L'"Eye-Phone", un outil de diagnostic oculaire dans les pays pauvres

L'"Eye-Phone" du Dr Bastawrous
L'"Eye-Phone" du Dr Bastawrous - © TONY KARUMBA - IMAGEGLOBE

Quand en 1990, Simon Kamau, un bambin de trois ans, s'est crevé un œil en jouant avec un objet pointu, sa famille d'une région rurale de la Vallée du Rift au Kenya, n'avait pas les moyens de payer les 80 km de trajet jusqu'au premier spécialiste à Nairobi.

Aujourd'hui, 23 ans plus tard, une technologie prometteuse devrait permettre à des médecins éloignés de plusieurs milliers de km de venir en aide à Simon Kamau ou aux autres patients souffrant d'affections oculaires et trop éloignés, ou trop pauvres, pour consulter un ophtalmologiste.
Une équipe de la Faculté de Médecine tropicale de Londres teste dans la région de Nakuru, au Kenya, une technique de diagnostic oculaire simple et bon marché grâce à un smartphone.
"Le Kenya était un lieu de test évident", explique le chef du projet, le Dr Andrew Bastawrous. "Dans ce pays de plus de 40 millions d'habitants, il n'y a que 86 ophtalmologistes, dont 43 exercent à Nairobi". La technologie, en cours d'élaboration depuis cinq ans et désormais dans sa phase finale, utilise un smartphone doté d'un objectif additionnel qui scanne la rétine et d'un logiciel qui enregistre les données.

Chaque "Eye-Phone", comme aime l'appeler le Dr Bastawrous en faisant un jeu de mots avec le téléphone-star d'Apple, ne coûte que quelques centaines d'euros et peut, dit-il, assurer des examens nécessitant habituellement des appareils professionnels valant plusieurs dizaines de milliers d'euros et pesant plus de cent kilos.

Des milliers de patients déjà diagnostiqués

Au cours de l'étude menée par les médecins du projet dans la région de Nakuru, 5.000 patients ont été examinés, à la fois avec le "Eye-Phone" et avec un appareil professionnel afin de comparer les résultats.
Selon le Dr Bastawrous, l'invention s'est avérée fonctionner et a permis de détecter diverses pathologies telles que le glaucome, la cataracte, la myopie ou l'hypermétropie.
Le médecin espère que cette technologie révolutionnera un jour l'accès au traitement de millions d'Africains à faible revenu qui souffrent de maladie ophtalmologique ou de cécité. Un enjeu important, 80% des cas de cécité étant évitables ou curables au Kenya, selon lui.
Après l'examen, les données sont envoyées en ligne à une équipe de spécialistes qui peuvent en tirer un diagnostic et conseiller un traitement, allant des collyres et lunettes de vue aux opérations chirurgicales complexes menées une fois par quinzaine à l'hôpital de Nakuru, à environ 150 km au nord-ouest de Nairobi.
Jusqu'ici 200 patients de l'étude ont bénéficié d'une chirurgie ayant permis de corriger divers affections de l'oeil. Simon Kamau, aujourd'hui âgé de 26 ans et borgne, fait partie de ceux attendant d'être opéré.
Les médecins estiment improbable que son oeil abîmé recouvre sa pleine vision en raison de l'ancienneté de la blessure, mais disent pouvoir mettre un terme à la douleur incessante qui mine le jeune homme et au gonflement de son oeil sain, dus aux efforts de celui-ci pour compenser l'oeil aveugle.

AFP

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