L'ex-humoriste Beppe Grillo veut "sa révolution" dans toute l'Europe

"C'est la plus grande révolution de l'histoire. C'est une révolution sans guillotine...pour le moment", lance cet ex-humoriste de 64 ans aux cheveux bouclés grisonnants, interrogé dans le hall de son hôtel, avant un meeting pour des élections régionales partielles à Grado dans le nord-est de l'Italie.

L'ancien comique, qui s'est rendu célèbre dans les années 1980 à la télévision et dont le Mouvement créé il y a seulement trois ans s'est adjugé un quart de l'électorat aux législatives de fin février, dit accepter de bonne grâce le qualificatif de "clown" dont l'a affublé l'hebdomadaire britannique The Economist. "Les clowns évoquent des sentiments positifs. J'ai été comédien et j'ai une sensibilité particulière à l'égard des personnes", déclare-t-il.

Selon lui, son mouvement "va au-delà des Indignés et Occupy Wall Street". "En Europe, nous sommes en train de nous organiser et d'autres aussi. En Espagne par exemple, des mouvements s'inspirent du nôtre", se réjouit Beppe Grillo.

Preuve de l'efficacité de l'action du M5S, sa dénonciation de l'ex-syndicaliste démocrate-chrétien Franco Marini comme "homme du système" a contribué à empêcher son élection à la présidence jeudi, au premier tour de scrutin, malgré un accord entre droite et gauche sur son nom.

Beppe Grillo a appelé les parlementaires de toute étiquette à voter pour Stefano Rodotà, un constitutionnaliste, désigné pour la présidentielle par les militants de M5S via un vote sur internet. "Si quelqu'un veut voter pour lui super! On pourra collaborer", a-t-il dit.

Beppe Grillo est considéré comme une sorte de gourou par ses partisans mais il a été critiqué pour des propositions considérées comme populistes ou dépourvues de financements sûrs (revenu minimum pour tous, aides aux PME) et pour un manque de démocratie interne au mouvement.

Promoteur d'un projet de référendum sur une sortie de l'Italie de la monnaie unique, Beppe Grillo dit ne pas s'être encore fait une idée précise concernant le maintien ou non de l'euro. "L'euro n'est pas l'Europe. Actuellement tout est basé sur la spéculation financière, les banques, les différentiels des taux obligataires. Nous avons besoin d'un plan B de survie", argue-t-il.

Sur le plan politique, il justifie le choix de son Mouvement de ne pas coopérer à la mise en place d'un gouvernement de centre gauche.

Son aide aurait pu être décisive puisque la coalition de Pier Luigi Bersani a obtenu, aux législatives, la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au Sénat.

"Ils voulaient seulement nos voix mais ils n'ont pas parlé de collaboration" sur le plan des programmes, a expliqué Beppe Grillo.

Pour lui, tous les partis se valent : "Ce sont des dinosaures qui sont là depuis 30 ans et qui ont ruiné le pays. Ils sont le coeur de ce système et maintenant ils nous disent de le sauver".

Après six trimestres de recul du PIB, l'Italie est plongée dans sa pire récession de l'après-guerre avec une hausse du chômage et des milliers de fermetures d'entreprises. Partenaires sociaux et patronat appellent à la formation rapide d'un gouvernement.

"Il y a peut-être des gens qui sont déçus que nous n'ayons pas réussi à changer l'Italie en 15 jours mais ils n'auraient pas dû voter pour nous", assène l'ex-humoriste.

Beppe Grillo accuse les principaux partis italiens de prolonger l'impasse politique "jusqu'en septembre pour voir ce qui se passera". "Mais en septembre l'économie sera complètement rétamée", selon lui.


Belga

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