver la nouvelle Commission européenne. En cas d’aval, le grand travail de cette législature européenne pourra commencer.

Voilà pour la procédure.

Exposée comme cela, elle ressemble à une formalité mais ce n’est pas le cas. Elle pourrait révéler des surprises. Certains profils seront contestés voire peut-être refusés et les débats pourraient révéler les rapports de forces entre partis ou régions, les tensions qui marqueront les cinq prochaines années.

En voici un avant-goût.

Hongrie, Roumanie: qui à la tribune? 

La roumaine Rovana Plumb, social-démocrate, et le hongrois Laszlo Trocsanyi du groupe de centre-droite PPE, n'auront vraisemblablement même pas l'opportunité de se présenter à la tribune. 

Lors d'un pré-examen de leurs profils, focalisé sur les risques de conflits d'intérêts, ils ont reçu une évaluation négative. Les eurodéputés de la commission des affaires juridique surnommée "JURI" ont estimé que Rovana Plumb ne doit pas devenir commissaire et que Laszlo Trocsanyi ne doit pas se voir attribuer le portefeuille désigné et peut-être pas siéger non-plus. 

Le refus de ces deux candidats vient de leurs déclarations d'intérêts. Les futurs commissaires doivent en effet déclarer les intérêts (revenus, actions, fonctions anciennes et actuelles,...) qu'ils estiment pouvoir entrer en conflit avec leurs nouvelles fonctions. Et Rovana Plumb s'est vue reprocher un prêt potentiellement problématique pour son indépendance comme Commissaire. 

Le candidat hongrois, pour sa part, s'est vu reprocher une proximité avec la Russie lors de prises de décisions en tant que ministre en Hongrie, ce qui pourrait influencer ses positions de commissaire, dont le portefeuille inclut l'élargissement et les relations avec les voisins de l'Union, comme l'Ukraine et les Balkans. Egalement épinglé, le recours, comme Ministre de la justice, aux services d’un cabinet d'avocat dont il détient des parts. 

Leur sort pourrait être à nouveau examiné ce lundi matin par ces mêmes députés. Si leur écartement était confirmé, les deux ex-futurs commissaires devraient alors ravaler leurs ambitions européennes et leurs pays respectifs devraient désigner de nouveaux candidats.

Si en revanche ils avaient la possibilité de passer leurs auditions, scénario peu probable, il s'exposeraient publiquement aux questions offensives des députés et à un possible renvoi plus retentissant encore.  

C'est la première fois que ce pré-examen donne lieu à des avis aussi résolument négatifs avant même un passage à la tribune. 

Didier Reynders, futur commissaire belge? 

La remise en cause de ces deux candidats, hongrois et roumaine, un représentant du PPE et une une sociale-démocrate, pourrait conduire ces deux partis à s'attaquer en audition, en guise de rétorsion, à un futur commissaire du troisième grand groupe politique de l'UE, Renew Europe, le groupe des libéraux-macronistes.

Parmi eux, Didier Reynders. Il sera auditionné le mercredi 2 octobre. Les questions porteront notamment sur le façon dont il compte aborder son portefeuille, la justice, qui inclut le respect de l'état de droit dans l’Union Européenne.

Qui a "des casseroles" ?

Dans le même groupe politique que Didier Reynders, Renew Europe, la Française Sylvie Goulard est attendue au tournant. Elle est sous le coup de deux enquêtes, l'une en France, l'autre de l'Office européen de lutte antifraude (Olaf), pour une affaire d'emplois fictifs, qui l'avait contrainte à démissionner du gouvernement français en 2017.

Le polonais Janusz Wojciechowski, désigné au portefeuille de l’agriculture, a dû rembourser pour 11.250 euros de notes de frais. Des frais de voyage déclarés de façon irrégulière.  "C’est une erreur administrative", avait-il expliqué. L’Olaf (Office européen de lutte antifraude) a visiblement rejoint ces conclusions en bouclant le dossier ce WE sans imposer de sanction. Les eurodéputés pourraient néanmoins titiller le futur commissaire à l’agriculture au sujet de cette tache sur son CV.

Quant à l’espagnol Josep Borell, futur chef de la diplomatie européenne et ancien président du Parlement européen, il a écopé d’une amende l’an dernier pour délit d’initié, pour avoir vendu des actions de la société d’énergie Abengoa peu avant qu’elle ne dépose le bilan. Il pourrait également être interrogé sur les conflits d’intérêts possibles entre son poste de commissaire européen et la détention d’actions qu’il possède dans d’autres sociétés privées, dont Bayer.

Au-delà des profils, sonder les points de vue  

Ces auditions seront aussi l’occasion pour les eurodéputés de sonder les intentions des candidats commissaires.

L’audition de l’Irlandais Phil Hogan, commissaire désigné au commerce (et auparavant à l’agriculture) est très attendue de ceux qui s’intéressent aux relations commerciales de l’Union Européenne. Le Ceta, accord commercial avec le Canada, avait fait polémique. Aujourd’hui c’est le Mercosur qui est au cœur des tensions, accord à confirmer avec l’Amérique du Sud. Faut-il lever les barrières douanières sur le soja et la viande en provenance du Brésil, vu leurs conditions de production, écologiquement et socialement problématiques ?

Un autre débat animé marquera l'oral de Margaritis Schinas, futur commissaire à la migration, pour le nom très polémique de son portefeuille: "Commissaire à la protection du mode de vie européen". Ce sera le 3 octobre.

Enfin, le même jour, l'audition de l'Italien Paolo Gentiloni sera instructive. L'Italie a rué avec force contre les règles budgétaires de l'Europe ces 2 dernières années, or c'est un Italien qui sera en charge de l'économie. Comment se positionnera-t-il ?

La fin des auditions est prévue le 8 octobre.

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